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Tout à coup Aliocha eut un sourire contraint, jeta un regard des plus étranges sur le Père qui le questio

«Tu reviendras!» murmura le Père Païsius en le suivant des yeux avec une douloureuse surprise.

II. Une telle minute

Le Père Païsius ne se trompait pas en décidant que son «cher garçon» reviendrait; peut-être même avait-il soupço

Bien que j’aie déclaré plus haut (peut-être avec trop de hâte) ne pas vouloir excuser ni justifier mon héros, je vois qu’une explication est nécessaire pour l’intelligence ultérieure du récit. Il ne s’agissait pas ici d’attendre des miracles avec une impatience frivole. Et ce n’est pas pour le triomphe de certaines convictions qu’Aliocha avait alors besoin de miracles, ni pour celui de quelque idée préconçue sur une autre, en aucune façon; avant tout, au premier plan, surgissait devant lui la figure de son starets bien-aimé, du juste pour qui il avait un culte. C’est sur lui, sur lui seul que se concentrait parfois, au moins dans ses plus vifs élans, tout l’amour qu’il portait dans son jeune cœur «pour tous et tout». À vrai dire, cet être incarnait depuis si longtemps à ses yeux l’idéal absolu, qu’il y aspirait de toutes les forces de sa jeunesse, exclusivement, jusqu’à en oublier, par moments, «tous et tout». (Il se rappela par la suite avoir complètement oublié, en cette pénible journée, son frère Dmitri, dont il se préoccupait tant la veille; oublié aussi de porter les deux cents roubles au père d’Ilioucha, comme il se l’était promis.) Ce n’étaient pas des miracles qu’il lui fallait, mais seulement la «justice suprême», violée à ses yeux, ce qui le navrait. Qu’importe que cette «justice» attendue par Aliocha prît par la force des choses la forme de miracles opérés immédiatement par la dépouille de son ancien directeur qu’il adorait? C’est ce que pensait et attendait tout le monde, au monastère, même ceux devant lesquels il s’inclinait, le Père Païsius par exemple; Aliocha, sans se laisser troubler par le doute, rêvait de la même façon qu’eux. Une a

Aussi le cœur d’Aliocha saignait; comme nous l’avons déjà dit, il s’agissait de l’être qu’il chérissait le plus au monde, et qui était «couvert de honte et d’infamie!» Plaintes futiles et déraiso

À la nuit tombante, Rakitine, qui traversait le bois de pins pour aller au monastère, aperçut Aliocha, étendu sous un arbre, la face contre terre, immobile et paraissant dormir. Il s’approcha, l’interpella.

«C’est toi, Alexéi? Est-il possible que tu…» proféra-t-il éto

Aliocha releva la tête, s’assit en s’adossant à l’arbre. Il ne pleurait pas, mais son visage exprimait la souffrance; on lisait dans ses yeux de l’irritation. D’ailleurs, il ne regardait pas Rakitine, mais à côté.

«Mais tu n’as plus le même visage! Ta fameuse douceur a disparu. Te serais-tu fâché contre quelqu’un? On t’a fait un affront?

– Laisse-moi! fit soudain Aliocha sans le regarder, avec un geste de lassitude.

– Oh, oh! voilà comme nous sommes! Un ange, crier comme les simples mortels! Eh bien, Aliocha, franchement tu me surprends, moi que rien n’éto