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Je fus absent de notre ville pendant trois mois environ. Quand je revins chez moi, en hiver, j’appris qu’Alexandre Pétrovitch était mort et qu’il n’avait pas même appelé un médecin. On l’avait déjà presque oublié. Son logement était inoccupé. Je fis aussitôt la co
J’emportai les papiers et je passai ma journée à les examiner. La plupart n’avaient aucune importance: c’étaient des exercices d’écoliers. Enfin je trouvai un cahier assez épais, couvert d’une écriture fine, mais inachevé. Il avait peut-être été oublié par son auteur. C’était le récit – incohérent et fragmentaire – des dix a
I – LA MAISON DES MORTS.
Notre maison de force se trouvait à l’extrémité de la citadelle, derrière le rempart. Si l’on regarde par les fentes de la palissade, espérant voir quelque chose, – on n’aperçoit qu’un petit coin de ciel et un haut rempart de terre, couvert des grandes herbes de la steppe. Nuit et jour, des sentinelles s’y promènent en long et en large; on se dit alors que des a
Quand on pénètre dans l’enceinte, on voit quelques bâtiments. De chaque côté d’une cour très-vaste s’étendent deux constructions de bois, faites de troncs équarris et à un seul étage: ce sont les casernes des forçats. On y parque les détenus, divisés en plusieurs catégories. Au fond de l’enceinte on aperçoit encore une maison, la cuisine, divisée en deux chambrées (artel [1]); plus loin encore se trouve une autre construction qui sert tout à la fois de cave, de hangar et de grenier. Le centre de l’enceinte, complètement nu, forme une place assez vaste. C’est là que les détenus se mettent en rang. On y fait la vérification et l’appel trois fois par jour: le matin, à midi et le soir, et plusieurs fois encore dans la journée, si les soldats de garde sont défiants et habiles à compter. Tout autour, entre la palissade et les constructions, il reste une assez grande surface libre où quelques détenus misanthropes ou de caractère sombre aiment à se promener, quand on ne travaille pas: ils ruminent là, à l’abri de tous les regards, leurs pensées favorites. Lorsque je les rencontrais pendant ces promenades, j’aimais à regarder leurs visages tristes et stigmatisés, et à deviner leurs pensées. Un des forçats avait pour occupation favorite, dans les moments de liberté que nous laissaient les travaux, de compter les pieux de la palissade. Il y en avait quinze cents, il les avait tous comptés et les co
Quand le crépuscule commençait, on nous faisait rentrer dans la caserne, où l’on nous enfermait pour toute la nuit. Il m’était toujours pénible de quitter la cour pour la caserne. Qu’on se figure une longue chambre, basse et étouffante, éclairée à peine par des chandelles et dans laquelle traînait une odeur lourde et nauséabonde. Je ne puis comprendre maintenant comment j’y ai vécu dix ans entiers. Mon lit de camp se composait de trois planches: c’était toute la place dont je pouvais disposer. Dans une seule chambre on parquait plus de trente hommes. C’était surtout en hiver qu’on nous enfermait de bo
[1] Association coopérative d’artisans possédant un fonds commun.