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«Quant à ton amitié pour la petite Cécile, M. d’Argenton trouve encore, et je suis bien de son avis, que ce sont là de ces enfantillages qui ne doivent avoir qu’un temps; sans quoi ils vous encombrent la vie, vous amollissent, vous détournent de tout vrai et droit chemin. Tu feras donc sagement d’interrompre des relations qui n’ont pu que t’être nuisibles et qui ne sont peut-être pas étrangères au refroidissement singulier que tu montres pour une carrière entreprise de plein gré et avec beaucoup d’ardeur. Tu comprendras, je l’espère, mon cher enfant, que je te parle ainsi dans ton intérêt. Songe que tu vas avoir quinze ans, que tu as dans les mains un bon métier, un avenir ouvert devant toi, et ne do

«Ta mère qui t’aime,

«CHARLOTTE.»

«Post scriptum. – Dix heures du soir. – Mon chéri, ces messieurs vie

«Si tu savais comme je suis triste quelquefois en pensant à l’avenir. Sans compter que l’existence n’est pas très gaie ici, surtout depuis cette dernière affaire. Je ne suis pas tous les jours heureuse, va. Seulement tu me co

Derrière les pages nombreuses de cette lettre, Jack reco

Oh! oui, il allait travailler, vaincre ses répugnances, devenir un bon ouvrier, peinant ferme et gagnant bien sa vie, pour tirer sa mère de là, l’arracher à cette tyra

– Tu as raison, petit gas, lui dit Roudic. Les livres vous fourrent des fariboles dans la tête. Ça vous distrait du travail. On n’a pas besoin d’en savoir si long dans notre métier; et puisque tu as la bo

À partir de ce jour, il fut ainsi fait. Aussitôt après dîner, l’ajusteur, chargé d’un travail spécial, emmenait l’enfant avec lui dans l’usine déserte, éteinte, recueillie comme si elle eût préparé de nouvelles forces pour le labeur du lendemain. Une petite lampe posée sur un établi éclairait seule l’ouvrage du père Roudic. Tout le reste de l’atelier était plongé dans cette ombre fantastique où la lune découpe les objets par masses, sans les préciser. C’étaient des saillies, des déchiquètements, tout le long des murs où les outils restaient accrochés. Les tours s’alignaient en longues files. Les cordes, les manivelles, les bobines s’entrecroisaient, arrêtées, immobiles, pendant que des copeaux de métal, des limailles luisaient par terre, craquaient sous chaque pas, tombés des établis comme la preuve de la besogne abattue.

Le père Roudic, penché, absorbé, maniait ses instruments minutieux, les yeux fixés tout le temps sur l’aiguille chronométrique. Pas d’autre bruit que le ronflement du tour mis en mouvement par des pédales, et le susurrement aiguisé de l’eau qui tombait goutte à goutte sur la roue tournant à toute vitesse. Debout près du contre-maître, Jack s’occupait à dégrossir quelque pièce, s’appliquait de toutes ses forces, essayant de prendre goût au métier. Mais la vocation n’y était décidément pas.

– C’est fini, mon pauvre petit gas, lui disait le père Roudic. Tu n’as pas le sentiment de la lime.

Pourtant, le petit gas faisait tout son possible et ne prenait plus un instant de repos. Quelquefois, le dimanche, le contre-maître l’emmenait visiter l’usine en détail, lui expliquait le jeu de toutes ces puissantes machines, dont les noms étaient aussi barbares, aussi compliqués que leur physionomie:

«Machine à aléser des trous de bouton pour manivelles.»

«Machines à creuser des mortaises dans des têtes de bielle.»

Il lui détaillait pièce par pièce avec enthousiasme tout cet engrenage de roues, de scies, d’écrous gigantesques, lui faisait admirer le merveilleux ajustage de ces mille parties rapportées, formant un tout si complet. De ces explications, Jack ne retenait rien qu’un nom cruel, chirurgical, qui le faisait penser à quelque trépan formidable dont la vis interminable aurait grincé dans son cerveau. Il n’avait pas pu vaincre encore la terreur que lui causaient toutes ces forces inconscientes, brutales, impitoyables, auxquelles on l’avait livré. Mues par la vapeur, elles lui faisaient l’effet de bêtes méchantes qui le guettaient au passage pour le happer, le déchirer, le mettre en pièces. Immobiles, refroidies, elles lui semblaient plus menaçantes encore, les mâchoires ouvertes, les crocs tendus, ou tous leurs engins de destruction rentrés, cachés, avec une apparence de cruauté repue et satisfaite. Une fois cependant il fut témoin à l’usine d’une cérémonie émouvante qui lui fit comprendre, mieux que toutes les explications du père Roudic, qu’il y avait une beauté et une grandeur dans ces choses.