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Et l’on trottait, l’on trottait. Étiolles, Soisy, défilaient de chaque côté de la route avec ces hasards de point de vue qui sont les bonheurs du voyage. Le pont de Corbeil traversé, à quelques kilomètres de la petite ville, en suivant le bord de l’eau, on entra en pleine vendange.
Sur les coteaux descendant à la Seine, une nuée de travailleurs s’était abattue, cueillant, défeuillant avec ce bruit de grêle que font les vers à soie dans leurs branches de mûriers. Jack et Cécile saisirent chacun un panier d’osier et à l’aventure coururent au travail. Oh! le joli endroit, le rustique paysage entrevu parmi les ceps, la Seine étroite, tournante, pittoresque, pleine d’îlots toujours verts, quelque chose comme une miniature du Rhin près de Bâle, la chute d’un barrage non loin de là, avec son bruit d’eau, ses tourbillons d’écume, et, sur tout cela, le soleil qui montait dans une brume dorée à côté d’un mince croissant blanc mettant dans cette belle journée, la menace des nuits plus longues et des feux de bo
En effet, ce jour si beau fut bien court, du moins Jack le trouva bien court. Il ne quitta pas Cécile d’une minute, eut tout le temps devant les yeux son chapeau de paille à bords étroits, sa jupe de percale fleurie, et son panier qu’il emplissait des plus belles grappes soigneusement cueillies, entourées de cette buée fraîche, fragile comme la poussière des papillons, qui fait le grain transparent à la façon d’un verre dépoli. Ils regardaient ensemble cette fleur du fruit; et quand Jack relevait les yeux, il admirait sur les joues de son amie, au coin de ses tempes, de ses lèvres, un duvet pareil, une poudre aussi fine, une illusion de tous les traits, ce que l’aube, la jeunesse, la solitude, laissent aux grappes qui tie
Il vint un moment pourtant dans la journée où la fatigue fit asseoir les deux enfants au bord d’un petit bois fleuri de bruyères roses, tout crépitant de feuilles sèches…
Et alors?
Eh bien, non, ils ne se dirent rien. Leur amour n’était pas de ceux qui s’avouent et se formulent aussi vite. Ils laissèrent le soir descendre mystérieusement sur le plus beau rêve qu’ils eussent fait de leur vie, enivrant, rapide, parfumé de nature, et auquel un prompt crépuscule d’automne vint do
– Qu’avez-vous Jack?… Vous souffrez?
– Oh! non, Cécile!… Jamais je n’ai été si bien!…
Elle lui avait pris la main; mais quand elle voulut retirer la sie
Ce fut tout.
Quand ils descendirent à la ferme, le docteur venait d’arriver. On entendait en bas dans la cour sa bo
Ils s’en revinrent tous trois, comme autrefois, par la solitude de la campagne, un peu plus serrés seulement dans le cabriolet qui n’avait pas grandi, lui, et qui faisait maintenant sur les chemins une petite so
– Tu n’a pas froid, Jack?… disait le docteur.
Comment aurait-il eu froid? Le grand châle de Cécile le touchait de ses franges, et puis il y avait tant de soleil dans ses souvenirs…
Hélas! pourquoi faut-il un lendemain à ces journées merveilleuses? Pourquoi faut-il que la vie vous repre
Un matin, il entra chez M. Rivals pour le remercier et lui faire part de sa résolution:
– Tu as raison, lui dit le bonhomme; te voilà fort, bien portant, il faut travailler… Avec le livret que tu as, tu auras vite trouvé de l’ouvrage.
Il y eut un moment de silence. Jack se sentait très ému, et aussi un peu gêné par la singulière attention avec laquelle M. Rivals le regardait.
– Tu n’as pas quelque chose à me dire?… lui demanda le docteur tout à coup.
Jack rougissant, décontenancé, répondit: