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– Moi aussi!» s’écria tout à fait inopinément le même garçon qui avait prétendu naguère co
Aliocha entra. Dans le cercueil bleu, orné d’une ruche blanche, Ilioucha était couché, les mains jointes, les yeux fermés. Les traits de son visage amaigri avaient à peine changé, et chose étrange, le cadavre ne sentait presque pas. L’expression était sérieuse et comme pensive. Les mains surtout étaient belles, comme taillées dans du marbre. On y avait mis des fleurs. Le cercueil entier, au-dedans et au-dehors, était orné de fleurs envoyées de grand matin par Lise Khokhlakov. Mais il en était venu d’autres de la part de Catherine Ivanovna, et lorsque Aliocha ouvrit la porte, le capitaine, une gerbe dans ses mains tremblantes, était en train de la répandre sur son cher enfant. Il regarda à peine le nouveau venu; d’ailleurs, il ne faisait attention à perso
«Papa, do
Soit que la petite rose blanche qui était dans les mains d’Ilioucha lui plût beaucoup, ou qu’elle voulût la garder en souvenir de lui, elle s’agitait, les bras tendus vers la fleur.
«Je ne do
– Papa, do
– Je ne do
La pauvre folle se mit à pleurer, en se cachant le visage dans ses mains. Les écoliers, voyant enfin que le père ne lâchait pas le cercueil, et qu’il était temps de le porter à l’église, l’entourèrent étroitement, se mirent à le soulever.
«Je ne veux pas l’enterrer dans l’enceinte! clama soudain Sniéguiriov, je l’enterrerai près de la pierre, de notre pierre! C’est la volonté d’Ilioucha. Je ne le laisserai pas porter!»
Depuis trois jours, il parlait de l’enterrer près de la pierre; mais Aliocha et Krassotkine intervinrent, ainsi que la logeuse, sa sœur, tous les enfants.
«Quelle idée de l’enterrer près d’une pierre impure, comme un réprouvé! dit sévèrement la vieille femme. Dans l’enceinte, la terre est bénie. Il sera mentio
Le capitaine eut un geste de lassitude, comme pour dire: «Faites ce que vous voudrez!» Les enfants soulevèrent le cercueil, mais en passant près de la mère, ils s’arrêtèrent un instant pour qu’elle pût dire adieu à Ilioucha. En voyant soudain de près ce cher visage, qu’elle n’avait contemplé durant trois jours qu’à une certaine distance, elle se mit à dodeliner de sa tête grise.
«Maman, bénis-le, embrasse-le», lui cria Nina.
Mais celle-ci continuait à remuer la tête, comme une automate, et, sans rien dire, le visage crispé de douleur, elle se frappa la poitrine du poing. On porta le cercueil plus loin. Nina déposa un dernier baiser sur les lèvres de son frère.
Aliocha, en sortant, pria la logeuse de veiller sur les deux femmes; elle ne le laissa pas achever.
«Nous co
La vieille pleurait en parlant.
L’église était à peu de distance, trois cents pas au plus. Il faisait un temps clair et doux, avec un peu de gelée. Les cloches so
«Le pain, on a oublié le pain!» s’écria-t-il tout à coup avec effroi.
Mais les enfants lui rappelèrent aussitôt qu’il venait de prendre un morceau de pain et l’avait mis dans sa poche. Il le sortit et se calma en le voyant.
«C’est Ilioucha qui le veut, expliqua-t-il à Aliocha; une nuit que j’étais à son chevet, il me dit tout à coup: «Père, quand on m’enterrera, émiette du pain sur ma tombe, pour attirer les moineaux; je les entendrai et cela me fera plaisir de ne pas être seul.»
– C’est très bien, dit Aliocha; il faudra en porter souvent.
– Tous les jours, tous les jours!» murmura le capitaine comme ranimé.
On arriva enfin à l’église et le cercueil fut placé au milieu. Les enfants l’entourèrent et eurent, durant la cérémonie, une attitude exemplaire. L’église était ancie
[205] Bande de satin ou de papier sur laquelle sont représentés Jésus-Christ, la Vierge et saint Jean Chrysostome, dont on entoure le front des morts.
[206] Paraphrase de l’Alleluia.
[207] Le cercueil n’est définitivement fermé qu’à l’église, tout à la fin du service funèbre.