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– Les suites!… et qu’as-tu à craindre? Voyons, ce n’est pas moi qui te dénoncerai, au contraire.

– Sans doute.

– Le lendemain du jour où je suis installé, tu viens faire un tour à la Conciergerie; je te compte vingt-cinq rouleaux contenant chacun deux mille francs; ces vingt-cinq rouleaux tiendront à l’aise dans tes deux poches. Avec l’argent, je te do

– Eh bien, c’est dit, monsieur, arrive qui arrive. Je suis un pauvre diable, moi; je ne me mêle pas de politique; la France a toujours bien marché sans moi, et ne périra pas faute de moi; si vous faites une méchante action, tant pis pour vous.

– En tout cas, dit le patriote, je ne crois pas pouvoir faire pis que l’on ne fait en ce moment.

– Monsieur me permettra de ne pas juger la politique de la Convention nationale.

– Tu es un homme admirable de philosophie et d’insouciance. Maintenant, voyons, quand me présentes-tu au père Richard?

– Ce soir, si vous voulez.

– Oui, certainement. Qui suis-je?

– Mon cousin Mardoche.

– Mardoche, soit; le nom me plaît. Quel état?

– Culottier.

– De culottier à ta

– Êtes-vous ta

– Je pourrais l’être.

– C’est vrai.

– À quelle heure la présentation?

– Dans une demi-heure, si vous voulez. À neuf heures alors.

– Quand aurai-je l’argent?

– Demain.

– Vous êtes donc énormément riche?

– Je suis à mon aise.

– Un ci-devant, n’est-ce pas?

– Que t’importe!

– Avoir de l’argent, et do

– Que veux-tu! les sans-culottes ont tant d’esprit qu’il n’en reste pas aux autres.

– Chut! voilà mon vin.

– À ce soir, en face de la Conciergerie.

– Oui.

Le patriote paya son écot et sortit.

De la porte, on l’entendit crier de sa voix de to

– Allons donc, citoye

– Ce bon Mardoche! dit le guichetier en dégustant le verre de Bourgogne que venait de lui verser la cabaretière en le regardant tendrement.

XLI Le greffier du ministère de la guerre

Le patriote était sorti, mais ne s’était pas éloigné. À travers les vitres enfumées, il guettait le guichetier, pour voir s’il n’entrerait pas en communication avec quelques-uns de ces agents de la police républicaine, l’une des meilleures qui eût jamais existé, car la moitié de la société espio

Mais rien de ce que craignait le patriote n’arriva; à neuf heures moins quelques minutes, le guichetier se leva, prit le menton de la cabaretière et sortit.

Le patriote le rejoignit sur le quai de la Conciergerie et tous deux entrèrent dans la prison. Dès le soir même, le marché fut conclu: le père Richard accepta le guichetier Mardoche en remplacement du citoyen Gracchus.

Deux heures avant que cette affaire s’arrangeât dans la geôle, une scène se passait dans une autre partie de la prison qui, quoique sans intérêt apparent, avait une importance non moins grande pour les principaux perso

Le greffier de la Conciergerie, fatigué de sa journée, allait plier les registres et sortir, quand un homme, conduit par la citoye

– Citoyen greffier, dit-elle, voici votre confrère du ministère de la guerre qui vient, de la part du citoyen ministre, pour relever quelques écrous militaires.

– Ah! citoyen, dit le greffier, vous arrivez un peu tard, je pliais bagage.

– Cher confrère, pardo

– S’il en est ainsi, faites, mon cher confrère; mais hâtez-vous, car, ainsi que vous le dites, c’est l’heure du souper et j’ai faim. Avez-vous vos pouvoirs?

– Les voici, dit le greffier du ministère de la guerre en exhibant un portefeuille que son confrère, tout pressé qu’il était, examina avec une scrupuleuse attention.

– Oh! tout cela est en règle, dit la femme Richard, et mon mari a déjà passé l’inspection.

– N’importe, n’importe, dit le greffier en continuant son examen.

Le greffier de la guerre attendit patiemment et en homme qui s’était attendu au strict accomplissement de ces formalités.

– À merveille, dit le greffier de la Conciergerie, et vous pouvez maintenant commencer quand vous voudrez. Avez-vous beaucoup d’écrous à relever?

– Une centaine.

– Alors, vous en avez pour plusieurs jours?

– Aussi, cher confrère, est-ce une espèce de petit établissement que je viens fonder chez vous, si vous le permettez, toutefois.

– Comment l’entendez-vous? demanda le greffier de la Conciergerie.

– C’est ce que je vous expliquerai en vous emmenant souper ce soir avec moi; vous avez faim, vous l’avez dit.

– Et je ne m’en dédis pas.

– Eh bien, vous verrez ma femme: c’est une bo

– Ma foi, oui, vous me faites cet effet-là; cependant, cher confrère…

– Oh! acceptez sans façon les huîtres que j’achèterai en passant sur la place du Châtelet, un poulet de chez notre rôtisseur, et deux ou trois petits plats que madame Durand fait dans la perfection.

– Vous me séduisez, cher confrère, dit le greffier de la Conciergerie, ébloui par ce menu, auquel n’était pas accoutumé un greffier payé par le tribunal révolutio

– Ainsi, vous acceptez?