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Elle le trouva à vingt pas de la palissade, où il était tombé. Revenu à lui, il avait dû se traîner longtemps en perdant plusieurs fois co

On résolut d’agir énergiquement. Les autorités judiciaires se rendirent sur les lieux et procédèrent à une enquête. Le médecin du Zemstvo, un débutant, s’offrit de lui-même à les accompagner. Je résume les faits. Fiodor Pavlovitch avait la tête fracassée, mais avec quelle arme? Probablement la même qui avait servi ensuite à assommer Grigori. Celui-ci, après avoir reçu les premiers soins, fit, malgré sa faiblesse, un récit assez suivi de ce qui lui était arrivé. En cherchant avec une lanterne près de la palissade, on trouva dans une allée, bien en vue, le pilon de cuivre. Il n’y avait aucun désordre dans la chambre de Fiodor Pavlovitch, sauf que derrière le paravent, près du lit, on trouva une enveloppe de grand format, en papier fort, avec l’inscription: «Trois mille roubles pour mon ange, Grouchegnka, si elle veut venir.» Plus bas, Fiodor Pavlovitch avait ajouté: «Et pour ma poulette.» L’enveloppe, qui portait trois grands cachets de cire rouge, était déchirée et vide. On retrouva à terre la faveur rose qui l’entourait. Dans la déposition de Piotr Ilitch, une chose attira l’attention des magistrats: la supposition que Dmitri Fiodorovitch se suiciderait le lendemain matin, d’après ses propres paroles, le pistolet chargé, le billet qu’il avait écrit, etc. Comme Piotr Ilitch, incrédule, le menaçait d’une dénonciation pour l’en empêcher, Mitia avait répliqué en souriant: «Tu n’auras pas le temps.» Il fallait donc se rendre en toute hâte à Mokroïé pour arrêter le criminel avant qu’il eût mis fin à ses jours.» C’est clair, c’est clair», répétait le procureur surexcité, «de pareilles tête brûlées agissent toujours ainsi: ils font la noce avant d’en finir.» Le récit des emplettes de Dmitri l’échauffa davantage.» Rappelez-vous, messieurs, l’assassin du marchand Olsoufiev, qui s’empara de quinze cents roubles. Son premier soin fut de se friser, puis d’aller chez des filles, sans prendre la peine de dissimuler l’argent.» Mais l’enquête, les formalités demandaient du temps; on dépêcha donc à Mokroïé le stanovoï Mavriki Mavrikiévitch Chmertsov, venu en ville toucher son traitement. Il reçut pour instructions de surveiller discrètement le «criminel» jusqu’à l’arrivée des autorités compétentes, de former une escorte, etc. Gardant l’incognito, il mit seulement au courant d’une partie de l’affaire Tryphon Borissytch, une ancie

Après cette digression un peu longue, mais nécessaire, nous reprenons notre récit à l’endroit où nous l’avons laissé.

III. Les tribulations d’une âme. Première tribulation

Mitia regardait les assistants d’un air hagard, sans comprendre ce qu’on disait. Tout à coup, il se leva, tendit les bras vers le ciel et s’écria:

«Je ne suis pas coupable! Je n’ai pas versé le sang de mon père… Je voulais le tuer, mais je suis i

À peine finissait-il de parler que Grouchegnka surgit de derrière les rideaux et tomba aux pieds de l’ispravnik.

«C’est moi, maudite, qui suis coupable, cria-t-elle éplorée, les mains tendues, c’est à cause de moi qu’il a tué. Ce pauvre vieillard, qui n’est plus, je l’ai torturé. C’est moi la principale coupable.

– Oui, c’est toi, criminelle! Tu es une coquine, une fille dépravée», vociféra l’ispravnik en la menaçant du poing.

On le fit taire aussitôt, le procureur le saisit même à bras-le-corps.

«C’est du désordre, Mikhaïl Makarovitch! Vous gênez l’enquête… vous gâtez l’affaire…»

Il suffoquait presque.

«Il faut prendre des mesures… il faut prendre des mesures, criait de son côté Nicolas Parthénovitch; on ne peut pas tolérer cela.

– Jugez-nous ensemble! continuait Grouchegnka toujours à genoux. Exécutez-nous ensemble, je suis prête à mourir avec lui.

– Groucha, ma vie, mon sang, mon trésor sacré! dit Mitia en s’agenouillant à côté d’elle et en l’étreignant. Ne la croyez pas, elle est i

On les sépara de force, on emmena la jeune femme. Il défaillit et ne revint à lui qu’assis à table, entouré de gens à plaque de métal [155]. En face, sur le divan, se tenait Nicolas Parthénovitch, le juge d’instruction, qui l’exhortait de la façon la plus courtoise à boire un peu d’eau: «Cela vous rafraîchira, vous calmera, n’ayez crainte, ne vous inquiétez pas.» Mitia s’intéressait fort à ses grosses bagues ornées, l’une d’une améthyste, l’autre d’une pierre jaune clair, d’un éclat magnifique. Longtemps après il se rappela avec éto

[155] Témoins instrumentaires pris parmi les gens du village.