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Livre XI: Ivan Fiodorovitch.

I. Chez Grouchegnka

Aliocha se rendait place de l’Église chez Grouchegnka, qui, le matin même, lui avait dépêché Fénia pour le prier instamment de venir. En questio

Il arriva chez elle préoccupé. Elle était revenue de la prison depuis une demi-heure, et rien qu’à la vivacité avec laquelle elle se leva à son entrée, il conclut qu’elle l’attendait avec impatience. Il y avait sur la table un jeu de cartes, et sur le divan de cuir arrangé en lit était à demi étendu Maximov, malade, affaibli, mais souriant. Ce vieillard sans gîte, revenu deux mois auparavant de Mokroïé avec Grouchegnka, ne l’avait pas quittée depuis lors. Après le trajet sous la pluie et dans la boue, transi de froid et de peur, il s’était assis sur le divan, la regardant en silence avec un sourire qui implorait. Grouchegnka, accablée de chagrin et déjà en proie à la fièvre, l’oublia presque au début, absorbée par d’autres soucis; tout à coup, elle le regarda fixement; il eut un rire piteux, embarrassé. Elle appela Fénia et lui fit servir à manger. Il garda toute la journée une quasi-immobilité. Lorsque, à la nuit tombante, Fénia ferma les volets, elle demanda à sa maîtresse:

«Alors, madame, ce monsieur va rester à coucher?

– Oui, prépare-lui un lit sur le divan», répondit Grouchegnka.

En le questio

«Mr Kalganov, mon bienfaiteur, m’a déclaré franchement qu’il ne me recevrait plus, et m’a do

– Eh bien, tant pis, reste!» décida Grouchegnka dans son chagrin, en lui souriant avec compassion.

Le vieillard fut remué par ce sourire: ses lèvres tremblèrent d’émotion. C’est ainsi qu’il resta chez elle en qualité de parasite errant. Même durant la maladie de Grouchegnka, il ne quitta pas la maison. Fénia et la vieille cuisinière, sa grand-mère, ne le chassèrent pas, mais continuèrent de le nourrir et de lui faire son lit sur le divan. Par la suite, Grouchegnka s’habitua même à lui, et en revenant de voir Mitia (qu’elle visitait, à peine remise), elle se mettait à causer de bagatelles avec «Maximouchka», pour oublier son chagrin. Il se trouva que le vieux avait un certain talent de conteur, de sorte qu’il lui devint même nécessaire. À part Aliocha, qui ne restait d’ailleurs jamais longtemps, Grouchegnka ne recevait presque perso

«Te voilà enfin! s’écria-t-elle en jetant les cartes et en accueillant Aliocha avec joie. Maximouchka m’effrayait en disant que tu ne viendrais plus. Ah! que j’ai besoin de toi! Assieds-toi. Veux-tu du café?

– Avec plaisir, dit Aliocha en s’asseyant; j’ai grand-faim.

– Fénia, Fénia, du café! Il est prêt depuis longtemps… Apporte aussi des petits pâtés chauds! Sais-tu, Aliocha, j’ai eu une histoire aujourd’hui au sujet de ces pâtés. Je lui en ai porté en prison et croirais-tu qu’il les a refusés. Il en a même piétiné un.» Je vais les laisser au gardien, lui ai-je dit; si tu n’en veux pas c’est que ta méchanceté te nourrit!» Là-dessus je suis partie. Nous nous sommes encore querellés. C’est chaque fois la même chose.»

Grouchegnka parlait avec agitation. Maximov eut un sourire timide et baissa les yeux.

«À quel propos aujourd’hui? demanda Aliocha.

– Je ne m’y attendais pas du tout. Figure-toi qu’il est jaloux de mon «ancien».» Pourquoi lui do

– Mais il co

– Comment donc, il savait tout dès le début! Aujourd’hui il m’a injuriée. J’ai honte de répéter ses paroles. L’imbécile! Rakitka est arrivé comme je sortais. C’est peut-être lui qui l’excite. Qu’en penses-tu? ajouta-t-elle d’un air distrait.

– Il t’aime beaucoup, et il est fort énervé.

– Comment ne le serait-il pas quand on le juge demain. J’étais justement allée le réconforter, car j’ai peur, Aliocha, de songer à ce qui arrivera demain! Tu dis qu’il est énervé? Et moi donc! Et il parle du Polonais! Quel imbécile! Mais je crois qu’il n’est pas jaloux de Maximouchka.

– Mon épouse était aussi fort jalouse, fit remarquer Maximov.

– De toi!… dit Grouchegnka en riant malgré elle. Qui pouvait bien la rendre jalouse?

– Les femmes de chambre.

– Tais-toi, Maximouchka; je ne suis pas d’humeur à rire, la colère me prend. Ne lorgne pas les pâtés, tu n’en auras pas, cela te ferait mal. Il faut aussi soigner celui-là; ma maison est devenue un hospice, ajouta-t-elle en souriant.

– Je ne mérite pas vos bienfaits, je suis insignifiant, larmoya Maximov. Prodiguez plutôt vos bontés à ceux qui sont plus nécessaires que moi.