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Oh! le grand lycée aux murs sombres, la classe triste aux bancs moisis, où les noms des élèves, taillés à coup de couteau, révélaient des passe-temps de priso
Les récréations de Mâdou se passaient ainsi. Rien ne l’amusait, rien ne l’intéressait; une seule chose, le tambour marquant les repas, les classes, le lever, le coucher, et qui, malgré ces destinations infimes, faisait battre ce petit cœur de roi guerrier au ronflement de ses baguettes. Il y avait aussi les jours de sortie; mais il en fut bientôt privé. Voici pourquoi:
Sitôt que «moucié Bonfils» venait le chercher, Mâdou l’entraînait vers le port, dont les vergues entrelacées, les carènes rangées au quai l’attiraient du bout des rues. Il n’était heureux que là, dans l’odeur du goudron, du varech, parmi les marchandises qu’on décharge, et dont beaucoup arrivaient de son pays. Il avait des extases devant ces ruissellements de grains dorés, ces sacs, ces ballots qui portaient quelquefois une marque reco
Les steamers en train de chauffer et, malgré leur immobilité, indiquant déjà le mouvement du voyage par les élans essoufflés de leur vapeur, quelque grand navire enflant ses voiles, tendant ses cordages, le tentaient, lui parlaient de départ, de délivrance.
Il restait debout pendant des heures à regarder fuir, vers le soleil couchant, une voile gonflée comme une aile de mouette, une fumée légère comme une bouffée de cigare, qui semblait suivre la flamme du bel astre, disparaître avec lui sous l’horizon.
Mâdou songeait à ses navires tout le temps des classes. C’était bien l’image de son retour au pays de lumière; un oiseau l’avait amené, pensait-il, un autre le remporterait.
Et, poursuivi par cette idée fixe, laissant là le BA, BE, BI, BO, BU, où ses yeux ne voyaient que du bleu, le bleu de la mer voyageuse et du grand ciel ouvert, un beau jour il s’échappa du collège, se glissa dans un des bateaux de «moucié Bonfils,» à fond de cale, fut retrouvé à temps, se sauva encore, et cette fois avec tant de ruse, qu’on ne s’aperçut de sa présence sur le navire qu’au milieu du golfe du Lion. Un autre enfant, on l’aurait gardé à bord; mais quand le nom de Mâdou fut co
Dès lors, il fut plus malheureux, surveillé, empriso
Malgré tout, il se sauvait encore, se cachait dans tous les bateaux en partance; on le retrouvait au fond des chambres de chauffe, des soutes à charbon, sous des amas de filets de pêche. Quand on le ramenait, il n’avait pas la moindre révolte, seulement un petit sourire triste, qui vous ôtait la force de le punir.
À la fin, le proviseur ne voulut plus garder la responsabilité d’un élève aussi subtil. Renvoyer le petit prince au Dahomey! «Moucié Bonfils» ne l’osait pas, craignant de perdre les bo
C’était la fortune du gymnase et une réclame vivante, que ce petit héritier noir d’un royaume lointain. Aussi on l’exhiba, on le promena. M. Moronval se montra avec lui au théâtre, aux courses, le long des grands boulevards, semblable à ces commerçants qui font rouler dans Paris, sur un fiacre à l’heure, quelque enseigne parlante de leur boutique.
Il l’emmena dans des salons, dans des cercles où il entrait, grave comme Fénelon conduisant le duc de Bourgogne, tandis qu’on a
Pendant des mois, les petits journaux furent pleins d’anecdotes, de reparties attribuées à Mâdou; même un rédacteur du Standard vint tout exprès de Londres pour le voir, et ils eurent ensemble une sérieuse conversation financière, administrative, sur la façon dont le prince comptait gouverner un jour ses États, sur ce qu’il pensait du régime parlementaire, de l’instruction obligatoire, etc. La feuille anglaise reproduisit à l’époque ce curieux dialogue, questions et réponses. Les réponses, flottantes et vagues, laissent généralement à désirer. On y remarque pourtant cette saillie de Mâdou, prié de do
Du coup, tous les frais du gymnase Moronval se trouvèrent payés par ce seul élève; «moucié Bonfils» réglait les notes sans faire la moindre observation. Par exemple, l’éducation de Mâdou fut un peu négligée. Il en restait à l’abécédaire, et la méthode Moronval-Decostère le trouva constamment rebelle à ses charmes, mais il n’y avait pas le moindre inconvénient à cela, les a
Il gardait donc sa prononciation défectueuse, son parler demi-enfantin qui, en ôtant leurs temps aux verbes, do
Et les professeurs, quelle indulgence, quels sourires aimables ils avaient pour cette petite boule noire qui, malgré son intelligence, se refusait à tous les bienfaits de l’instruction, et sous la laine épaisse de sa chevelure abritait, avec un ardent souvenir de son pays, le mépris de ces billevesées qu’on essayait de lui inculquer! Chacun dans le gymnase faisait des projets sur cette royauté future, déjà puissante et entourée, comme si Mâdou avait marché en plein Paris, sous les éventails de plumes, le dais à franges, les lances en faisceaux, de la suite de son père.
Quand Mâdou sera roi!
C’était le refrain de toutes leurs conversations. Sitôt Mâdou couro