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VII. Et au grand air

«L’air est pur, ici, tandis que dans mes appartements, il ne l’est guère, sous tous les rapports. Marchons un peu, monsieur, je voudrais bien que ma perso

– J’ai une importante communication à vous faire, déclara Aliocha; seulement je ne sais par où commencer.

– Je m’en doutais bien. Vous n’alliez pas vous déranger uniquement pour vous plaindre de mon garçon, n’est-ce pas? À propos du petit, il faut que je vous décrive la scène, je n’ai pas pu tout vous raconter là-bas. Voyez-vous, il y a huit jours, le torchon de tille était plus fourni – c’est de ma barbe que je parle; on l’a surnommée ainsi, les écoliers surtout. – Eh bien, quand votre frère s’est mis à me traîner par la barbe, le long de la place, à me faire des violences pour une bagatelle, c’était justement l’heure où les écoliers sortaient de classe, et parmi eux Ilioucha. Dès qu’il m’aperçut dans cette posture, il s’élança vers moi en criant: «Papa, papa!» Il s’accroche à moi, m’étreint, veut me dégager, crie à mon agresseur: «Lâchez-le, lâchez-le, c’est mon papa, pardo

– Je vous jure, s’écria Aliocha, que mon frère vous exprimera un complet repentir, de la façon la plus sincère, fût-ce à genoux sur cette même place… Je l’y obligerai; sinon il cessera d’être mon frère!

– Ah, ah, c’est encore à l’état de projet! Cela ne vient pas de lui, mais de la noblesse de votre cœur généreux. Vous auriez dû le dire tout de suite. Dans ce cas, permettez-moi de vous exposer l’esprit chevaleresque dont votre frère a fait preuve ce jour-là. Il s’arrêta de me traîner par la barbe et me lâcha: «Tu es officier, me dit-il, et moi aussi; si tu peux trouver comme témoin un homme comme il faut, envoie-le-moi, je te do

– Il vous demandera pardon, il se jettera à vos pieds au beau milieu de la place, s’écria de nouveau Aliocha, le regard enflammé.

– Je voulais l’assigner, continua le capitaine, mais ouvrez notre Code, puis-je m’attendre à recevoir une juste satisfaction de mon offenseur? Sur ce, Agraféna Alexandrovna m’a fait venir et menacé: «Si tu portes plainte, je m’arrangerai à faire constater publiquement qu’il t’a châtié de ta fripo

– Oui, très mal; il était très irrité. Il a vengé votre offense sur moi, en qualité de Karamazov, je le comprends maintenant. Mais si vous l’aviez vu se battre à coups de pierres avec ses camarades! C’est très dangereux, ils peuvent le tuer; les enfants sont stupides, une pierre a vite fait de fracasser la tête.

– Oui, il en a reçu une, pas à la tête, mais à la poitrine, au-dessus du cœur; il a un bleu, il est rentré en larmes, geignant, et le voilà malade.

– Savez-vous qu’il attaque les autres le premier? Il est devenu mauvais à cause de vous; ses camarades racontent qu’il a do

– Je le sais; le père était fonctio

– Je vous conseillerais, continua avec chaleur Aliocha, de ne pas l’envoyer à l’école pendant quelque temps, jusqu’à ce qu’il se calme… et que sa colère passe…

– La colère! reprit le capitaine, c’est bien ça. Une grande colère dans un petit être. Vous ne savez pas tout, permettez-moi de vous expliquer les choses en détail. Après l’événement, les écoliers se mirent à le taquiner, en l’appelant torchon de tille. Cet âge est sans pitié; pris séparément, ce sont des anges, mais tous ensemble sont impitoyables, surtout à l’école. Ils le persécutaient et un noble sentiment s’éveilla en Ilioucha. Un garçon ordinaire, faible comme lui, se fût résigné; il aurait eu honte de son père; mais lui s’est dressé contre tous, pour son père, pour la vérité, pour la justice. Car ce qu’il a enduré, depuis qu’il a baisé la main de votre frère en lui criant: «Pardo