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XIV. Les moujiks ont tenu ferme

Ainsi conclut Fétioukovitch, et l’enthousiasme de ses auditeurs ne co

«…On nous reproche d’avoir inventé des romans. Mais le défenseur a-t-il fait autre chose? Il ne manquait que des vers à sa plaidoirie. Fiodor Pavlovitch, dans l’attente de sa bien-aimée, déchire l’enveloppe et la jette à terre. On cite même ses paroles à cette occasion; n’est-ce pas un poème? Et où est la preuve qu’il a sorti l’argent, qui a entendu ce qu’il disait? L’imbécile Smerdiakov transformé en une sorte de héros romantique qui se venge de la société à cause de sa naissance illégitime, n’est-ce pas encore un poème à la Byron? Et le fils qui, ayant fait irruption chez son père, le tue sans le tuer, ce n’est même plus un roman, ni un poème, c’est un sphinx proposant des énigmes que lui-même, assurément, ne peut résoudre. S’il a tué, c’est pour de bon; comment admettre qu’il ait tué sans être un assassin? Ensuite, on déclare que notre tribune est celle de la vérité et des idées saines, et on y profère cet axiome que le meurtre d’un père n’est qualifié de parricide que par préjugé. Mais si le parricide est un préjugé et si tout enfant peut demander à son père: «Père, pourquoi dois-je t’aimer?», que deviendront les bases de la société, que deviendra la famille? Le parricide, voyez-vous, c’est le «soufre» de la marchande moscovite. Les plus nobles traditions de la justice russe sont dénaturées uniquement pour obtenir l’absolution de ce qui ne peut être absous. Comblez-le de clémence, s’exclame le défenseur, le criminel n’en demande pas davantage, on verra demain le résultat! D’ailleurs, n’est-ce pas par une modestie exagérée qu’il demande seulement l’acquittement de l’accusé? Pourquoi ne pas demander la fondation d’une bourse qui immortaliserait l’exploit du parricide aux yeux de la postérité et de la jeune génération? On corrige l’Évangile et la religion: tout ça c’est du mysticisme, nous seuls possédons le vrai christianisme, déjà vérifié par l’analyse de la raison et des idées saines. On évoque devant nous une fausse image du Christ! «On se servira envers vous de la même mesure dont vous vous serez servis», s’exclame le défenseur, en concluant aussitôt que le Christ a ordo

Ici, le président intervint et pria l’orateur de ne pas exagérer, de demeurer dans les justes limites, etc., comme font d’habitude les présidents en pareil cas. La salle était houleuse. Le public s’agitait, proférait des exclamations indignées. Fétioukovitch ne répliqua même pas, il vint seulement, les mains sur le cœur, prononcer d’un ton offensé quelques paroles pleines de dignité. Il effleura de nouveau avec ironie les «romans» et la «psychologie» et trouva moyen de décocher ce trait «Jupiter, tu as tort, puisque tu te fâches», ce qui fit rire le public, car Hippolyte Kirillovitch ne ressemblait nullement à Jupiter. Quant à la prétendue accusation de permettre à la jeunesse le parricide, Fétioukovitch déclara avec une grande dignité qu’il n’y répondrait pas. Au sujet de la «fausse image du Christ» et du fait qu’il n’avait pas daigné l’appeler Dieu, mais seulement «le Crucifié qui aimait les hommes», ce qui est «contraire à l’orthodoxie et ne pouvait se dire à la tribune de vérité», Fétioukovitch parla d’» insinuation» et do

La parole fut ensuite do

«Que puis-je dire, messieurs les jurés! On va me juger, je sens la main de Dieu sur moi. C’en est fait du dévoyé! Mais comme si je me confessais à Dieu, à vous aussi je dis: «Je n’ai pas versé le sang de mon père!» Je le répète une dernière fois, ce n’est pas moi qui ait tué! J’étais déréglé, mais j’aimais le bien. Constamment, j’aspirais à m’amender, et j’ai vécu comme une bête fauve. Merci au procureur, il a dit sur moi bien des choses que j’ignorais, mais il est faux que j’aie tué mon père, le procureur s’est trompé! Merci également à mon défenseur, j’ai pleuré en l’écoutant, mais il est faux que j’aie tué mon père, il n’aurait pas dû le supposer! Ne croyez pas les médecins, j’ai toute ma raison, seulement je me sens accablé. Si vous m’épargnez et que vous me laissiez aller, je prierai pour vous. Je deviendrai meilleur, j’en do

Il tomba presque à sa place, sa voix se brisa, la dernière phrase fut à peine articulée. La Cour rédigea ensuite les questions à poser et demanda leurs conclusions aux parties. Mais j’omets les détails. Enfin, les jurés se retirèrent pour délibérer. Le président était exténué, aussi ne leur adressa-t-il qu’une brève allocution: «Soyez impartiaux, ne vous laissez pas influencer par l’éloquence de la défense, pourtant pesez votre décision; rappelez-vous la haute mission dont vous êtes revêtus», etc. Les jurés s’éloignèrent, l’audience fut suspendue. On put faire un tour, échanger ses impressions, se restaurer au buffet. Il était fort tard, environ une heure du matin, mais perso