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– C'est lui, le père! Cherche-le… pour l'enterrement.

– Tu mens! hurla Veltchaninov, dans une rage folle. Canaille!… je savais bien que tu me servirais cela!

Hors de lui, il leva le poing sur la tête de Pavel Pavlovitch. Encore un moment et il allait l'assommer, peut-être; les femmes poussèrent des cris perçants, et s'écartèrent, mais Pavel Pavlovitch ne broncha pas; sa figure se contracta tout entière dans une expression de méchanceté sauvage et basse.

– Tu sais, dit-il d'une voix ferme, comme si l'ivresse l'avait quitté, tu sais ce que nous disons en russe? (Il prononça un mot qui ne peut s'écrire.) Voilà pour toi! Et maintenant, déguerpis, et vivement!

Il se dégagea des mains de Veltchaninov si violemment qu'il faillit tomber tout de son long. Les femmes le soutinrent et l'emmenèrent très vite, en le traînant presque. Veltchaninov ne les suivit pas.

Le lendemain, à une heure, arriva chez les Pogoreltsev un monsieur fort bien, d'âge mûr, un fonctio

La lettre était courte, très déférente, parfaitement correcte… Il exprimait toute sa gratitude à Son Excellence Klavdia Petrovna pour la bonté et l'intérêt qu'elle avait témoignés à l'orpheline et ajoutait que Dieu seul pourrait le lui rendre. Il expliquait vaguement qu'une indisposition assez grave ne lui permettait pas de venir en perso

Le fonctio

Après l'enterrement, il disparut. Deux semaines entières, il erra par la ville, sans but, seul, absorbé au point qu'il se heurtait aux passants. Parfois il restait toute la journée étendu sur son divan, oubliant tout, jusqu'aux choses les plus élémentaires. Les Pogoreltsev, à maintes reprises, l'invitèrent avec insistance; il promettait, et puis il n'y songeait plus. Klavdia Petrovna vint un jour en perso

On était aux plus chaudes journées de juillet, mais Veltchaninov oubliait même le temps. Il souffrait sans relâche d'un chagrin cuisant comme un abcès mûr; à chaque instant, des pensées lui venaient qui le torturaient. Sa grande douleur, c'était que Lisa n'eût pas eu le temps de le co

Ces pensées lui venaient toujours à l'esprit accompagnées de la vision claire, très proche, émouvante, de l'enfant morte. Il revoyait la pauvre petite figure toute blanche, il en revoyait l'expression. Il la revoyait dans le cercueil, parmi les fleurs, il la revoyait sans co

Un jour, sans qu'il sût lui-même comment, il arriva au cimetière où Lisa était enterrée. Il n'y était pas venu depuis les obsèques: il lui semblait que la douleur serait trop forte, et il n’osait pas. Chose étrange, quand il se fut incliné sur la pierre qui la recouvrait, et qu'il l'eut baisée, il se sentit le cœur moins oppressé. C'était par une claire soirée; le soleil descendait à l'horizon; autour de la tombe poussait une herbe drue et verte; tout près, une abeille bourdo

Il faisait tout à fait nuit quand il quitta le cimetière pour rentrer. Tout près de la porte du cimetière, au bord de la route, il vit une petite maison de bois, une sorte de cabaret; les fenêtres étaient larges ouvertes; des gens étaient là, autour des tables, et buvaient. Soudain il lui sembla que l'un d'entre eux, qui regardait par la fenêtre, était Pavel Pavlovitch, qu'il l'avait aperçu et qu'il le considérait avec curiosité. Il continua son chemin. Bientôt il entendit qu'on cherchait à le rejoindre: c'était en effet Pavel Pavlovitch. Sans doute, l'air calme de Veltchaninov l'avait enhardi. Il l'aborda, l'air craintif, sourit, mais non plus de son sourire, de son sourire d'ivrogne; il n'était pas ivre.