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Ici Hippolyte Kirillovitch fit un tableau détaillé des faits et gestes de Mitia, décrivit les scènes chez Perkhotine, dans la boutique, avec les voituriers. Il cita une foule de propos confirmés par des témoins, et le tableau s’imposait à la conviction des auditeurs; l’ensemble des faits était particulièrement frappant. La culpabilité de cet être désorienté, insoucieux de sa sécurité, sautait aux yeux. «À quoi bon la prudence? poursuivit Hippolyte Kirillovitch; deux ou trois fois il a failli avouer et fait des allusions (suivaient les dépositions des témoins). Il a même crié au voiturier sur la route: «Sais-tu que tu mènes un assassin?» Mais il ne pouvait tout dire; il lui fallait d’abord arriver au village de Mokroïé et là achever son poème. Or, qu’est-ce qui attendait le malheureux? Le fait est qu’à Mokroïé, il s’aperçoit bientôt que son rival «incontesté» n’est pas irrésistible et que ses félicitations arrivent mal à propos. Mais vous co

«Et maintenant le voilà devant ses juges, devant ceux qui vont décider de son sort. Messieurs les jurés, il y a, dans l’exercice de nos fonctions, des moments où nous-mêmes nous avons presque peur de l’humanité! C’est lorsqu’on contemple la terreur bestiale du criminel qui se voit perdu, mais veut lutter encore. C’est lorsque l’instinct de la conservation s’éveille en lui tout à coup, qu’il fixe sur vous un regard pénétrant, plein d’anxiété et de souffrance, qu’il scrute votre visage, vos pensées, se demande de quel côté viendra l’attaque, imagine, en un instant, dans son esprit troublé, mille plans, mais craint de parler, craint de se trahir! Ces moments humiliants pour l’âme humaine, ce calvaire, cette avidité bestiale de salut sont affreux, ils font frisso