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«Serait-ce moi que tu attends? demanda Aliocha quand il l’eut rejoint.
– Précisément, dit Rakitine en souriant. Tu te dépêches d’aller chez le Père Abbé. Je sais; il do
– Quel songe?
– Mais ce prosternement devant ton frère Dmitri. Et comme il s’est cogné le front!
– Tu parles du Père Zosime?
– Oui.
– Le front?
– Ah! Je me suis exprimé irrévérencieusement! Ça ne fait rien. Eh bien, que signifie ce songe?
– Je l’ignore, Micha [40].
– J’étais sûr qu’il ne te l’expliquerait pas. Ça n’a rien d’éto
– Quel crime?»
Rakitine voulait évidemment se délier la langue.
«C’est dans votre famille qu’il aura lieu, ce crime. Entre tes frères et ton riche papa. Voilà pourquoi le père Zosime s’est cogné le front à tout hasard. Ensuite, qu’arrivera-t-il? «Ah! cela avait été prédit par le saint ermite; il a prophétisé.» Pourtant, quelle prophétie y a-t-il à s’être cogné le front? Non dira-t-on, c’est un symbole, une allégorie, Dieu sait quoi encore! Ce sera divulgué et rappelé: il a deviné le crime, désigné le criminel. Les «i
– Quel crime? Devant quel assassin? Qu’est-ce que tu racontes?»
Aliocha resta comme cloué sur place, Rakitine s’arrêta également.
«Lequel? Comme si tu ne savais pas! Je parie que tu y as déjà pensé. À propos, c’est curieux; écoute, Aliocha, tu dis toujours la vérité bien que tu t’assoies toujours entre deux chaises; y as-tu pensé ou non? réponds.
– J’y ai pensé», répondit Aliocha à voix basse.
Rakitine se troubla.
«Comment, toi aussi tu y as déjà pensé? s’écria-t-il.
– Je… ce n’est pas que j’y aie pensé, murmura Aliocha, mais tu viens de dire si à propos des choses si étranges qu’il m’a semblé l’avoir pensé moi-même.
– Tu vois, tu vois. Aujourd’hui, en regardant ton père et ton frère Mitia, tu as songé à un crime. Donc, je ne me trompe pas?
– Attends, attends un peu, l’interrompit Aliocha troublé. À quoi vois-tu tout cela? Et d’abord, pourquoi cela t’intéresse-t-il tant?
– Deux questions différentes, mais naturelles. Je répondrai à chacune séparément. À quoi je le vois? Je n’aurais rien vu, si je n’avais compris aujourd’hui Dmitri Fiodorovitch, ton frère, d’un seul coup et en entier, tel qu’il est, d’après une certaine ligne. Chez ces gens très ho
– Non, Micha, si ce n’est que cela, tu me réconfortes. Cela n’ira pas si loin.
– Mais pourquoi trembles-tu tant? Sais-tu pourquoi? Pour ho
– Tu te trompes au sujet de cette femme. Dmitri la… méprise, proféra Aliocha frémissant.
– Grouchegnka [41]? Non, mon cher, il ne la méprise pas. Puisqu’il a abando
– Je comprends cela, lança soudain Aliocha.
– Vraiment? Et pour l’avouer dès le premier mot, il faut absolument que tu le compre
– Tu lui diras que je n’irai pas, jure-le-moi, dit Aliocha avec un sourire contraint. Achève ton propos, Micha, je te dirai ensuite mon idée.
– À quoi bon achever, c’est bien clair! Vieille chanson que tout cela, mon cher; si tu as un tempérament sensuel, que sera-ce de ton frère Ivan, fils de la même mère? Car lui aussi est un Karamazov. Or, tous les Karamazov sont de nature sensuels, âpres au gain et déments! Ton frère Ivan s’amuse maintenant à écrire des articles de théologie, calcul stupide, puisqu’il est athée, et il avoue cette bassesse. En outre, il est en train de conquérir la fiancée de son frère Mitia et paraît près du but. Comment cela? Avec le consentement de Mitia lui-même, parce que celui-ci lui cède sa fiancée à seule fin de se débarrasser d’elle pour rejoindre Grouchegnka. Et tout cela, note-le, nonobstant sa noblesse et son désintéressement. Ces individus-là sont les plus fatals. Allez-vous y reco
[40] Diminutif de Mikhaïl (Michel)
[41] Diminutif très familier d’Agraféna (Agrippine).
[42] Diminutif très familier de Iékatérina (Catherine).