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VI. Première entrevue avec Smerdiakov

C’était la troisième fois qu’Ivan Fiodorovitch allait causer avec Smerdiakov, depuis son retour de Moscou. Il l’avait vu après le drame, le premier jour de son arrivée, puis visité deux semaines après. Mais depuis plus d’un mois, il n’était pas retourné chez Smerdiakov et ne savait presque rien de lui. Ivan Fiodorovitch était revenu de Moscou cinq jours seulement après la mort de son père, enterré la veille. En effet, Aliocha, ignorant l’adresse de son frère à Moscou, avait recouru à Catherine Ivanovna, qui télégraphia à ses parentes, dans l’idée qu’Ivan Fiodorovitch était allé les voir dès son arrivée. Mais il ne les visita que quatre jours plus tard et, après avoir lu la dépêche, revint en toute hâte dans notre ville. Il causa d’abord avec Aliocha, fut surpris de le voir affirmer l’i

Déjà, pendant le trajet en chemin de fer, il avait constamment pensé à Smerdiakov et à leur dernière conversation la veille de son départ. Bien des choses le troublaient, lui semblaient suspectes. Mais dans sa déposition au juge d’instruction Ivan avait provisoirement gardé le silence là-dessus. Il attendait d’avoir vu Smerdiakov qui se trouvait alors à l’hôpital. Aux questions qu’il leur posa, Herzenstube et le docteur Varvinski, médecin de l’hôpital, répondirent catégoriquement que l’épilepsie de Smerdiakov était certifiée; ils parurent même surpris qu’il leur demandât: «s’il n’y avait pas eu simulation le jour du drame». Ils lui do

«Peux-tu me parler? Je ne te fatiguerai pas trop.

– Certainement, marmotta Smerdiakov d’une voix faible. Y a-t-il longtemps que vous êtes arrivé? ajouta-t-il avec condescendance, comme pour encourager le visiteur gêné.

– Aujourd’hui seulement… Je suis venu pour éclaircir votre gâchis.»

Smerdiakov soupira.

«Qu’as-tu à soupirer, tu savais donc? lança Ivan.

– Comment ne l’aurais-je pas su? dit Smerdiakov après un silence. C’était clair à l’avance. Mais comment prévoir que ça finirait ainsi?

– Pas de détours! Tu as prédit que tu aurais une crise sitôt descendu à la cave; tu as ouvertement désigné la cave.

– Vous l’avez dit dans votre déposition? demanda Smerdiakov avec flegme.

– Pas encore, mais je le dirai certainement. Tu me dois des explications, mon cher, et je ne permettrai pas, crois-le bien, que tu te joues de moi!

– Pourquoi me jouerais-je de vous, alors que c’est en vous seul que j’espère, comme en Dieu! proféra Smerdiakov sans s’émouvoir.

– D’abord, je sais qu’on ne peut prévoir une crise d’épilepsie. Je me suis renseigné, inutile de ruser. Comment donc as-tu fait pour me prédire le jour, l’heure et même le lieu? Comment pouvais-tu savoir d’avance que tu aurais une crise précisément dans cette cave?

– De toute façon je devais aller à la cave plusieurs fois par jour, répondit avec lenteur Smerdiakov. C’est ainsi que je suis tombé du grenier, il y a un an. Bien sûr, on ne peut prédire le jour et l’heure de la crise, mais on peut toujours avoir un pressentiment.

– Oui, mais tu as prédit le jour et l’heure!

– En ce qui concerne ma maladie, monsieur, informez-vous plutôt auprès des médecins si elle était naturelle ou feinte; je n’ai rien à vous dire de plus à ce sujet.

– Mais la cave? Comment as-tu prévu la cave?

– Elle vous tourmente, cette cave! Quand j’y suis descendu, j’avais peur, je me défiais, j’avais peur parce que, vous parti, il n’y avait plus perso