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À ce moment, du pont au Change déboucha un détachement de gendarmes qui eut bientôt balayé le quai, quoique de la rue transversale où se tenaient les deux amis, on entendît pendant un instant une lutte acharnée.
Ils précédaient la charrette qui conduisait à la guillotine la pauvre Héloïse.
– Au galop! cria une voix; au galop!
La charrette partit au galop. Lorin aperçut la malheureuse jeune fille, debout, le sourire sur les lèvres et l’œil fier. Mais il ne put même échanger un geste avec elle; elle passa sans le voir auprès d’un tourbillon de peuple qui criait:
– À mort, l’aristocrate! À mort!
Et le bruit s’éloigna décroissant et gagnant les Tuileries.
En même temps, la petite porte par où étaient sortis Maurice et Lorin se rouvrit, et trois ou quatre muscadins, les habits déchirés et sanglants, sortirent. C’était probablement tout ce qui restait de la petite troupe.
Le jeune homme blond sortit le dernier.
– Hélas! dit-il, cette cause est donc maudite!
Et, jetant son sabre ébréché et sanglant, il s’élança vers la rue des Lavandières.
XXVIII Le chevalier de Maison-Rouge
Maurice se hâta de rentrer à la section pour y porter plainte contre Simon.
Il est vrai qu’avant de se séparer de Maurice, Lorin avait trouvé un moyen plus expéditif: c’était de rassembler quelques Thermopyles, d’attendre Simon à sa première sortie du Temple, et de le tuer en bataille rangée.
Mais Maurice s’était formellement opposé à ce plan.
– Tu es perdu, lui dit-il, si tu en viens aux voies de fait. Écrasons Simon, mais écrasons-le par la légalité. Ce doit être chose facile à des légistes.
En conséquence, le lendemain matin, Maurice se rendit à la section et formula sa plainte.
Mais il fut bien éto
– Bon! dit Maurice, je sais maintenant ce qu’il faut faire pour mériter la réputation de bon citoyen. Ah! ah! rassembler le peuple pour assassiner un homme qui vous déplaît, vous appelez cela être animé de l’amour de la patrie? Alors j’en reviens au sentiment de Lorin, que j’ai eu le tort de combattre. À partir d’aujourd’hui, je vais faire du patriotisme, comme vous l’entendez, et j’expérimenterai sur Simon.
– Citoyen Maurice, répondit le président, Simon a peut-être moins de torts que toi dans cette affaire; il a découvert une conspiration, sans y être appelé par ses fonctions, là où tu n’as rien vu, toi dont c’était le devoir de la découvrir; de plus, tu as des co
– Moi! dit Maurice. Ah! voilà du nouveau, par exemple; et avec qui donc, citoyen président?
– Avec le citoyen Maison-Rouge.
– Moi? dit Maurice stupéfait; moi, j’ai des co
– On t’a vu lui parler.
– Moi?
– Lui serrer la main.
– Moi?
– Oui.
– Où cela? quand cela?… Citoyen président, dit Maurice emporté par la conviction de son i
– Ton zèle pour la patrie t’emporte un peu loin, citoyen Maurice, dit le président, et tu seras fâché tout à l’heure de ce que tu viens de dire, quand je te do
– Allons donc! dit Maurice; est-ce que vous pensez que je suis assez niais pour croire à votre chevalier de Maison-Rouge?
– Et pourquoi n’y croirais-tu pas?
– Parce que c’est un spectre de conspirateur avec lequel vous tenez toujours une conspiration prête pour englober vos e
– Lis les dénonciations.
– Je ne lirai rien, dit Maurice: je proteste que je n’ai jamais vu le chevalier de Maison-Rouge, et que je ne lui ai jamais parlé. Que celui qui ne croira pas à ma parole d’ho
Le président haussa les épaules; Maurice, qui ne voulait être en reste avec perso
Il y eut quelque chose de sombre et de réservé pendant le reste de la séance.
Après la séance, le président, qui était un brave patriote élevé au premier rang du district par le suffrage de ses concitoyens, s’approcha de Maurice et lui dit:
– Viens, Maurice, j’ai à te parler.
Maurice suivit le président, qui le conduisit dans un petit cabinet attenant à la chambre des séances. Arrivé là, il le regarda en face, et, lui posant la main sur l’épaule:
– Maurice, lui dit-il, j’ai co
– Que diable! citoyen, dit Maurice, je me co
– Tu ne crois pas aux conspirateurs, Maurice, dit le président; eh bien, dis-moi, crois-tu à l’œillet rouge pour lequel on a guillotiné hier la fille Tison?
Maurice tressaillit.
– Crois-tu au souterrain pratiqué dans le jardin du Temple et communiquant de la cave de la citoye
– Non, dit Maurice.
– Alors, fais comme Thomas l’apôtre, va voir.
– Je ne suis pas de garde au Temple, et l’on ne me laissera pas entrer.
– Tout le monde peut entrer au Temple maintenant.
– Comment cela?
– Lis ce rapport; puisque tu es si incrédule, je ne procéderai plus que par pièces officielles.
– Comment! s’écria Maurice lisant le rapport, c’est à ce point?
– Continue.