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Alexandra demanda trois sucres pour son bol de thé. Mathias, Lucien et Marc l'écoutaient parler, raconter par quel hasard Juliette lui avait dit qu'elle cherchait un locataire pour son petit pavillon, dire que la chambre de Cyrille était jolie, que tout était beau et clair dans cette maison, qu'elle y respirait bien, qu'il y avait des livres pour les insomnies de tous ordres, que des fenêtres, elle verrait pousser les fleurs et que Cyrille aimait les fleurs. Juliette avait emmené Cyrille au To

Marc pensa que c'était l'occasion adéquate pour amorcer l'offensive audacieuse et désagréable, mais l'idée ne lui semblait plus si bo

– Je crois savoir ce qu'il te veut, dit-il mollement. Je peux te poser ses questions avant lui, ça t'habituera.

Alexandra releva vivement la tête.

– Que tu me questio

Alexandra s'était levée. Marc attrapa sa main pour la retenir. Ce contact lui do

– Il ne s'agit pas de ça, dit-il. Pourquoi ne pas te rasseoir, et pourquoi ne pas boire ce thé? Je peux te demander doucement des choses que Legue

– Tu mens, dit Alexandra. Mais je m'en fous, figure-toi. Pose tes questions, si ça peut te rassurer. Je ne crains rien de toi, rien de vous, rien de Legue

– Je vais couper de grosses tranches de pain, dit Mathias.

Le visage contracté, Alexandra s'appuya sur le dossier de sa chaise et se balança.

– Tant pis, dit Marc. J'abando

– Valeureux combattant, murmura Lucien.

– Non, dit Alexandra. J'attends tes questions.

– Du cran, soldat, dit Lucien à voix basse en passant derrière Marc.

– Bon, dit Marc d'une voix sourde. Bon. Legue

– Et alors? Je l'ai dit. Je suis venue parce que tante Sophia me l'a proposé. J'avais besoin de partir. Ce n'est un secret pour perso

– Sauf pour votre mère.

Les trois hommes tournèrent ensemble la tête vers la porte, où, une fois de plus, venait de se poster Van-doosler sans qu'on l'ait entendu descendre.

– On ne t'a pas so

– Non, dit Vandoosler. On ne me so

– Tire-toi, dit Marc. Ce que je fais est déjà assez difficile.

– Parce que tu le fais comme un pied. Tu veux précéder Legue

– Je ne crois pas que j'ai le choix, dit Alexandra. À tout prendre, je préfère répondre à un vrai flic, pourri à ce qu'on m'a dit, qu'à trois faux flics empêtrés dans leurs intentions douteuses. Sauf l'intention de Mathias de couper du pain, qui est bo

– Legue

– Parce que vous vous y co

– Plutôt, dit Vandoosler avec lenteur. C'est quej'en ai causé beaucoup. Dont un plutôt sérieux. Oui, j'en co

Vandoosler passa ses mains dans ses cheveux blancs et noirs. Il y eut un silence. Marc l'avait rarement entendu parler avec sérieux et simplicité. Vandoosler, le visage calme, pianotait sans bruit sur la table en bois. Alexandra le regardait,

– Passons, reprit-il. Oui, j'en co

– Ceci pour dire, reprit-il en se servant un verre, que je vous crois quand vous racontez que vous avez fui. Moi, je le sais d'emblée. Legue

– Ma mère a toujours été un peu envieuse de sa sœur, dit Alexandra. Je ne voulais pas qu'elle s'imagine que je la quittais pour Sophia, je ne voulais pas risquer de la blesser. Nous, les Grecs, nous nous imaginons volontiers beaucoup de choses et nous aimons ça. Enfin, d'après ce que disait la grand-mère.

– Noble motif, dit Vandoosler, Passons à ce que peut penser Legue

– Revanche? murmura Alexandra. Quelle revanche?

~ Ne m'interrompez pas, s'il vous plaît. La force d'un flic réside dans le long monologue qui écrase comme une masse ou dans la réplique à la volée qui tue comme un casse-tête. Il ne faut pas priver le flic de ces plaisirs travaillés, sinon il s'énerve. Après-demain, ne pas interrompre Legue

– Formidable, dit Alexandra entre ses dents. N'ai-je pas dit que j'aimais tante Sophia?

– Défense puérile, jeune fille, et niaise. Un inspecteur ne s'attarde pas à ces fadaises s'il tient le mobile et le moyen. D'autant que vous n'avez pas vu votre tante depuis dix ans. Ce n'est pas assez pour une nièce aimante. Poursuivons. Vous possédiez une voiture à Lyon. Pourquoi venir en train? Pourquoi, la veille de votre départ, aller déposer pour la vendre votre voiture chez le garagiste, en insistant sur le fait qu'elle vous paraît trop vieille pour tenir la route jusqu'à Paris?

– Comment savez-vous ça? demanda Alexandra, effarée.

– Votre mère m'a dit que vous aviez vendu votre voiture. J'ai téléphoné à tous les garages proches de votre domicile jusqu'à ce que je trouve le bon.

– Mais quel mal à ça? cria soudain Marc. Qu'est-ce que tu cherches? Fous-lui la paix à la fin!

– Et alors, Marc? dit Vandoosler en levant les yeux vers lui. Tu voulais la préparer pour Legue

– Pour me sentir confortable, dit Mathias. Et parce que Lucien les mange. Lucien aime le pain.

Vandoosler soupira et se retourna vers Alexandra, dont l'anxiété montait avec les larmes qu'elle essuyait avec un torchon à vaisselle.

– Déjà? dit-elle. Déjà tous ces coups de fil, toutes ces investigations? C'est si terrible de vendre sa voiture? Elle était déglinguée. Je ne voulais pas faire la route jusqu'à Paris avec Cyrille. Et puis elle me rappelait des trucs. Je l'ai bazardée… C'est un crime?