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Tout à coup un des convives, qui jusque-là avait gardé le silence, demanda des nouvelles des priso

Maurice tressaillit malgré lui au timbre de cette voix. Il avait reco

Cependant cet homme, ho

Cet homme aux mesures extrêmes, et qui paraissait voir dans ses idées politiques les mêmes systèmes violents que dans sa conduite privée, parlait donc du Temple, et s’éto

– Oui, dit le citoyen Morand; mais il faut convenir qu’en toute occasion, jusqu’à présent, la conduite de ces municipaux a justifié la confiance que la nation avait en eux, et l’histoire dira qu’il n’y avait pas que le citoyen Robespierre qui méritât le surnom d’incorruptible.

– Sans doute, sans doute, reprit l’interlocuteur, mais de ce qu’une chose n’est point arrivée encore, il serait absurde de conclure qu’elle n’arrivera jamais. C’est comme pour la garde nationale, continua le chef d’atelier; eh bien, les compagnies des différentes sections sont convoquées chacune à son tour pour le service du Temple, et cela indifféremment. Eh bien, n’admettez-vous point qu’il puisse y avoir, dans une compagnie de vingt ou vingt-cinq hommes, un noyau de huit ou dix gaillards bien déterminés, qui, une belle nuit, égorgent les sentinelles et enlèvent les priso

– Bah! dit Maurice, tu vois, citoyen, que c’est un mauvais moyen, puisque, il y a trois semaines ou un mois, on a voulu l’employer et qu’on n’a point réussi.

– Oui, reprit Morand; mais parce qu’un des aristocrates qui composaient la patrouille a eu l’imprudence, en parlant je ne sais à qui, de laisser échapper le mot monsieur.

– Et puis, dit Maurice, qui tenait à prouver que la police de la République était bien faite, parce qu’on s’était déjà aperçu de l’entrée du chevalier de Maison-Rouge dans Paris.

– Bah! s’écria Dixmer.

– On savait que Maison-Rouge était entré dans Paris? demanda froidement Morand. Et savait-on par quel moyen il y était entré?

– Parfaitement.

– Ah diable! dit Morand en se penchant en avant pour regarder Maurice, je serais curieux de savoir cela; jusqu’à présent, on n’a rien pu nous dire encore de positif là-dessus. Mais vous, citoyen, vous le secrétaire d’une des principales sections de Paris, vous devez être mieux renseigné?

– Sans doute, dit Maurice; aussi ce que je vais vous dire est-il l’exacte vérité.

Tous les convives, et même Geneviève, parurent accorder la plus grande attention à ce qu’allait dire le jeune homme.

– Eh bien, dit Maurice, le chevalier de Maison-Rouge venait de Vendée, à ce qu’il paraît; il avait traversé toute la France avec son bonheur ordinaire. Arrivé pendant la journée à la barrière du Roule, il a attendu jusqu’à neuf heures du soir. À neuf heures du soir, une femme, déguisée en femme du peuple, est sortie par cette barrière, portant au chevalier un costume de chasseur de la garde nationale; dix minutes après, elle est rentrée avec lui; la sentinelle, qui l’avait vue sortir seule, a eu des soupçons en la voyant rentrer accompagnée: elle a do

– Ah! ah! dit Morand; c’est curieux, ce que vous nous racontez là…

– Et surtout positif, dit Maurice.

– Oui, cela en a l’air; mais, la femme, sait-on ce qu’elle est devenue?…

– Non, elle a disparu, et l’on ignore complètement qui elle est et ce qu’elle est.

L’associé du citoyen Dixmer et le citoyen Dixmer lui-même parurent respirer plus librement.

Geneviève avait écouté tout ce récit, pâle, immobile et muette.

– Mais, dit le citoyen Morand avec sa froideur ordinaire, qui peut dire que le chevalier de Maison-Rouge faisait partie de cette patrouille qui a do

– Un municipal de mes amis qui, ce jour-là, était de service au Temple, l’a reco

– Il savait donc son signalement?

– Il l’avait vu autrefois.

– Et quel homme est-ce, physiquement, que ce chevalier de Maison-Rouge? demanda Morand.

– Un homme de vingt-cinq à vingt-six ans, petit, blond, d’un visage agréable, avec des yeux magnifiques et des dents superbes.

Il se fit un profond silence.

– Eh bien, dit Morand, si votre ami le municipal a reco

– D’abord, parce que, ne sachant pas son arrivée à Paris, il a craint d’être dupe d’une ressemblance; et puis mon ami est un peu tiède, il a fait ce que font les sages et les tièdes: dans le doute, il s’est abstenu.

– Vous n’auriez pas agi ainsi, citoyen? dit Dixmer à Maurice en riant brusquement.

– Non, dit Maurice, je l’avoue: j’aurais mieux aimé me tromper que de laisser échapper un homme aussi dangereux que l’est ce chevalier de Maison-Rouge.

– Et qu’eussiez-vous donc fait, monsieur?… demanda Geneviève.

– Ce que j’eusse fait, citoye

– Mais que serait-il arrivé? demanda Geneviève.

– Il serait arrivé qu’on lui aurait fait son procès, à lui et à ses complices, et qu’à l’heure qu’il est, il serait guillotiné, voilà tout.