Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 188 из 230

– Mais s’il avait seulement frappé, sans tuer?

– Dans ce cas, je n’aurais certainement pas osé prendre l’argent, mais je comptais qu’il frapperait Fiodor Pavlovitch jusqu’à lui faire perdre co

– Attends… je n’y suis plus. C’est donc Dmitri qui a tué? Tu as seulement volé?

– Non, ce n’est pas lui. Certes, je pourrais encore vous dire, maintenant, que c’est lui… mais je ne veux pas mentir, car… car même si, comme je le vois, vous n’avez rien compris jusqu’à présent et ne simulez pas pour rejeter tous les torts sur moi, vous êtes pourtant coupable de tout; en effet, vous étiez prévenu de l’assassinat, vous m’avez chargé de l’exécution et vous êtes parti. Aussi, je veux vous démontrer ce soir que le principal, l’unique assassin, c’est vous, et non pas moi, bien que j’aie tué. Légalement, vous êtes l’assassin.

– Comment cela? Pourquoi suis-je l’assassin? ne put se défendre de demander Ivan Fiodorovitch, oubliant sa décision de remettre à la fin de l’entretien ce qui le concernait perso

– Assuré de votre consentement, je savais qu’à votre retour vous ne feriez pas d’histoire pour la perte de ces trois mille roubles, si par hasard la justice me soupço

– Ah! tu avais donc l’intention de me tourmenter toute la vie! dit Ivan, les dents serrées. Et si je n’étais pas parti, si je t’avais dénoncé?

– Que pouviez-vous dire? Que je vous avais conseillé de partir pour Tchermachnia? La belle affaire! D’ailleurs, si vous étiez resté, rien ne serait arrivé; j’aurais compris que vous ne vouliez pas et me serais tenu tranquille. Mais votre départ m’assurait que vous ne me dénonceriez pas, que vous fermeriez les yeux sur ces trois mille roubles. Vous n’auriez pas pu me poursuivre ensuite, car j’aurais tout raconté à la justice, non le vol ou l’assassinat, cela je ne l’aurais pas dit, mais que vous m’y aviez poussé et que je n’avais pas consenti. De cette façon vous ne pouviez pas me confondre, faute de preuves, et moi j’aurais révélé avec quelle ardeur vous désiriez la mort de votre père, et tout le monde l’aurait cru, je vous en do

– Je désirais à ce point la mort de mon père?

– Certainement, et votre silence m’autorisait à agir.»

Smerdiakov était très affaibli et parlait avec lassitude, mais une force intérieure le galvanisait, il avait quelque dessein caché, Ivan le pressentait.

«Continue ton récit.

– Continuons! J’étais donc couché, quand j’entendis votre père crier. Grigori était sorti un peu auparavant; tout à coup il se mit à hurler, puis tout redevint silencieux. J’attendis, immobile; mon cœur battait, je ne pouvais plus y tenir. Je me lève, je sors; à gauche, la fenêtre de Fiodor Pavlovitch était ouverte, je m’avançai pour écouter s’il do

Smerdiakov s’arrêta. Ivan l’avait écouté dans un silence de mort, sans bouger, sans le quitter des yeux. Smerdiakov lui jetait parfois un coup d’œil, mais regardait surtout de côté. Son récit achevé, il parut ému, respirant avec peine, le visage couvert de sueur. On ne pouvait deviner s’il éprouvait des remords.

«Un instant, reprit Ivan en réfléchissant. Et la porte? S’il n’a ouvert qu’à toi, comment Grigori a-t-il pu la voir ouverte auparavant? Car il l’a bien vue le premier?»

Ivan posait ces questions du ton le plus calme, de sorte que si quelqu’un les eût observés en ce moment du seuil, il en aurait conclu qu’ils s’entretenaient paisiblement d’un sujet quelconque.

«Quant à cette porte que Grigori prétend avoir vue ouverte, ce n’est qu’un effet de son imagination, dit Smerdiakov avec un sourire. Car c’est un homme très entêté; il aura cru voir, et vous ne l’en ferez pas démordre. C’est un bonheur pour nous qu’il ait eu la berlue; cette déposition achève de confondre Dmitri Fiodorovitch.