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Vandoosler, grimpé sur une chaise, avait passé la tête par un vasistas et surveillait l'éveil de la maison de droite. Le front Ouest, comme disait Lucien. Vraiment un agité ce type. Pourtant, il avait, paraît-il, écrit des bouquins très solides sur des tas d'aspects méco
Il faudrait peut-être qu'il envisage de ne plus les appeler Saint Truc et Saint Machin. Ça les énervait et c'était bien compréhensible. Ce n'était plus des mômes. Oui mais lui, ça l'amusait. Plus que ça même. Et jusqu'ici, Vandoosler ne s'était jamais vu renoncer à quelque chose qui lui procurait du plaisir. Donc, il verrait ce qu'ils allaient do
Vers neuf heures trente, Vandoosler estima, aux divers va-et-vient entrevus, que Pierre Relivaux était prêt. Prêt pour lui, Armand Vandoosler. Il descendit les quatre étages, salua les évangélistes déjà regroupés dans la salle commune. Les évangélistes en train de bouffer au coude à coude. C'était peut-être le contraste entre les mots et les actes qui lui plaisait. Vandoosler fila so
Pierre Relivaux n'apprécia pas l'intrusion. Vandoosler l'avait prévu et avait opté pour une attaque directe: ex-flic, inquiétudes pour sa femme disparue, questions à poser, on serait mieux à l'intérieur. Pierre Relivaux répondit ce que Vandoosler attendait, c'est-à-dire que ça ne regardait que lui,
– C'est très vrai, dit Vandoosler en s'installant dans la cuisine sans y être convié, mais il y a un os. La police peut venir vous faire une petite visite parce qu'elle estimera que ça la regarde. J'ai donc jugé que les conseils préalables d'un vieux flic pourraient vous être utiles.
Comme prévu, Pierre Relivaux fronça les sourcils. – La police? Au nom de quoi? Ma femme a le droit de s'absenter, que je sache?
– Bien entendu. Mais il s'est produit un fâcheux enchaînement de circonstances. Vous rappelez-vous ces trois ouvriers qui sont venus, il y a plus de quinze jours, creuser une tranchée dans votre jardin?
– Bien sûr. Sophia m'a dit qu'ils vérifiaient d'ancie
– C'est dommage, dit Vandoosler. Car il ne s'agissait pas d'employés municipaux, ni de l'Électricité de France ni de quoi que ce soit de respectable. Il n'y a jamais eu de ligne électrique dans votre jardin. Ces trois types ont menti.
– Ça n'a pas de sens! cria Relivaux. Qu'est-ce que c'est que cette salade? Et quel rapport avec la police ou avec Sophia?
– C'est là que tout s'emmêle, dit Vandoosler en semblant le regretter sincèrement pour Relivaux. Une perso
Vandoosler mentait avec facilité et plaisir. Ça le mettait tout à fait à l'aise.
– La police a rigolé et a laissé tomber, continua-t-il. Elle a moins rigolé quand le même témoin, vexé, a intensifié son furetage et l'a informée que votre femme avait «disparu sans prévenir», comme on dit déjà dans le quartier. Et d'autre part, que la tranchée illicite avait été demandée par votre propre femme, de sorte qu'elle passe sous le jeune hêtre que vous voyez là-bas.
Vandoosler désigna l'arbre en pointant négligemment son doigt vers la fenêtre.
– Sophia a fait ça? dit Relivaux.
– Elle a fait ça. Selon ce témoin. Si bien que la police sait que votre femme s'inquiétait qu'un arbre lui fût tombé du ciel. Qu'elle a fait creuser dessous. Que depuis, elle a disparu. Pour la police, c'est trop en quinze jours. Il faut les comprendre. Ils s'inquiètent pour un oui pour un non. Ils vont rappliquer pour vous questio
– Ce «témoin», qui est-ce?
– Anonyme. Les hommes sont lâches.
– Et vous, qu'est-ce que vous venez faire là-dedans? Si la police vient chez moi, en quoi ça vous concerne?
Cette question banale, Vandoosler l'avait également prévue. Pierre Relivaux était un homme consciencieux, rétif, sans trace apparente d'originalité. C'est d'ailleurs pourquoi le vieux commissaire misait sur une maitresse du samedi-dimanche. Vandoosler le regardait. À moitié chauve, à moitié gros, à moitié sympathique, à moitié tout. Pour l'instant, pas trop complexe à manœuvrer.
– Disons que si je pouvais confirmer votre version des faits, ça les apaiserait sûrement. J'ai laissé des souvenirs chez eux.
– Pourquoi me rendriez-vous service? Que voulez-vous de moi? Du fric?
Vandoosler secoua la tête en souriant. Relivaux était aussi à moitié con.
– Pourtant, insista Relivaux, il me semble que dans la baraque que vous habitez, pardo
– Merde, dit Vandoosler. C'est exact. Je vois que vous êtes mieux informé que vous ne le laissez paraître.
– Les fauchés, c'est mon métier, dit Relivaux. De toute façon, c'est Sophia qui me l'a dit. Alors, ce motif?
– Les flics m'ont fait des e
Vandoosler laissa Pierre Relivaux réfléchir sur ce motif spécieux et mal argumenté. Il parut l'avaler.
– Qu'est-ce que vous voulez savoir? demanda Relivaux.
– Ce qu'ils voudront savoir.
– C'est-à-dire?
– Où est Sophia?
Pierre Relivaux se leva, écarta les bras et tourna dans la cuisine.
– Elle est partie. Elle va revenir. Pas de quoi fouetter un chat.
– Ils voudront savoir pourquoi vous ne fouettez pas un chat.
– Parce que je n'ai pas de chat. Parce que Sophia m'a dit qu'elle partait. Elle m'a parlé d'un rendez-vous à Lyon. Ce n'est pas le bout du monde!
– Ils ne seront pas forcés de vous croire. Soyez précis, monsieur Relivaux. Il y va de votre tranquillité, qui vous est précieuse, je crois.
– C'est une affaire sans intérêt, dit Relivaux. Mardi, Sophia a reçu une carte postale. Elle me l'a montrée. Dessus, une étoile gribouillée et un rendez-vous à telle heure dans tel hôtel de Lyon. Prendre tel train le lendemain soir. Pas de signature. Au lieu de rester calme, Sophia s'est précipitée. Elle s'était fourré dans le crâne que la carte venait d'un ancien ami à elle, un Grec, Stelyos Koutsoukis. À cause de l'étoile. J'ai eu affaire à ce type plusieurs fois avant mon mariage. Un admirateur-rhinocéros-impulsif.
– Pardon?
– Non, rien. Un fidèle de Sophia.
– Son ancien amant.
– Bien sûr, dit Pierre Relivaux, j'ai dissuadé Sophia de partir. Si la carte venait d'on ne sait qui, Dieu sait ce qui pouvait l'attendre. Si la carte venait de ce Stelyos, ce n'était pas mieux. Mais rien à faire, elle a pris son sac et elle est partie. J'avoue que je pensais la voir revenir hier. Je ne sais rien d'autre.
– Et l'arbre? demanda Vandoosler.
– Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise sur cet arbre? Sophia m'en a fait toute une histoire! Je ne pensais pas qu'elle irait jusqu'à faire creuser dessous. Qu'est-ce qu'elle est encore allée s'imaginer? Elle est sans cesse en train de se raconter des histoires… Ça doit être un cadeau, c'est tout. Vous savez peut-être que Sophia fut assez co