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Elle restait là, affaissée et seule devant la croisée, à lire ses romans jusqu’à ce que la tête lui tournât. Elle lisait pour éviter de penser et de regretter. Déclassée dans cette grande maison ouvrière, les croisées laborieuses qu’elle avait en face d’elle ne lui causaient pas, comme à son fils, une excitation au courage, à un labeur quelconque, mais une lassitude plus grande, un dégoût plus amer. La femme toujours triste qui cousait sans relâche près de sa fenêtre, la pauvre vieille qui disait: «les perso

Moi, je crois à l’Amour comme je crois en Dieu.

Où était-il? Que faisait-il? Comment ne lui avait-il pas écrit depuis trois mois qu’il était sans nouvelles? Alors le livre lui tombait des mains, et elle demeurait pensive, le regard perdu, jusqu’au retour de son fils, pour qui elle essayait un sourire. Mais il devinait tout de suite son état moral au désordre de la chambre, au négligé de cette femme si coquette jadis, et qui maintenant traînait par la mansarde un peignoir fané et des sandales indolentes. Rien n’était prêt pour le dîner:

– Tu vois! je n’ai rien fait. Le temps est si chaud. C’est accablant. Puis je suis si découragée.

– Pourquoi découragée? Tu ne te trouves donc pas bien avec moi? Tu t’e

– Non, certes, je ne m’e

Elle l’embrassait avec passion, essayant de s’accrocher à lui pour se tirer de l’abîme où elle se sentait disparaître.

– Allons dîner dehors, disait Jack… cela te distraira.

Mais il manquait à Ida la distraction suprême de pouvoir faire une toilette, de pouvoir tirer de l’armoire où ils restaient pendus ses jolis costumes d’autrefois, trop coquets, trop excentriques pour sa situation présente, et dont le luxe demandait celui d’une voiture ou du moins un autre quartier. Elle s’habillait aussi modestement que possible pour ces promenades dans des rues indigentes. Malgré tout, il y avait toujours dans sa mise quelque chose de choquant, l’échancrure du corsage, la frisure des cheveux, les grands plis des jupons, et Jack prenait exprès une allure un peu bonhomme, protégeait de toute sa gravité cette mère affichante comme une maîtresse. Ils s’en allaient parmi ces longues files de petits bourgeois, d’ouvriers endimanchés marchant à petits pas, les uns derrière les autres, par des rues, des boulevards dont ils co

Après le dîner, une de leurs promenades favorites, par ces longues soirées d’été, était le square des Buttes-Chaumont que l’on venait de terminer, square immense et mélancolique, improvisé sur les ancie

Plus près d’eux, ils avaient le spectacle de la joie populaire. Dans les allées tournantes, entre les quinconces du jardin, les petits boutiquiers en grande tenue circulaient autour de la musique, pendant que là-haut, sur ce qu’il restait des vieilles buttes, parmi la verdure pelée et le sol d’ocre rouge, des familles d’ouvriers, dispersées comme un grand troupeau aux flancs du mont, couraient, se vautraient, faisaient des glissades, enlevaient de grands cerfs-volants, avec des cris jetés dans un air extrêmement sonore, au-dessus de la tête des promeneurs. Chose étrange, ce square magnifique disposé en plein quartier ouvrier, une flatterie de l’Empire aux habitants de La Villette et de Belleville, leur semblait trop soigné, trop ratissé; et ils le délaissaient pour leurs ancie