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– Cependant, dis-je à M-tski d’un ton mal assuré, – à part ceux-ci, tous les forçats y sont.
– Qu’est-ce que cela peut bien nous faire? grommela D…
– Nous aurions risqué beaucoup plus qu’eux, en les suivant; et pourquoi? Je hais tes brigands [36]. Croyez-vous même qu’ils sauront se plaindre? Je ne vois pas le plaisir qu’ils trouvent à se mettre eux-mêmes dans le pétrin.
– Cela n’aboutira à rien, affirma un vieillard opiniâtre et aigri. Almazof, qui était aussi avec nous, se hâta de conclure dans le même sens.
– On en fouettera une cinquantaine, et c’est à quoi tout cela aura servi.
– Le major est arrivé! cria quelqu’un. Tout le monde se précipita aux fenêtres.
Le major était arrivé avec ses lunettes, l’air mauvais, furieux, tout rouge. Il vint sans dire un mot, mais résolument sur la ligne des forçats. En pareille circonstance, il était vraiment hardi et ne perdait pas sa présence d’esprit: il faut dire qu’il était presque toujours gris. En ce moment, sa casquette graisseuse à parement orange et ses épaulettes d’argent terni avaient quelque chose de sinistre. Derrière lui venait le fourrier Diatlof, perso
Leur attente ne fut pas longue. Au second mot, le major se mit à vociférer à gorge déployée; il était hors de lui. Nous le voyons de nos fenêtres courir le long de la ligne des forçats, et se jeter sur eux en les questio
– Rebelles!… sous les verges!… Meneurs!… Tu es un des meneurs! tu es un des meneurs! dit-il en se jetant sur quelqu’un.
Nous n’entendîmes pas la réponse, mais une minute après nous vîmes ce forçat quitter les rangs et se diriger vers le corps de garde… Un autre le suivit, puis un troisième.
– En jugement!… tout le monde! je vous… Qui y a-t-il encore à la cuisine? bêla-t-il en nous apercevant aux fenêtres ouvertes. Tous ici! Qu’on les chasse tous!
Le fourrier Diatlof se dirigea vers la cuisine. Quand nous lui eûmes dit que nous n’avions aucun grief, il revint immédiatement faire son rapport au major.
– Ah! ils ne se plaignent pas, ceux-là! fit-il en baissant la voix de deux tons, tout joyeux. – Ça ne fait rien, qu’on les amène tous!
Nous sortîmes: je ressentais une sorte de honte; tous, du reste, marchaient tête baissée.
– Ah! Prokofief! Iolkine aussi, et toi aussi, Almazof! Ici! venez ici, en tas, nous dit le major d’une voix haletante, mais radoucie; son regard était même devenu affable. – M-tski, tu en es aussi… Prenez les noms! Diatlof! Prenez les noms de tout le monde, ceux des satisfaits et ceux des mécontents à part, tous sans exception; vous m’en do
La liste fit son effet.
– Nous sommes satisfaits! cria un des mécontents, d’une voix sourde, irrésolue.
– Ah! satisfaits! Qui est satisfait? Que ceux qui sont satisfaits sortent du rang!
– Nous! nous! firent quelques autres voix.
– Vous êtes satisfaits de la nourriture? on vous a donc excités? il y a eu des meneurs, des mutins? Tant pis pour eux…
– Seigneur! qu’est-ce que ça signifie? fit une voix dans la foule.
– Qui a crié cela? qui a crié? rugit le major en se jetant du côté d’où venait la voix. – C’est toi qui as crié, Rastorgouïef? Au corps de garde!
Rastorgouïef, un jeune gars joufflu et de haute taille, sortit des rangs et se rendit lentement au corps de garde. Ce n’était pas lui qui avait crié; mais comme on l’avait désigné, il n’essayait pas de contredire.
– C’est votre graisse qui vous rend enragés! hurla le major.
– Attends, gros museau, dans trois jours, tu ne…! Attendez, je vous rattraperai tous. Que ceux qui ne se plaignent pas, sortent!
– Nous ne nous plaignons pas, Votre Haute Noblesse! dirent quelques forçats d’un air sombre; les autres se taisaient obstinément. Mais le major n’en désirait pas plus: il trouvait son profit à finir cette affaire au plus vite et d’un commun accord.
– Ah! maintenant, perso
Il assista en perso
– Tiens, camarade, prends et mange! disait l’un d’eux.
– Où est la souris qui a voulu attacher la so
[36] Cette phrase est en français dans l’original.