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«Pourriez-vous dire, insista Fétioukovitch, si vous reposiez quand vous avez vu la porte du jardin ouverte?

– J’étais sur mes jambes.

– Cela ne veut pas dire que vous ne reposiez pas. (Nouveau rire.) Auriez-vous pu répondre à ce moment-là, si quelqu’un vous avait demandé, par exemple, en quelle a

– Je ne sais pas.

– Eh bien! En quelle a

Grigori, l’air dérouté, regardait fixement son bourreau. Son ignorance de l’a

«Peut-être savez-vous combien vous avez de doigts aux mains?

– J’ai l’habitude d’obéir, proféra soudain Grigori; s’il plaît aux autorités de se moquer de moi, je dois le supporter.»

Fétioukovitch resta un peu déconcerté. Le président intervint et lui rappela qu’il devait poser des questions plus en rapport avec l’affaire. L’avocat répondit avec déférence qu’il n’avait plus rien à demander. Assurément, la déposition d’un homme «ayant vu les portes du paradis», et ignorant en quelle a

«Sauf pour la porte, le témoin a dit la vérité. Je le remercie de m’avoir enlevé la vermine et pardo

– Accusé, choisissez vos expressions, dit sévèrement le président.

– Je ne suis pas un caniche, grommela Grigori.

– Eh bien, c’est moi qui suis un caniche! cria Mitia. Si c’est une offense, je la prends à mon compte, j’ai été brutal et violent avec lui! Avec Ésope aussi.

– Quel Ésope? releva sévèrement le président.

– Mais Pierrot… mon père, Fiodor Pavlovitch.»

Le président exhorta de nouveau Mitia à choisir ses termes avec plus de prudence.

«Vous vous nuisez ainsi dans l’esprit de vos juges.»

Le défenseur procéda tout aussi adroitement avec Rakitine, un des témoins les plus importants, un de ceux auxquels le procureur tenait le plus. Il savait une masse de choses, avait tout vu, causé avec une foule de gens, et co

«Permettez-moi une question, commença le défenseur avec un sourire aimable et presque déférent. Vous êtes bien Mr Rakitine, l’auteur d’une brochure éditée par l’autorité diocésaine, Vie du bienheureux Père Zosime, pleine de pensées religieuses, profondes, avec une dédicace fort édifiante à Sa Grandeur, et que j’ai lue récemment avec tant de plaisir?

– Elle n’était pas destinée à paraître… on l’a publiée sans me prévenir, murmura Rakitine qui paraissait déconcerté.

– C’est très bien. Un penseur comme vous peut et même doit s’intéresser aux phénomènes sociaux. Votre brochure, grâce à la protection de Sa Grandeur, s’est répandue et a rendu service… Mais voici ce que je serais curieux de savoir: vous venez de déclarer que vous co

– Je ne puis répondre de toutes mes co

– Je comprends, je comprends parfaitement! dit Fétioukovitch, feignant la confusion et comme empressé à s’excuser. Vous pouviez, comme n’importe qui, vous intéresser à une femme jeune et jolie, qui recevait chez elle la fleur de la jeunesse locale, mais… je voulais seulement me renseigner; nous savons qu’il y a deux mois, Mme Sviétlov désirait vivement faire la co

– C’était une plaisanterie… Je ne vois pas en quoi ça peu vous intéresser. J’ai pris cet argent par plaisanterie, pour le rendre ensuite.

– Par conséquent, vous l’avez accepté. Mais vous ne l’avez pas encore rendu… ou peut-être que si?

– C’est une bagatelle…, murmura Rakitine; je ne puis répondre à de telles questions… Certes, je le rendrai.»

Le président intervint, mais le défenseur déclara qu’il n’avait plus rien à demander à M. Rakitine. Celui-ci se retira un peu penaud. Le prestige du perso

«Il venait me voir en prison pour me soutirer de l’argent, ce misérable, cet athée; il a mystifié Sa Grandeur!»

Mitia fut naturellement rappelé à l’ordre, mais Mr Rakitine était achevé. Pour une tout autre cause, le témoignage du capitaine Snéguiriov n’eut pas non plus de succès. Il apparut dépenaillé, en costume malpropre et, malgré les mesures de précaution et l’examen préalable, se trouva en état d’ivresse. Il refusa de répondre au sujet de l’insulte que lui avait faite Mitia.