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Le premier, B-ski, était un homme malade, avec une prédisposition à la phtisie, irascible et nerveux, mais bon et généreux. Son irritabilité nerveuse le rendait capricieux comme un enfant: je ne pouvais supporter un caractère semblable, et je cessai de voir B-ski, sans toutefois cesser de l’aimer. C’était tout juste le contraire pour M-tski, avec lequel je ne me brouillai jamais, mais que je n’aimais pas. En rompant toutes relations avec B-ski, je dus rompre aussi avec T-ski, dont j’ai parlé dans le chapitre précédent, ce que je regrettai fort, car, s’il était peu instruit, il avait bon cœur; c’était un excellent homme, très-courageux. Il aimait et respectait tant B-ski, il le vénérait si fort, que ceux qui rompaient avec son ami devenaient ses e

J-ki était ce vieillard qui se livrait toujours à la prière, et dont j’ai parlé plus haut. Tous les condamnés politiques étaient des hommes jeunes, très-jeunes même, tandis que J-ki était âgé de cinquante ans au moins.

Il était certainement ho

– Ils ont l’air de Dieu sait quoi! rugit-il, ce sont des vagabonds, des brigands.

J-ski, qui comprenait fort mal le russe, crut qu’on leur demandait s’ils étaient des brigands ou des vagabonds, et répondit:

– Nous sommes des condamnés politiques, et non des vagabonds.

– Co-oomment? Tu veux faire l’insolent? le rustre? hurla le major. – Au corps de garde! et cent verges tout de suite! à l’instant même!

On punit le vieillard: il se coucha à terre sous les verges, sans opposer de résistance, maintint sa main entre ses dents et endura son châtiment sans une plainte, sans un gémissement, immobile sous les coups. B- ski et T-ski arrivaient à ce moment à la maison de force, où M-ski les attendait à la porte d’entrée; il se jeta à leur cou, bien qu’il ne les eût jamais vus. Révoltés de l’accueil du major, ils lui racontèrent la scène cruelle qui venait d’avoir lieu. M-ski me dit plus tard qu’il était hors de lui en apprenant cela: – Je ne me sentais plus de rage, je tremblais de fièvre. J’attendis J-ski à la grande porte, car il devait venir tout droit du corps de garde après sa punition. La poterne s’ouvrit, et je vis passer devant moi J-ski les lèvres tremblantes et toutes blanches, le visage pâle; il ne regardait perso

Il faut pourtant être juste et dire la vérité: on ne saurait juger par cet exemple des relations de l’administration avec les déportés nobles, quels qu’ils soient, Russes ou Polonais. Mon anecdote montre qu’on peut tomber sur un méchant homme: si ce méchant homme est commandant absolu d’une maison de force, s’il déteste par hasard un exilé, le sort de celui-ci est loin d’être enviable. Mais l’administration supérieure des travaux forcés en Sibérie, qui do

[37] Les décembristes.