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Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski
Roman En Neuf Lettres
Traduction Ely Halpérine-Kaminski
Roman en Neuf Lettres (Romane v deviati pismah), écrit en une nuit au cours du mois d’octobre 1845, a paru dans «Le Contemporain» (Sovreme
I. PETRE IVANOVITCH À IVAN PETROVITCH
Honoré Monsieur et très cher ami, Ivan Petrovitch!
Voilà déjà trois jours que je vous poursuis, pourrais-je dire, mon très cher ami, ayant besoin de vous parler pour une importante affaire, et je ne vous trouve nulle part. Hier, ma femme, en visite chez Semion Alexeïtch, faisait à votre sujet une plaisanterie assez spirituelle: elle a dit que vous et votre femme Tatiana Petrovna, vous faites un ménage de Juifs errants. Il n’y a pas trois mois que vous êtes mariés, et vous négligez déjà vos pénates. Nous avons beaucoup ri – très sympathiquement pour vous, d’ailleurs. Mais sérieusement, mon très cher, vous m’avez do
J’y vole. Là pas plus qu’ailleurs je ne vous trouve. Ce matin je pensais vous rencontrer chez Tchistoganov. Pas du tout. Tchistoganov m’envoie chez Perepalkine. Là, la même chose. En un mot, je me suis exténué. Je vous écris, pas d’autre parti à prendre. Il ne s’agit pourtant pas de littérature dans mon affaire (vous me comprenez!). Il vaudrait mieux nous expliquer de vive voix et le plus vite possible. Je vous prie donc de venir chez moi avec Tatiana Petrovna prendre le thé. Mon A
P. S. - Mon petit est malade depuis huit jours, et cela va de mal en pis. Il fait ses dents. Ma femme ne le quitte pas, elle est triste. Venez donc, vous nous ferez plaisir, mon très cher ami.
II. IVAN PETROVITCH À PETRE IVANOVITCH
Honoré Monsieur Petre Ivanovitch!
J’ai reçu hier votre lettre, je l’ai lue et suis resté très surpris. Vous m’avez cherché Dieu sait où, quand j’étais tout simplement chez moi. Jusqu’à dix heures j’ai attendu Ivan Ivanitch Tolokonov. Nous montons aussitôt en voiture, ma femme et moi; je dépense de l’argent, je viens chez vous vers six heures et demie. Vous êtes absent! Votre femme me reçoit. Je vous attends jusqu’à dix heures et demie. Je prends ma femme, je dépense encore de l’argent, je loue une voiture, je ramène ma femme à la maison et je vais chez les Perepalkine, espérant vous trouver là. Mes calculs sont encore déçus. Je rentre, je ne puis fermer l’œil de la nuit, tant je suis inquiet. Le lendemain matin, je frappe trois fois chez vous, à neuf heures, dix heures et onze heures. Je dépense trois fois de l’argent pour des voitures, et j’en suis pour une veste.
En lisant votre lettre, j’ai donc eu lieu de m’éto
Quant à Eugène Nikolaïtch, je m’empresse de vous dire que j’ai pris des renseignements sur lui chez Pavel Semenytch Perepalkine. Il a cinq cents âmes dans le gouvernement d’Yaroslav, et de sa grand-mère il en héritera trois cents de plus. Le chiffre exact de sa fortune, je l’ignore. Je pense que vous devez le co
J’ai l’ho
P. S. - Ma femme est enceinte. Elle est nerveuse et parfois mélancolique. Il arrive que, dans le théâtre, on tire des coups de fusil et l’on fait entendre des to