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ou quelque chose comme ça, je ne puis me rappeler ces vers, je les ai là, je vous les montrerai plus tard; ils sont ravissants, et il n’y est pas question de mon pied seulement; ils sont moraux, avec une pointe délicieuse, que j’ai d’ailleurs oubliée, bref dignes de figurer dans un album. Naturellement, je le remerciai, il parut flatté. Je n’avais pas fini que Piotr Ilitch entra. Mikhaïl Ivanovitch devint sombre comme la nuit. Je voyais bien que Piotr Ilitch le gênait, car il voulait certainement dire quelque chose après les vers, je le pressentais, et l’autre entra juste à ce moment. Je montrai les vers à Piotr Ilitch sans lui nommer l’auteur. Mais je suis bien persuadée qu’il devina toute de suite, bien qu’il le nie jusqu’à présent. Piotr Ilitch éclata de rire, se mit à critiquer: de méchants vers, dit-il, écrits par un séminariste, et avec quelle témérité! C’est alors que votre ami, au lieu d’en rire, devint furieux. Mon Dieu, je crus qu’ils allaient se battre: «C’est moi, dit-il, l’auteur. Je les ai écrits par plaisanterie, car je tiens pour ridicule de faire des vers… Seulement, les miens sont bons. On veut élever une statue à Pouchkine pour avoir chanté les pieds des femmes [172]; mes vers à moi ont une teinte morale; vous-même n’êtes qu’un réactio
– Il faut que j’arrive à temps chez mon frère, balbutia Aliocha.
– Précisément, précisément! Ça me rappelle tout! Dites-moi, qu’est-ce que l’obsession?
– Quelle obsession? demanda Aliocha surpris.
– L’obsession judiciaire. Une obsession qui fait tout pardo
– À propos de quoi dites-vous cela?
– Voici pourquoi; cette Katia… Ah! c’est une charmante créature, mais j’ignore de qui elle est éprise. Elle est venue l’autre jour, et je n’ai rien pu savoir. D’autant plus qu’elle se borne maintenant à des généralités, elle ne me parle que de ma santé, elle affecte même un certain ton, et je me suis dit: «Soit, que le bon Dieu te bénisse!…» Ah! À propos de cette obsession, ce docteur est arrivé. Vous le savez sûrement, c’est vous qui l’avez fait venir, c’est-à-dire, pas vous, mais Katia. Toujours Katia! Eh bien, voici: un individu est normal, mais tout à coup il a une obsession; il est lucide, se rend compte de ses actes, cependant il subit l’obsession. Eh bien, c’est ce qui est arrivé sûrement à Dmitri Fiodorovitch. C’est une découverte et un bienfait de la justice nouvelle. Ce docteur est venu, il m’a questio
– Mais il n’a pas tué, interrompit un peu brusquement Aliocha, dont l’agitation et l’impatience grandissaient.
– Je sais, c’est le vieux Grigori qui a tué.
– Comment, Grigori?
– Mais oui, c’est Grigori. Il est resté évanoui après avoir été frappé par Dmitri Fiodorovitch, puis il s’est levé et, voyant la porte ouverte, il est allé tuer Fiodor Pavlovitch.
– Mais pourquoi, pourquoi?
– Sous l’empire d’une obsession. En revenant à lui, après avoir été frappé à la tête, l’obsession lui a fait commettre ce crime; il prétend qu’il n’a pas tué, peut-être ne s’en souvient-il pas. Seulement, voyez-vous, mieux vaudrait que Dmitri Fiodorovitch eût tué. Oui, quoique je parle de Grigori, c’est sûrement Dmitri qui a fait le coup, et ça vaut mieux, beaucoup mieux. Ce n’est pas que j’approuve le meurtre d’un père par son fils; les enfants, au contraire, doivent respecter les parents; pourtant, mieux vaut que ce soit lui, car alors vous n’aurez pas à vous désoler, puisqu’il a tué inconsciemment, ou plutôt consciemment, mais sans savoir comment c’est arrivé. On doit l’acquitter; ce sera humain, cela fera ressortir les bienfaits de la justice nouvelle. Je n’en savais rien, on dit que c’est déjà ancien; dès que je l’appris hier, je fus si frappée que je voulais vous envoyer chercher. Si on l’acquitte, je l’inviterai aussitôt à dîner, je réunirai des co
– Elle m’a fait venir et je vais la trouver, déclara Aliocha en se levant d’un air résolu.
– Ah! cher Alexéi Fiodorovitch, voilà peut-être l’essentiel, s’écria en pleurant Mme Khokhlakov. Dieu m’est témoin que je vous confie sincèrement Lise, et ça ne fait rien qu’elle vous ait appelé à mon insu. Quant à votre frère Ivan, excusez-moi, mais je ne puis lui confier si facilement ma fille, bien que je le considère toujours comme le plus chevaleresque des jeunes gens. Imaginez-vous qu’il est venu voir Lise et que je n’en savais rien.
[172] C’est surtout dans le premier chapitre d’Eugène Oniéguine (1823) que Pouchkine a un peu trop chanté les jolis pieds féminins.