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Ni Jack ni perso

Au bout de huit jours, le garçon de bureau fut déclaré incapable.

– Il ne nous sert à rien; bien loin d’aider, c’est plutôt un dérangement pour tout le monde.

– Mais, mon ami, je t’assure qu’il fait tout ce qu’il peut.

Elle se sentait plus courageuse à le défendre, depuis la grande terreur qu’elle avait eue.

– Enfin, qu’est-ce que tu veux? Je te dis qu’il me gêne. Comment t’expliquer cela? Il n’est pas dans son milieu avec nous. Il ne sait ni parler ni s’asseoir. Tu ne vois pas comme il se tient à dîner, les jambes écartées, toujours à une lieue de la table, comme il s’endort dans son assiette… Et puis ce grand garçon constamment à tes côtés, ça te vieillit, ma chère… En outre, il a des habitudes déplorables. Il boit, je te dis qu’il boit. Il nous apporte ici des odeurs de cabaret. C’est l’ouvrier, quoi!

Elle baissa la tête et pleura. Elle s’en était aperçue qu’il buvait, mais à qui la faute? Ne l’avaient-ils pas eux-mêmes jeté au gouffre?

– Voyons, Charlotte, j’ai une idée. Puisqu’il est encore trop faible pour se remettre au travail, envoyons-le se rétablir à Étiolles. Il passera quelque temps à la campagne, au bon air, et nous aidera peut-être à sous-louer «parva domus» qui nous est restée sur le dos avec un bail de dix ans. Nous lui enverrons un peu d’argent, tout ce qu’il faut… Cela lui fera du bien.

Elle lui sauta au cou avec un élan de reco

– Oh! tiens!… C’est encore toi le meilleur de tous.

Et, sur-le-champ, il fut convenu qu’elle irait le lendemain installer son fils aux Aulnettes.

Ils arrivèrent par un de ces beaux matins d’automne, doux et dorés, qui semblent un été apaisé, allégé de sa chaleur brûlante et lourde. Pas un souffle dans l’air, mais des chants d’oiseaux en quantité, des crépitements dans les feuilles tombées, et un parfum de maturité, de foins secs, de bruyères brûlées, de fruits bons à cueillir. Les sentiers du bois à peine éclaircis, semés de fleurs jaunes, sentant le soleil moins puissant, do

Charlotte quitta son fils de bo

Petite maison, grand repos.

FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE

TROISIÈME PARTIE

I CÉCILE

Mais c’est de la diffamation, cela. Tu as le droit de l’attaquer en justice, ce misérable Hirsch. M’avoir laissé cinq ans avec cette conviction que mon ami Jacques était un voleur!… Canaille, va!… Il était venu chez nous exprès pour m’apprendre cette nouvelle, il pouvait bien revenir pour la désavouer, puisque ton i

– Voilà, monsieur Rivals.

– C’est superbe. On ne répare pas mieux un tort involontaire. Ce directeur est un brave homme… Ah! tiens! je suis content. Ça m’avait souvent tourmenté, cette idée que mon élève était devenu un coquin… Et dire que si je ne t’avais pas rencontré par hasard chez les Archambauld, j’aurais pu garder cette pensée-là encore longtemps!

C’était, en effet, dans la petite maison du forestier que M. Rivals venait de retrouver son ancien ami.

Depuis dix jours qu’il habitait les Aulnettes, Jack vivait comme un brahme contemplateur, plongé dans le grand silence de la nature, humant les derniers beaux jours, se pénétrant de leurs soleils attiédis, ne sortant de chez lui que pour s’enfoncer dans le calme vivant de la forêt. Les arbres lui do

Les seuls êtres humains avec lesquels il fut en relation étaient les Archambauld, dont il avait conservé un si bon souvenir. La femme lui rappelait sa mère qu’elle avait servie longtemps, affectueuse et fidèle; l’homme, le bon géant, silencieux et sauvage, absorbé comme un faune dans la végétation du bois, évoquait pour lui tout un passé de promenades délicieuses et fortifiantes. Il revivait son enfance, entre ces deux solitaires. La femme lui achetait son pain, ses provisions, et souvent, quand il avait la paresse de rentrer chez lui, il faisait cuire lui-même dans la cendre de leur foyer quelque repas élémentaire. Il restait là sur un banc devant la porte, à fumer sa pipe à côté du garde. Ces gens ne le questio

Ce jour-là, en arrivant chez ses amis, Jack avait trouvé le mari alité, atteint d’une violente attaque de rhumatismes articulaires qui, deux ou trois fois par an, jetaient ce colosse à bas, le couchaient comme un grand arbre foudroyé. Debout à son chevet, un petit homme vêtu d’une longue redingote, dont les basques pleines de journaux et de livres lui battaient sur les jambes, se tenait, tête nue, sa belle crinière blanche tout ébouriffée. C’était M. Rivals.

L’entrevue fut embarrassée d’abord. Jack était honteux de se trouver en face du vieux docteur dont il se rappelait les sinistres prédictions.

M. Rivals, attribuant cette gêne à la pensée du vol, restait lui-même très froid. Mais la faiblesse de ce grand garçon le toucha malgré tout. Ils sortirent ensemble, revinrent à pied en causant, par les petits chemins verts de la forêt; et d’un sentier à l’autre, d’un détail vague à un plus précis, ils étaient arrivés à la limite du bois et à l’explication complète du malentendu.