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– Il en sera certainement ainsi, Karamazov, je vous comprends!» s’exclama Kolia, les yeux brillants.
Les enfants s’agitèrent et voulurent aussi crier quelque chose, mais ils se continrent et fixèrent sur l’orateur des regards émus.
«Je dis cela pour le cas où nous deviendrions méchants, poursuivit Aliocha; mais pourquoi le devenir, n’est-ce pas, mes amis? Nous serons avant tout bons, puis ho
– C’est cela, c’est cela, éternel souvenir! crièrent tous les enfants de leurs voix sonores, l’air ému.
– Nous nous rappellerons son visage, son costume, ses pauvres petits souliers, son cercueil, son malheureux père, dont il a pris la défense, lui seul contre toute la classe.
– Nous nous le rappellerons! Il était brave, il était bon!
– Ah! comme je l’aimais! s’exclama Kolia.
– Mes enfants, mes chers amis, ne craignez pas la vie! Elle est si belle lorsqu’on pratique le bien et le vrai!
– Oui, oui! répétèrent les enfants enthousiasmés.
– Karamazov, nous vous aimons! s’écria l’un d’eux, Kartachov, sans doute.
– Nous vous aimons, nous vous aimons! reprirent-ils en chœur. Beaucoup avaient les larmes aux yeux.
– Hourra pour Karamazov! proclama Kolia.
– Et éternel souvenir au pauvre garçon! ajouta de nouveau Aliocha avec émotion.
– Éternel souvenir!
– Karamazov! s’écria Kolia, est-ce vrai ce que dit la religion, que nous ressusciterons d’entre les morts, que nous nous reverrons les uns les autres, et tous et Ilioucha?
– Certes, nous ressusciterons, nous nous reverrons, nous nous raconterons joyeusement tout ce qui s’est passé, répondit Aliocha, moitié rieur, moitié enthousiaste.
– Oh! comme ce sera bon! fit Kolia.
– Et maintenant, assez discouru, allons au repas funèbre. Ne vous troublez pas de ce que nous mangerons des crêpes. C’est une vieille tradition qui a son bon côté, dit Aliocha en souriant. Eh bien! allons maintenant, la main dans la main.
– Et toujours ainsi, toute la vie, la main dans la main! Hourra pour Karamazov!» reprit Kolia avec enthousiasme; et tous les enfants répétèrent son acclamation.
(1880)
Vie de Dostoïesvski
1821. À Moscou, le 30 octobre, naissance de Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski. Son père, Mikhaïl Andréiévitch Dostoïevski, médecin militaire, avait épousé en 1819 la fille d’un négociant, Maria Fédorovna Netchaiev. Un premier fils, Michel, le frère préféré de Fédor, était né en 1820. En 1821, le docteur Dostoïevski ayant été nommé médecin traitant à l’hôpital Marie, l’hôpital des pauvres de Moscou, la famille fut logée dans un pavillon de l’hôpital, où naquit Fédor.
1831. Le docteur Dostoïevski acquiert deux villages. Darovoié et Tchermachnia. Sa femme, déjà atteinte de tuberculose, y vivra la plupart du temps jusqu’à sa mort en 1837.
1833-1834. Fédor et son frère Michel sont demi-pensio
1837. Le docteur Dostoïevski conduit ses deux fils à Saint-Pétersbourg dans la pension de Kostomarov, qui doit les préparer à l’examen d’entrée de l’École supérieure des Ingénieurs militaires. Fédor est reçu en janvier 1838. Michel ajourné.
1839. En juin, à Darovoié, assassinat du docteur Dostoïevski, par des serfs qu’il avait maltraités.
1842. En août, Fédor passe avec succès l’examen de sortie de l’École supérieure des Ingénieurs militaires, est nommé sous-lieutenant, et entre comme dessinateur à la direction du Génie, à Saint-Pétersbourg.
1843. Dostoïevski traduit Eugénie Grandet, en témoignage d’admiration pour Balzac, qui venait de séjourner à Saint-Pétersbourg.
1844. Il quitte l’armée et commence à écrire les Pauvres Gens. Criblé de dettes, il mène une vie difficile et est déjà sujet à des attaques d’épilepsie.
1846. Les Pauvres Gens, puis le Double, paraissent dans le «Recueil pétersbourgeois». En décembre, il écrit Nietotchka Niezvanova.
1847-1848. La famille s’installe à Saint-Péterbourg. Il publie les Nuits blanches, le Mari jaloux, la Femme d’un autre.
1849. Dès 1846, Dostoïevski entre en contact avec Pétrachevski, fonctio
Du 25 décembre 1849 au 15 février 1854. Travaux forcés à la forteresse d’Omsk, puis en 1854, incorporation de Dostoïevski comme soldat au 7ème bataillon de ligne d’un régiment sibérien à Sémipalatinsk. Dostoïevski fait la co
1856. Il est nommé sous-lieutenant. Marie Dmitrievna étant devenue veuve, il la demande en mariage et, après d’orageuses fiançailles, il l’épouse le 6 février 1857.
1859. Après de longues démarches pour quitter l’armée et rentrer en Russie, il obtient finalement cette autorisation le 2 juillet et, quatre mois plus tard, celle de s’installer à Saint-Pétersbourg.
1861. Humiliés et Offensés commence à paraître dans le premier numéro de la revue Vremia (le Temps) que Dostoïevski vient de fonder avec son frère Michel. Mauvaise santé de Dostoïevski.