Страница 50 из 137
Ce simple rappel à la tristesse suffisait pour le consterner, pour le faire taire; et il restait silencieusement à jouer avec les tresses de la petite.
Dans ce milieu, l’enfance de Cécile se passait bien mélancolique. Elle sortait peu, vivait dans le jardin ou dans une grande pièce pleine de casiers, de bottes d’herbes, de racines en train de sécher, qu’on appelait «la pharmacie.» De cette pièce une porte toujours close do
La petite Cécile s’arrêtait souvent, pensive, devant ce seuil fermé comme un caveau. Du reste, elle songeait trop. Jamais on ne l’avait envoyée à l’école, comme si on eût craint pour elle le contact des autres enfants du village; et cet isolement lui faisait mal. Son petit corps se fatiguait de trop d’inaction. Il lui manquait ces turbulences de vie, ces cris sans cause, ces piétinements fous, que les enfants n’ont qu’entre eux quand ils ne sont pas gênés du blâme ni de la raillerie des gens sérieux.
– Il faut la distraire, disait M. Rivals à sa femme… Il y a le petit d’Argenton qui est charmant, à peu près de son âge et qui ne bavarderait pas, lui!
– Oui! mais qu’est-ce que c’est que ces gens-là? D’où vie
– La crème des gens, ma chère amie. Le mari est très original, c’est vrai, mais tu comprends, les artistes!… La femme est un peu bêtasse, mais si bo
Madame Rivals remuait la tête. Elle n’avait pas confiance dans la perspicacité de son mari.
– Oh! tu sais, toi!…
Et elle soupirait, avec un regard plein de reproches.
Le vieux Rivals baissait le front comme un coupable. Pourtant il tenait à son idée:
– Prends garde! disait-il, la petite s’e
Enfin la grand’mère sa laissa décider, et Jack devint le compagnon de Cécile.
Ce fut pour lui une vie nouvelle. Il vint rarement d’abord, puis un peu plus, ensuite tous les jours. Madame Rivals prit bien vite en affection cette jolie nature d’enfant, discrète et tendre, comprimée par l’indifférence comme Cécile l’était par la tristesse. Elle s’aperçut de l’abandon où on laissait le petit, et qu’il manquait toujours des boutons à sa veste, et qu’il était libre à toute heure de la journée, sans leçons ni devoirs.
– Tu ne vas donc pas à l’école, mon petit Jack?
– Non, madame.
Il ajoutait, car il y a souvent des trésors de délicatesse dans le cœur des enfants: «C’est maman qui me montre.»
Elle en aurait été bien en peine, la pauvre Charlotte, avec sa cervelle d’oiseau. D’ailleurs il était bien facile de voir que perso
– C’est incroyable, disait madame Rivals à son mari, ils laissent cet enfant traîner sans rien faire du matin au soir.
– Que veux-tu? répondait le docteur pour excuser ses amis. Il paraît qu’il ne veut pas travailler, ou du moins qu’il ne peut pas. Il a la tête un peu faible.
– Oui, la tête un peu faible, et puis son beau-père ne l’aime pas… Ces enfants du premier lit sont toujours des parias.
Jack trouva de vrais amis dans cette maison. Cécile l’adorait, ne pouvait plus se passer de lui. Ils jouaient ensemble dans le jardin quand il faisait beau, ou sinon montaient à la pharmacie. Madame Rivals était toujours là. Comme il n’y avait pas de pharmacien à Étiolles, elle exécutait les ordo
– Voyons! où es-tu allé aujourd’hui!… demandait-elle au docteur, à l’arrivée.
Le bonhomme oubliait en route la moitié de sa tournée, et, volontairement ou involontairement, en supprimait toujours une partie, car il était aussi généreux que distrait. Des notes traînaient dans des maisons depuis vingt ans, Ah! s’il n’avait pas eu sa femme, quel gâchis! Elle le grondait doucement, lui mesurait son grog, s’occupait des moindres détails de sa toilette; et déjà, quand il partait, la petite lui disait très gravement: «Allons! viens ici grand-père, que je voie s’il ne te manque rien!»
La bonté de cet homme avait quelque chose de divin.
Elle se lisait dans son regard d’enfant, i
Le cheval était fait à son maître comme le maître au cheval; il savait que le docteur s’attardait souvent dans ses visites, ne se décidait jamais à s’en aller, et il avait des façons à lui de secouer ses rênes à la porte des malades. D’autres fois, quand c’était l’heure de rentrer pour déjeuner ou pour dîner, il s’arrêtait au milieu de la route, se tournait obstinément du côté de la maison.
– Tiens! c’est vrai, tu as raison, disait Rivals.
Alors ils revenaient bien vite, ou se disputaient tous les deux.
– Ah! mais tu m’e
Sur quoi il courait furieux à sa visite, pendant que le cheval, aussi entêté que lui, prenait tranquillement le chemin du village, traînant la voiture allégée, remplie seulement de livres et de journaux, ce qui faisait dire aux paysans qui le rencontraient sur la route: