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Une vraie bombance.
Le gâchis se montrait là dans toute l’abondance de la table tachée de graisse et la gaieté désordo
Ce soir-là il y eut dans le sous-sol une grande discussion à propos du refus éprouvé à Vaugirard. Augustin, le cocher, déclara que c’était tant mieux, que ces gens-là auraient fait de l’enfant «un jésuite, un tartufe.»
Mlle Constant protesta contre le mot. Elle ne «faisait pas sa religion,» c’est vrai, mais elle ne voulait pas qu’on en dît du mal. Alors la discussion tourna, au grand désappointement de Jack, qui écoutait de toutes ses petites oreilles, espérant toujours apprendre pourquoi ce prêtre, qui paraissait si bon, n’avait pas voulu de lui.
Pour le moment, il n’était plus question de Jack ni de sa mère, mais des convictions religieuses de chacun. Le cocher Augustin, après boire, en avait d’assez singulières… Son bon Dieu, à lui, c’était le soleil… Il n’en co
– J’suis comme les éléphants, j’adore le soleil!… répétait-il sans cesse avec une obstination d’ivrogne.
À la fin, on lui demanda où il avait vu ça que les éléphants adoraient le soleil.
– J’ai vu ça, une fois, sur une photographie! dit-il d’un air majestueusement abruti.
Sur quoi Mlle Constant le traita d’impie et d’athée, pendant que la cuisinière, une grosse Picarde, pleine d’astuce paysa
– Écoutaî, vous avaî tort… Faut pas discutaî la craîance…
Et Jack?… Que faisait-il pendant ce temps-là?
Tout au bout de la table, alourdi par l’atmosphère des fourneaux et l’interminable discussion de ces brutes, il s’endormait, le visage appuyé sur son bras, et ses boucles blondes répandues sur sa manche de velours. Dans ce trouble qui précède le sommeil assis, fatigant et désagréable, il entendait chuchoter les trois voix des domestiques… Maintenant il lui semblait qu’on parlait de lui; mais c’était loin, bien loin, dans le brouillard.
– À qui qu’il est donc, ce chéri? demanda la voix de la cuisinière.
– Je n’en sais rien; répondait Constant, mais ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il ne peut pas rester ici et qu’elle m’a chargée de lui trouver un pensio
Entre deux hoquets, le cocher bégaya:
– Attendez donc, attendez donc. J’en co
Il chercha dans son portefeuille, et parmi les paperasses fanées qu’il étala sur la table, il en saisit une plus crasseuse encore que les autres.
– Voilà! dit-il d’un air de triomphe.
Il déplia le prospectus, et commença à lire, ou plutôt à épeler péniblement:
«Gy… Gymnase… Moronval… dans le… le…
– Do
Gymnase Moronval, 25, avenue Montaigne. – Dans le plus beau quartier de Paris. – Institution de famille. – Grand jardin. – Nombre d’élèves limité. – Cours de prononciation française par la méthode Moronval-Decostère. – Rectification d’accents étrangers ou de province. – Correction des vices de prononciation de tout genre par la position des organes phonétiques…
Mademoiselle Constant s’interrompit pour respirer et dit aux autres:
– Mais cela me paraît très convenable.
– Je craî ben!… fit la Picarde, qui ouvrait des yeux tout ronds.
– … Des organes phonétiques… Lecture expressive à haute voix, principes d’articulation et de respiration.
La lecture du prospectus continua; mais Jack s’était endormi et n’entendait plus rien.
Il rêvait.
Oui, pendant que son avenir s’agitait autour de cette immonde table de cuisine; pendant que sa mère, en Folie rose, s’amusait comme une folle on ne sait où, lui rêvait de ce prêtre de là-bas et de cette voix pénétrante et douce qui avait dit:
«Pauvre enfant!…»
II LE GYMNASE MORONVAL
AVENUE MONTAIGNE, 25, dans le plus beau quartier de Paris, disait le prospectus Moronval.
On ne peut nier, en effet, que l’avenue Montaigne ne soit située dans un des plus beaux quartiers de Paris, au centre des Champs-Élysées, et qu’elle ne soit aussi fort agréable à habiter, horizo
À côté des grands hôtels ornant leurs angles arrondis de glaces sans tain, de rideaux de soie claire, de statuettes dorées, de jardinières rustiques, ce sont des logements d’ouvriers, des masures où retentissent les marteaux des charrons et des maréchaux-ferrants. Il y a là tout un reste de faubourg que les violons de Mabille animent, le soir, d’un bruit de riche guinguette. À cette époque, on voyait même dans l’avenue, et je pense qu’ils existent encore aujourd’hui, deux ou trois passages sordides, vieux souvenir de l’ancie
Une de ces ruelles s’ouvrait au numéro 35 de l’avenue Montaigne, et s’appelait le passage des Douze-Maisons.
Des lettres dorées sur le fronton de la grille ogivale du passage a
De ces espèces de chalets, que des galeries couvertes, des balcons, des escaliers extérieurs, mettaient en relation directe avec la rue, débordaient du linge étendu, des cages à lapins, un fouillis d’enfants en guenilles, des chats maigres, des pies apprivoisées.
On s’éto