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Le nouveau venu avait, comme l’autre, un bo

Aussi, quoique ces deux hommes parussent appartenir à la même cause et partager la même opinion, les assistants risquèrent-ils un œil pour voir ce qui résulterait, non pas de leur rencontre, car ils ne marchaient pas précisément sur la même ligne, mais de leur rapprochement. Au premier tour, leur attente fut déçue: les deux patriotes se contentèrent d’échanger un regard, et même ce regard fit légèrement pâlir le plus petit des deux; seulement, au mouvement involontaire de ses lèvres, il était visible que cette pâleur était occasio

Et cependant, au second tour, comme si le patriote eût fait un violent effort, sa figure, si rébarbative jusque-là, s’éclaircit; quelque chose comme un sourire qui essayait d’être gracieux passa sur ses lèvres, et il appuya légèrement sa promenade à gauche, dans le but évident d’arrêter le second patriote dans la sie

À peu près au centre, ils se joignirent.

– Eh pardieu! c’est le citoyen Simon! dit le premier patriote.

– Lui-même! Mais que lui veux-tu, au citoyen Simon? et qui es-tu, d’abord?

– Fais donc semblant de ne me pas reco

– Je ne te reco

– Allons donc! tu ne reco

Et ces mots, prononcés avec une sourde fureur, s’élancèrent brûlants de la bouche du patriote à carmagnole. Simon tressaillit.

– Toi? fit-il; toi?

– Eh bien, cela t’éto

– C’est fort bien, ce que tu as fait, dit Simon; mais je ne te co

– Il y a plus d’avantage à garder le petit Capet, on est plus en vue; car, moi, je te co

– Ah! merci.

– Il n’y a pas de quoi… Donc, tu te promènes?

– Oui, j’attends quelqu’un… Et toi?

– Moi aussi.

– Comment donc t’appelles-tu? Je parlerai de toi au club.

– Je m’appelle Théodore.

– Et puis?

– Et puis, c’est tout; ça ne te suffit pas?

– Oh! parfaitement… Qui attends-tu, citoyen Théodore?

– Un ami auquel je veux faire une bo

– En vérité! Conte-moi cela.

– Une couvée d’aristocrates.

– Qui s’appellent?

– Non, vrai, je ne peux dire cela qu’à mon ami.

– Tu as tort; car voici le mien qui s’avance vers nous, et il me semble que celui-là co

– Fouquier-Tinville! s’écria le premier patriote.

– Rien que cela, cher ami.

– Eh bien, c’est bon.

– Eh! oui, c’est bon… Bonjour, citoyen

Fouquier. Fouquier-Tinville, pâle, calme, ouvrant, selon son habitude, des yeux noirs enfoncés sous d’épais sourcils, venait de déboucher d’une porte latérale de la salle, son registre à la main, ses liasses sous le bras.

– Bonjour, Simon, dit-il; quoi de nouveau?

– Beaucoup de choses. D’abord, une dénonciation du citoyen Théodore, qui a porté la tête de la Lamballe. Je te le présente.

Fouquier attacha son regard intelligent sur le patriote, que cet examen troubla, malgré la tension courageuse de ses nerfs.

– Théodore, dit-il. Qui est ce Théodore?

– Moi, dit l’homme à la carmagnole.

– Tu as porté la tête de la Lamballe, toi? fit l’accusateur public avec une expression très prononcée de doute.

– Moi, rue Saint-Antoine.

– Mais j’en co

– Moi, j’en co

Ce trait fit rire Simon et dérida Fouquier.

– Tu as raison, dit-il, et, si tu ne l’as pas fait, tu aurais dû le faire. Laisse-nous, je te prie; Simon a quelque chose à me dire.

Théodore s’éloigna, fort peu blessé de la franchise du citoyen accusateur public.

– Un moment, cria Simon, ne le renvoie pas comme cela; entends d’abord la dénonciation qu’il nous apporte.

– Ah! fit d’un air distrait Fouquier-Tinville, une dénonciation?

– Oui, une couvée, ajouta Simon.

– À la bo

– Oh! presque rien: le citoyen Maison-Rouge et quelques amis.

Fouquier fit un bond en arrière, Simon leva les bras au ciel.

– En vérité? dirent-ils tous deux ensemble.

– Pure vérité; voulez-vous les prendre?

– Tout de suite; où sont-ils?

– J’ai rencontré le Maison-Rouge rue de la Grande-Truanderie.

– Tu te trompes, il n’est pas à Paris, répliqua Fouquier.

– Je l’ai vu, te dis-je.

– Impossible. On a mis cent hommes à sa poursuite; ce n’est pas lui qui se montrerait dans les rues.

– Lui, lui, lui, fit le patriote, un grand brun, fort comme trois forts, et barbu comme un ours. Fouquier haussa les épaules avec dédain.

– Encore une sottise, dit-il; Maison-Rouge est petit, maigre, et n’a pas un poil de barbe.

Le patriote laissa retomber ses bras d’un air consterné.

– N’importe, la bo

– Eh bien, rien de nouveau; l’enfant va bien.

Le patriote tournait le dos de façon à ne pas paraître indiscret, mais de façon à entendre.