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Fouquier résuma son accusation; le président résuma les débats; les jurés allèrent aux voix et rapportèrent un verdict de culpabilité contre Lorin et Geneviève.
Le président les condamna tous les deux à la peine de mort.
Deux heures so
Le président mit juste autant de temps pour prononcer la condamnation que l’horloge à so
Maurice écouta ces deux bruits confondus l’un dans l’autre. Quand la double vibration de la voix et du timbre fut éteinte, ses forces étaient épuisées.
Les gendarmes emmenèrent Geneviève et Lorin, qui lui avait offert son bras.
Tous deux saluèrent Maurice d’une façon bien différente: Lorin souriait; Geneviève, pâle et défaillante, lui envoya un dernier baiser sur ses doigts trempés de larmes.
Elle avait conservé l’espoir de vivre jusqu’au dernier moment, et elle pleurait non pas sa vie, mais son amour, qui allait s’éteindre avec sa vie.
Maurice, à moitié fou, ne répondit point à cet adieu de ses amis; il se releva pâle, égaré, du banc sur lequel il s’était affaissé. Ses amis avaient disparu.
Il sentit qu’une seule chose vivait encore en lui: c’était la haine qui lui mordait le cœur.
Il jeta un dernier regard autour de lui et reco
Avec la rapidité du ressort qui se détend, Maurice bondit de banquettes en banquettes et parvint à la même porte.
Dixmer l’avait déjà franchie: il descendait dans l’obscurité du corridor.
Maurice descendit derrière lui.
Au moment où Dixmer toucha du pied les dalles de la grande salle, Maurice toucha l’épaule de Dixmer de la main.
LIII Le duel
À cette époque, c’était toujours une chose grave que de se sentir toucher à l’épaule.
Dixmer se retourna et reco
– Ah! bonjour, citoyen républicain, fit Dixmer sans témoigner d’autre émotion qu’un tressaillement imperceptible qu’il réprima aussitôt.
– Bonjour, citoyen lâche, répondit Maurice; vous m’attendiez, n’est-ce pas?
– C’est-à-dire que je ne vous attendais plus, au contraire, répondit Dixmer.
– Pourquoi cela?
– Parce que je vous attendais plus tôt.
– J’arrive encore trop tôt pour toi, assassin! ajouta Maurice, avec une voix ou plutôt avec un murmure effrayant, car il était le grondement de l’orage amassé dans son cœur, comme son regard en était l’éclair.
– Vous me jetez du feu par les yeux, citoyen, reprit Dixmer. On va nous reco
– Oui, et tu crains d’être arrêté, n’est-ce pas? Tu crains d’être conduit à cet échafaud où tu envoies les autres? Qu’on nous arrête, tant mieux, car il me semble qu’il manque aujourd’hui un coupable à la justice nationale.
– Comme il manque un nom sur la liste des gens d’ho
– C’est bien! nous reparlerons de tout cela, j’espère; mais, en attendant, vous vous êtes vengé, et misérablement vengé, sur une femme. Pourquoi, puisque vous m’attendiez quelque part, ne m’attendiez-vous pas chez moi le jour où vous m’avez volé Geneviève?
– Je croyais que le premier voleur, c’était vous.
– Allons, pas d’esprit, monsieur, je ne vous ai jamais co
– Et je me suis fait plus d’une fois le reproche de ne l’avoir point écouté, répondit tranquillement Dixmer.
– Eh bien, dit Maurice en frappant sur son sabre, je vous offre une revanche.
– Demain, si vous voulez, pas aujourd’hui.
– Pourquoi demain?
– Ou ce soir.
– Pourquoi pas tout de suite?
– Parce que j’ai affaire jusqu’à cinq heures.
– Encore quelque hideux projet, dit Maurice; encore quelque guet-apens.
– Ah çà! monsieur Maurice, reprit Dixmer, vous êtes bien peu reco
– C’est-à-dire que tu croyais que je pouvais t’être utile, et que tu me ménageais.
– Sans doute! répondit avec calme Dixmer, qui se dominait autant que s’emportait Maurice. Sans doute! tandis que vous trahissiez votre république et que vous me la vendiez pour un regard de ma femme; pendant que vous vous déshonoriez, vous par votre trahison, elle par son adultère, j’étais, moi, le sage et le héros. J’attendais et je triomphais.
– Horreur! dit Maurice.
– Oui! n’est-ce pas? vous appréciez votre conduite, monsieur. Elle est horrible! elle est infâme!
– Vous vous trompez, monsieur; la conduite que j’appelle horrible et infâme, c’est celle de l’homme à qui l’ho
– Ce que j’avais à faire, monsieur, répondit Dixmer, je vais vous le dire; j’avais à sauver mon ami, qui soutenait avec moi une cause sacrée. De même que j’ai sacrifié mes biens à cette cause, je lui ai sacrifié mon ho
– Dites à votre assassinat.
– On n’assassine pas une adultère en la frappant, on la punit.
– Cet adultère, vous le lui avez imposé, donc il était légitime.
– Vous croyez? fit Dixmer avec un sombre sourire. Demandez à ses remords si elle croit avoir agi légitimement.
– Celui qui punit frappe au jour; toi, tu ne punis pas, puisqu’en jetant sa tête à la guillotine, tu te caches.
– Moi, je fuis! moi, je me cache! et où vois-tu cela, pauvre cervelle que tu es? demanda Dixmer. Est-ce se cacher que d’assister à sa condamnation? Est-ce fuir que d’aller jusque dans la salle des Morts lui jeter son dernier adieu?