Страница 175 из 230
Elle se dressa sur sa couchette, les yeux étincelants.
«Dites-moi, proféra Aliocha avec agitation, vous avez vous-même fait venir ce quelqu’un?
– Oui.
– Vous lui avez envoyé une lettre?
– Oui.
– Précisément pour lui demander cela, à propos de l’enfant?
– Non, pas du tout. Mais quand il est entré, je le lui ai demandé. Il m’a répondu, il s’est mis à rire, et puis il est parti.
– Il a agi en ho
– Mais il m’a méprisée? Il a ri.
– Non, car lui-même croit peut-être à la compote d’ananas. Il est aussi très malade maintenant, Lise.
– Oui, il y croit! dit Lise, les yeux étincelants.
– Il ne méprise perso
– Par conséquent, moi aussi?
– Vous aussi.
– C’est bien, dit Lise rageuse. Quand il est sorti en riant, j’ai senti que le mépris avait du bon. Avoir les doigts coupés comme cet enfant, c’est bien; être méprisé, c’est bien également…»
Et elle eut, en regardant Aliocha, un mauvais rire.
«Savez-vous, Aliocha, je voudrais… Sauvez-moi!» Elle se dressa, se pencha vers lui, l’étreignit.» Sauvez-moi! gémit-elle. Ai-je dit à quelqu’un au monde ce que je viens de vous dire? J’ai dit la vérité, la vérité! Je me tuerai, car tout me dégoûte! Je ne veux plus vivre! Tout m’inspire du dégoût, tout! Aliocha, pourquoi ne m’aimez-vous pas, pas du tout?
– Mais si, je vous aime! répondit Aliocha avec chaleur.
– Est-ce que vous me pleurerez?
– Oui.
– Non parce que j’ai refusé d’être votre femme, mais en général?
– Oui.
– Merci! Je n’ai besoin que de vos larmes. Et que les autres me torturent, me foulent au pied, tous, tous, sans excepter perso
Elle desserra son étreinte.
«Comment vous laisser dans cet état? proféra Aliocha presque effrayé.
– Allez voir votre frère; il se fait tard, on ne vous laissera plus entrer. Allez, voici votre chapeau! Embrassez Mitia, allez, allez!»
Elle poussa presque de force Aliocha vers la porte. Il la regardait avec une douloureuse perplexité, lorsqu’il sentit dans sa main droite un billet plié, cacheté. Il lut l’adresse: «Ivan Fiodorovitch Karamazov.» Il jeta un coup d’œil rapide à Lise. Elle avait un visage presque menaçant.
«Ne manquez pas de le lui remettre, ordo
Et elle lui claqua la porte au nez. Aliocha mit la lettre dans sa poche et se dirigea vers l’escalier, sans entrer chez Mme Khokhlakov, qu’il avait même oubliée. Dès qu’il se fut éloigné, Lise entrouvrit la porte, mit son doigt dans la fente et le serra de toutes ses forces en fermant. Au bout de quelques secondes, ayant retiré sa main, elle alla lentement s’asseoir dans le fauteuil, examina avec attention son doigt noirci et le sang qui avait jailli sous l’ongle. Ses lèvres tremblaient et elle murmura rapidement:
«Vile, vile, vile, vile!»
IV. L’hymne et le secret
Il était déjà tard (et les jours sont courts en novembre) quand Aliocha so
«Pourvu que je n’oublie rien! fit-il pour dire quelque chose.
– Surtout, n’oublie pas ce qui n’est pas à toi!» dit Mitia en riant.
Rakitine prit feu aussitôt.
«Recommande cela à tes Karamazov, race d’exploiteurs, mais pas à Rakitine! s’écria-t-il tremblant de colère.
– Qu’est-ce qui te prend? Je plaisantais… Ils sont tous ainsi, dit-il à Aliocha en désignant Rakitine qui sortait rapidement: il riait, il était gai, et le voilà qui s’emporte! Il ne t’a même pas salué. Êtes-vous brouillés? Pourquoi viens-tu si tard? Je t’ai attendu toute la journée avec impatience. Ça ne fait rien. Nous allons nous rattraper.