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Une nuit, on vint so

– Qu’est-ce que diable on a brûlé ici, mère Salé?

La vieille se troubla, voulut mentir; mais il ne lui en laissa pas le temps:

– Il est donc venu chez vous, le voisin, l’empoiso

M. Rivals ne se trompait pas. Hirsch, en ces derniers temps, était venu essayer sur ce misérable sa sinistre médication des parfums. Les occasions de l’expérimenter devenaient rares pour lui. Les paysans se méfiaient; en outre, il était obligé de prendre de grandes précautions, à cause du médecin d’Étiolles qui faisait une guerre acharnée à sa médecine sans diplôme. Deux fois déjà il avait été mandé au parquet de Corbeil et menacé de peines sévères s’il continuait à exercer. Mais le voisinage des Salé, l’humilité de leur condition… Malgré sa peur des gendarmes, il s’était encore laissé tenter.

– Vite, vite! ouvrez la porte, la fenêtre!… vous voyez bien qu’il étouffe, ce malheureux!

La vieille se dépêchait d’exécuter les ordres du docteur, en marmottant:

– Ah! mon pauv’houme, mon pauv’houme! Il disions tant qu’ils nous le guéririons… Est-il possible de tromper le monde comme ça!… Pauvre bête sauvage de paysan que je sommes.

Pendant que M. Rivals, penché vers le mourant, épiait ce qu’il restait de force à son pouls insensible, une voix caverneuse sortit de dessous les guenilles du grabat:

– Dis-y, femme, tu as dit que tu y dirais.

La vieille continua à parler avec volubilité, à remuer la bourrée dans le foyer. Mais le moribond recommença de sa voix épuisée:

– Dis-y, femme… dis-y, femme…

M. Rivals regarda la Salé, dont le visage brûlé de vieille squaw avait pris une belle couleur de brique. Elle s’approcha en balbutiant:

– Dam! oui, ben sûr que c’est encore sa faute à ce médecin d’à côté, si j’avons fait du chagrin à c’te pauvre demoiselle qu’est si charitable.

– Quelle demoiselle? De qui parlez-vous? demanda le docteur vivement, en lâchant le bras de son malade.

Elle hésitait. Mais la voix du braco

– Dis-y… Je veux que tu y dises.

– Eh ben oui, là, j’y dis, fit la vieille résolûment. Voilà ce que c’est, mon bon monsieur Rivals: ce guerdin-là m’a do

– Coquine!… cria le vieux Rivals avec une colère qui lui fit retrouver la force et l’élan de sa jeunesse.

Il avait pris l’horrible paysa

– Tu as osé faire cela?

– C’est pour les vingt francs, mon bon monsieur… Si ce vilain homme ne m’avions pas do

– Ah! le misérable, il m’avait bien dit qu’il se vengerait… Mais qui donc a pu l’instruire et si bien guider sa vengeance?

Une plainte profonde, un de ces vagissements confus, comme l’homme en pousse quand il arrive au monde ou qu’il en sort, rappela le médecin vers le grabat du vieux. Maintenant qu’elle «y avait dit,» le père Salé se laissait mourir, et peut-être que ce seul petit scrupule de conscience parmi tous ses crimes de vieux vagabond, lui rendit plus facile le terrible passage. Jusqu’au matin, le docteur demeura penché sur cette lente agonie, sur cet atome de vie que le jour blanc frappant aux carreaux, allait emporter dans son premier frisson. Il lui fallut un grand courage pour rester là en face de ce mourant et de cette vieille accroupie au foyer, qui n’osait ni lui parler, ni le regarder. Retenu par son devoir, il pensait, et, d’une idée à une autre, essayait d’assembler les parties, encore obscures pour lui, de cette infâme machination. Quand tout fut fini, il s’en revint bien vite à Étiolles, non sans avoir constaté que cet infâme Hirsch n’était plus à «Parva domus.» Ah! s’il l’avait tenu en ce moment, il aurait retrouvé toutes ses violences de chirurgien de bord devant ce lâche e

– Grand-père!

– Ils te l’ont donc appris, les misérables, ce secret que nous avions eu tant de peine à te cacher. Ô Dieu! tant d’efforts, tant de soins, pour t’éviter cette tristesse! et puis, qu’elle t’arrive par des étrangers, par des e

Elle avait caché sa tête sur son épaule:

– Ne me parle pas. Ne me dis rien. J’ai honte!…

– Il faut que je parle, au contraire… Ah! si j’avais pu me douter d’où venait la cause de ton refus! car enfin c’est pour cela, n’est-ce pas, que tu n’as plus voulu te marier?

– Oui.

– Mais pourquoi? Explique-moi ta pensée.

– Je ne voulais pas avouer le désho