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CHAPITRE X

Arabella ne fut pas longtemps absente. Bientôt elle revenait accompagnée de quelques gentlemen que ses airs mystérieux semblaient fort intriguer.

Il y avait dans le groupe M. de Chaville, le baron de Hautpertuis, maître Guilloche, M. Lerechigneux, président du tribunal, et, visiblement inquiet, le maire, M. Dubenoît.

M. de Chaville prit la parole:

– Qu’y a-t-il, Fléchard, vous nous faites demander?

– Oui, messieurs, je vous ai priés de venir au sujet d’une grave communication que j’ai à vous faire.

– Une grave communication?

– Une grave communication! D’ailleurs, j’aperçois parmi vous l’honorable président du tribunal, M. Lerechigneux; j’en suis heureux, car sa présence ici va do

Le moment était sole

Fléchard toussa et reprit:

– Messieurs, l’affaire Blaireau est sans doute encore présente à vos esprits?

– Oui, éclata Dubenoît, Blaireau, le pire braco

– Eh bien, messieurs, Blaireau n’est pas coupable, Blaireau a été condamné injustement!

La foudre fût tombée subitement sur tous ces messieurs que leur stupeur eût été certainement plus considérable, mais, tout de même, ils furent bien éto

– Qu’est-ce que vous nous chantez là, Fléchard?

– Je ne chante pas, messieurs…, j’avoue, car dans cette ténébreuse affaire Blaireau, le vrai coupable, je viens d’avoir l’ho

L’inquiétude de M. Dubenoît s’accentuait de plus en plus fort.

Une erreur judiciaire à Montpaillard, eh bien! il ne manquait plus que cela! Les dix-sept révolutio

Ce magistrat prenait la chose avec infiniment plus de sérénité.

– L’affaire Blaireau? Oui, je me rappelle très bien. Un braco

– C’est clair appuya Dubenoît, c’est clair!

– D’ailleurs, poursuivit le président, si M. Fléchard peut nous démontrer qu’il est coupable, nous le condamnerons, tout comme nous avons condamné Blaireau, qui n’a pas su nous prouver qu’il était i

– Vous ne ferez pas cela, monsieur Lerechigneux! Au nom de l’ordre, au nom de la tranquillité de Montpaillard, je vous en conjure!

Me Guilloche rayo

Une erreur judiciaire! Ah! ah! on allait rire! Et les pouvoirs publics pouvaient s’apprêter à passer un vilain quart d’heure.

– Oui, monsieur le maire, ricanait le jeune ambitieux, il ne s’agit pas de la tranquillité de Montpaillard, en ce moment, mais de quelque chose de plus haut.

– Fichez-moi la paix! vous voyez bien que, dans un but que je ne comprends pas, Fléchard se moque de nous. Le garde champêtre a positivement reco

– Le garde champêtre s’est positivement trompé, voilà tout!

Fléchard tira de sous ses vêtements un objet qu’il dépaqueta avec le plus grand soin.

– Savez-vous ce que c’est que cela?

– Qu’est-ce?

– Regardez bien, messieurs. Ceci est la plaque du garde champêtre, la plaque que, je lui ai arrachée dans le combat!

«C’est la plaque commémorative de mes remords, je l’ai toujours sur moi.

– Drôle d’idée!

– Voyez, messieurs, j’ai gravé la date dessus.

Guilloche triompha.

– Il n’y a plus de doute, maintenant. Nous nous trouvons en présence d’une erreur judiciaire incontestable, une des plus belles erreurs judiciaires que j’aie jamais rencontrée dans ma carrière d’avocat.

Mais l’honorable M. Dubenoît ne l’entendait pas ainsi:

– Une erreur judiciaire! Jamais de la vie!

– Et qu’est-ce que c’est donc, s’il vous plaît?

– Une confusion, une simple confusion indigne de fixer notre intérêt plus de cinq minutes.

– Ah! vraiment?

– Votre Blaireau n’est qu’un mauvais drôle! En admettant qu’il ne soit pas coupable dans cette affaire-là, il a sur la conscience une foule d’autres méfaits pour lesquels il n’a jamais été condamné.

– Cela n’est pas une raison.

– Je vous demande pardon, c’en est une, et une excellente!

«Blaireau est un braco

À ce mot de victime, le baron de Hautpertuis avait bondi.

– Une victime! Mais la voilà votre victime! Et vous, monsieur le maire, qui prétendiez qu’il n’y avait pas de victimes à Montpaillard!

– Permettez, baron, permettez…

– Victime d’une erreur judiciaire! Ce sera ma première fête de charité au bénéfice d’une victime de ce genre. J’ai eu des victimes de l’incendie, des victimes de l’inondation, des victimes du choléra, mais jamais des victimes de la magistrature.

Tout le monde, même et surtout le président Lerechigneux, se mit à lire.

– Cela complétera votre collection, mon cher baron! fit l’inconscient magistrat.

Un peu vexé qu’on ne s’occupât plus de lui, Jules Fléchard déclara sole

– Et maintenant, messieurs, je vous quitte. Je vais verser mes aveux dans le sein de M. le procureur de la République.

– Vous ne ferez pas cela, s’écria Dubenoît, vous ne ferez pas cela, Fléchard! voyons, mon ami, songez que vous allez mettre Montpaillard à feu et à sang!