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Maurice était stupéfait; il se tenait debout par un miracle d’équilibre; il sentait que la tête lui tournait, il était près de tomber.

Il s’appuya à la cheminée.

– Mais enfin, dit-il, pourquoi vouliez-vous donc me tuer?

– Voilà le secret, citoyen, dit Dixmer, et je le confie à votre loyauté. Je suis, comme vous le savez déjà, maître ta

– Je le sais pardieu bien, s’écria Maurice, et vous ne m’apprenez là rien de nouveau. J’ai entendu votre délibération et j’ai vu votre carabine.

– Je vous ai déjà demandé pardon, reprit Dixmer d’un air de bonhomie attendrissante. Comprenez donc ceci, que, grâce aux désordres du temps, nous sommes, moi et mon associé, M. Morand, en train de faire une immense fortune. Nous avons la fourniture des sacs militaires; tous les jours nous en faisons confectio

– Diable! fit Maurice, cela me paraît un bénéfice assez ho

– Maintenant, dit Dixmer, je ne vous demande même plus votre parole.

Puis, lui posant la main sur l’épaule et le regardant avec un sourire:

– Voyons, lui dit-il, à présent que nous sommes en petit comité et entre amis, je puis le dire, que veniez-vous faire par ici, jeune homme? Bien entendu, ajouta le maître ta

– Mais je vous l’ai dit, je crois, balbutia Maurice.

– Oui, une femme, dit le bourgeois, je sais qu’il était question d’une femme.

– Mon Dieu! pardo

Geneviève était grande.

– Qu’elle est blonde et qu’elle a l’air éveillé…

Geneviève était brune avec de grands yeux pensifs.

– Une grisette enfin…, continua Maurice; aussi, pour lui plaire, ai-je pris cet habit populaire.

– Voilà qui explique tout, dit Dixmer avec une foi angélique que ne démentait point le moindre regard sournois.

Geneviève avait rougi, et, se sentant rougir, s’était détournée.

– Pauvre citoyen Lindey, dit Dixmer en riant, quelle mauvaise heure nous vous avons fait passer, et vous êtes bien le dernier à qui j’eusse voulu faire du mal; un si bon patriote, un frère!… Mais, en vérité, j’ai cru que quelque malintentio

– Ne parlons plus de cela, dit Maurice, qui comprit qu’il était temps de se retirer; remettez-moi dans mon chemin et oublions…

– Vous remettre dans votre chemin? s’écria Dixmer; vous quitter? Ah! non pas, non pas! je do

– Mais, dit Maurice au comble de la joie de rester quelques heures près de Geneviève, je ne sais vraiment si je dois accepter.

– Comment! si vous devez accepter, dit Dixmer; je le crois bien: ce sont de bons et francs patriotes comme vous; d’ailleurs, je ne croirai que vous m’avez pardo

Geneviève ne disait pas un mot. Maurice était au supplice.

– C’est qu’en vérité, balbutia le jeune homme, je crains de vous gêner, citoyen… Ce costume… ma mauvaise mine…

Geneviève le regarda timidement.

– Nous offrons de bon cœur, dit-elle.

– J’accepte, citoye

– Eh bien, je vais rassurer nos compagnons, dit le maître ta

Il sortit. Maurice et Geneviève restèrent seuls.

– Ah! monsieur, dit la jeune femme avec un accent auquel elle essayait inutilement de do

– Quoi! madame, s’écria Maurice, vous aurais-je compromise? Ah! dans ce cas, pardo

– Dieu! s’écria-t-elle en se levant, vous êtes blessé à la poitrine! votre chemise est toute teinte de sang!

En effet, sur la chemise si fine et si blanche de Maurice, chemise qui faisait un étrange contraste avec ses habits grossiers, une large plaque de rouge s’était étendue et avait séché.

– Oh! n’ayez aucune inquiétude, madame, dit le jeune homme; un des contrebandiers m’a piqué avec son poignard.

Geneviève pâlit, et lui prenant la main:

– Pardo

– Ne suis-je pas bien récompensé en vous retrouvant? car, n’est-ce pas, vous n’avez pas cru un instant que ce fût une autre que vous que je cherchais?

– Venez avec moi, interrompit Geneviève, je vous do

– Je vous gêne bien, n’est-ce pas? répliqua Maurice en soupirant.

– Pas du tout, j’accomplis un devoir.

Et elle ajouta:

– Je l’accomplis même avec grand plaisir.

Geneviève conduisit alors Maurice vers un grand cabinet de toilette d’une élégance et d’une distinction qu’il ne s’attendait pas à trouver dans la maison d’un maître ta