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III. Confession d’un cœur ardent. En vers
En entendant l’ordre que lui criait son père de la calèche, à son départ du monastère, Aliocha demeura quelque temps immobile et fort perplexe. Enfin, surmontant son trouble, il se rendit aussitôt à la cuisine du Père Abbé, pour tâcher d’apprendre ce qu’avait fait Fiodor Pavlovitch. Puis il se mit en route, espérant résoudre en chemin un problème qui le tourmentait. Disons-le tout de suite: les cris de son père et l’ordre de déménager «avec oreiller et matelas» ne lui inspiraient aucune crainte. Il comprenait parfaitement que cet ordre, crié en gesticulant, avait été do
Mais à ce moment, une crainte d’un tout autre ordre l’agitait, d’autant plus pénible que lui-même n’eût pu la définir, la crainte d’une femme, de cette Catherine Ivanovna, qui insistait tant, dans sa lettre remise le matin par Mme Khokhlakov, pour qu’il vînt la voir. Cette demande et la nécessité d’y obtempérer lui causaient une impression douloureuse qui, tout l’après-midi, ne fit que s’aggraver, malgré les scènes et les aventures qui s’étaient déroulées au monastère, etc. Sa crainte ne provenait pas de ce qu’il ignorait ce qu’elle pouvait bien lui vouloir. Ce n’était pas non plus la femme en général qu’il redoutait en elle; certes, il co
Il s’avisa qu’il ne trouverait pas en sa compagnie Ivan, son intime, alors retenu certainement par leur père. Dmitri ne pouvait pas davantage être chez Catherine Ivanovna, et il en pressentait la raison. Leur conversation aurait donc lieu en tête à tête; mais auparavant, Aliocha désirait voir Dmitri et, sans lui montrer la lettre, échanger avec lui quelques mots. Or, Dmitri demeurait loin et n’était sans doute pas chez lui en ce moment. Après une minute de réflexion et un signe de croix hâtif, il eut un sourire mystérieux et se dirigea résolument vers la terrible perso
Il co
Derrière la haie, debout sur un monticule et visible jusqu’à la poitrine, son frère Dmitri l’appelait à grands gestes, tout en évitant, non seulement de crier, mais même de dire un mot, de peur d’être entendu. Aliocha accourut vers la haie.
«Par bonheur, tu as levé les yeux, sinon j’aurais été obligé de crier, chuchota joyeusement Dmitri. Saute-moi cette haie, vivement! Comme tu arrives à propos! je pensais à toi…»
Aliocha n’était pas moins content, mais il ne savait trop comment franchir la haie. Dmitri, de sa main d’athlète, le souleva par le coude et l’aida à sauter, ce qu’il fit, le froc retroussé, avec l’agilité d’un gamin.
«Et maintenant, en avant, marche! murmura Dmitri transporté de joie.
– Mais où? fit Aliocha, regardant de tous côtés et se voyant dans un jardin désert, où il n’y avait qu’eux. Le jardin était petit, mais la maison se trouvait au moins à cinquante pas. – Il n’y a perso
– Pourquoi? Et que le diable m’emporte si je le sais? s’exclama soudain Dmitri à pleine voix. Regarde comme on peut être absurde. Je suis ici pour épier un secret. Les explications viendront après, mais, sous l’impression du mystère, je me suis mis à parler secrètement, à chuchoter comme un sot, sans raison. Allons, viens et tais-toi. Mais je veux t’embrasser.
Gloire à l’Éternel sur la terre.
Gloire à l’Éternel en moi…
Voilà ce que je répétais tout à l’heure, assis à cette place…»
Le jardin, grand d’environ deux arpents, n’était planté d’arbres que sur le pourtour, le long des clôtures; il y avait là des pommiers, des érables, des tilleuls, des bouleaux, ainsi que des buissons de groseilliers et de framboisiers. Le centre formait comme une petite prairie où l’on récoltait du foin, en été. La propriétaire louait ce jardin, dès le printemps, pour quelques roubles. Le potager, cultivé depuis peu, se trouvait près de la maison. Dmitri conduisit son frère dans le coin le plus reculé du jardin. Là, parmi les tilleuls fort rapprochés et d’anciens massifs de groseilliers, de sureau, de boules-de-neige et de lilas, on découvrait comme les ruines d’un antique pavillon vert, noirci et déjeté, aux murs à claire-voie, mais encore couvert et où l’on pouvait s’abriter de la pluie. D’après la tradition, ce pavillon avait été construit, il y a cinquante ans, par un ancien propriétaire du domaine, Alexandre Karlovitch von Schmidt, lieutenant-colonel en retraite. Tout tombait en poussière, le plancher était pourri, les ais branlaient, le bois sentait l’humidité. Il y avait une table de bois peinte en vert, enfoncée en terre, entourée de bancs qui pouvaient encore servir. Aliocha avait remarqué l’enthousiasme de son frère; en entrant dans le pavillon, il aperçut sur la table une demi-bouteille et un petit verre.