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Il y avait à cette gare un arrêt de quarante minutes, et le dîner était servi pour les voyageurs. À la porte de la salle d'attente des première et seconde classes il y avait un attroupement de gens qui se bousculaient pour mieux voir: sans doute, il se produisait là quelque scandale. Une dame, descendue d'un compartiment de deuxième classe, fort jolie, mais trop élégamment mise pour une voyageuse, entraînait presque de force un uhlan, un jeune et charmant officier, qui cherchait à se dégager de ses mains. Le jeune officier était parfaitement ivre, et la dame, probablement une parente, son aînée, l'empêchait de courir au buffet, pour recommencer à boire. Le uhlan heurta, dans la foule, un jeune marchand, également ivre, au point de n'avoir plus sa raison. Ce jeune marchand n'avait pas quitté la gare depuis deux jours, était resté là à boire et à dépenser son argent avec des camarades, sans trouver le temps de poursuivre sa route. Il y eut une querelle, l'officier cria, le marchand se fâcha, la dame était au désespoir, cherchait à couper court à la dispute, à entraîner le uhlan, et lui criait d'une voix suppliante:

– Mitinka! Mitinka!

Le jeune marchand trouva cela révoltant. Tout le monde riait aux éclats, mais lui, il se jugeait profondément offensé dans sa dignité.

– Eh bien quoi? «Mitinka!» fit-il en singeant la petite voix aiguë et suppliante de la dame. Vous n'avez pas honte, devant le monde!

La dame s'était laissée tomber sur une chaise et était parvenue à faire asseoir le uhlan près d'elle; le jeune marchand s'approcha en titubant, les regarda d'un air de mépris, et hurla une injure.

La dame poussa des cris déchirants, et regarda autour d'elle, avec angoisse, si perso

– Mitinka! gémit la dame, avec un geste d'horreur. Veltchaninov était fort satisfait de l'aventure et de son issue. La dame l'intéressait; c'était évidemment une provinciale aisée, mise sans goût, mais avec coquetterie, de manières un peu ridicules, – tout ce qu'il faut pour do

– Il est allé… bégaya le uhlan.

– Oh! voyons! Mitinka! interrompit-elle toute suppliante.

– Bon! gare au mari! songea Veltchaninov.

– Comment s'appelle-t-il? demanda-t-il tout haut, j'irai à sa recherche.

– Pa…l Pa…litch, bredouilla le uhlan.

– Votre mari se nomme Pavel Pavlovitch? demanda curieusement Veltchaninov.

Au même moment, la tête chauve qu'il co

– Ah! vous voilà, enfin! cria la jeune femme d'un ton rageur.

C'était Pavel Pavlovitch en perso

– Oui, c'est votre faute, et ce monsieur – elle désignait ainsi Veltchaninov – a été vraiment pour nous un ange sauveur, et vous… vous, vous êtes toujours parti, quand on a besoin de vous…

Veltchaninov éclata de rire.

– Mais nous sommes de vieux amis, des amis d'enfance! s'écria-t-il en regardant la dame stupéfaite, et en posant familièrement, d'un air protecteur, sa main droite sur l'épaule de Pavel Pavlovitch, qui souriait vaguement, tout pâle; – ne vous a-t-il jamais parlé de Veltchaninov?

– Non, jamais, fit-elle après avoir cherché.

– En ce cas, présentez-moi à votre femme, oublieux ami!

– En effet, ma chère Lipotchka, monsieur Veltchaninov, que voici…

Il s'embrouilla, se perdit, ne put continuer. Sa femme, toute rouge, le regardait d'un œil furieux, évidemment parce qu'il l'avait appelée Lipotchka.

– Et figurez-vous qu'il ne m'a même pas fait part de son mariage, et qu'il ne m'a pas invité à la noce; mais je vous en prie, Olympiada…

– Semenovna, acheva Pavel Pavlovitch.

– Semenovna, répéta le uhlan qui s'endormait.

– Je vous en prie, Olympiada Semenovna, pardo

Et Veltchaninov frappa amicalement sur l'épaule de Pavel Pavlovitch.

– J'étais allé à l'écart, ma chère petite, pour une petite minute seulement, dit Pavel Pavlovitch, pour s'excuser.

– Et vous avez laissé insulter votre femme! interrompit Lipotchka. Quand on a besoin de vous, vous n'y êtes jamais, et quand on n'a pas besoin de vous, vous êtes là…

– Oui! oui! quand on n'a pas besoin de lui, il est là, quand on n'a pas besoin… appuya le uhlan.

Lipotchka étouffait de colère; elle sentait que ce n'était pas bien devant Veltchaninov, et elle en rougissait, mais elle ne pouvait se contenir.

– Quand il n'y a pas lieu, vous savez en prendre, des précautions!

– Jusque sous le lit…il cherche des amants… jusque sous le lit… quand il n'y a pas lieu, quand il n'y a pas lieu, cria Mitinka, qui s'animait à son tour.

Mais perso

Tout finit par s'apaiser; on fit plus entièrement co