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XI

On roula vers la porte le fauteuil de la babouschka. Elle était rayo

– Quelle victoire! disait-il.

– Mais, madame, c’était du feu! ajouta avec un sourire obséquieux mademoiselle Blanche.

– Eh! oui, voilà. J’ai gagné douze mille florins. Sans compter l’or: avec l’or ça doit faire treize. Six mille roubles de notre mo

– Plus de sept mille, lui dis-je; peut-être huit au cours actuel.

– Ce n’est pas une plaisanterie, huit mille roubles! Potapitch, Marfa, avez-vous vu?

– Ma petite mère! mais comment avez-vous fait? s’exclamait Marfa. Huit mille roubles!

– Voilà cinq louis pour chacun de vous.

Potapitch et Marfa se précipitèrent pour lui baiser les mains.

– Do

– Madame la princesse… un pauvre expatrié… malheurs continuels… Ces princes russes sont si généreux!

C’était un homme vêtu d’un veston usé, d’un gilet de couleur, qui tournait autour du fauteuil en tenant sa casquette très haut au-dessus de sa tête.

– Do

– Merci, madame, fit mademoiselle Blanche avec un sourire ironique et gracieux en clignant de l’œil à de Grillet et au général.

Le général ne dissimulait pas son embarras, et poussa un soupir de soulagement quand nous arrivâmes à l’hôtel.

– Et Fédossia! s’écria la babouschka en se rappelant la vieille bo

– Non.

– Je voyais pourtant bien tes yeux étinceler.

– J’essayerai, babouschka, plus tard.

– Et ponte seulement sur le zéro; tu verras… Combien as-tu d’argent?

– Vingt louis, babouschka.

– Ce n’est pas assez. Je t’en prêterai cinquante, moi, si tu veux. Prends ce rouleau-là. Et toi, mon petit père, dit-elle tout à coup au général, n’y compte pas, c’est inutile, tu n’auras rien.

Le général eut une crispation singulière. De Grillet fronça le sourcil.

– La terrible vieille! dit-il entre ses dents au général.

– Un autre mendiant! Un mendiant! cria la babouschka. Do

Cette fois-ci, c’était un perso

– Was ist’s? Der Teufel! (Qu’est-ce que c’est? Que diable!) dit-il, et il me gratifia d’une dizaine d’injures.

– L’imbécile! cria la babouschka en me faisant signe de le laisser là. Allons! j’ai faim. Il faut dîner tout de suite. Je dormirai un peu, et puis nous retournerons à la roulette.

– Vous voulez y retourner, babouschka! m’écriai-je.

– Pourquoi pas? Parce que vous restez ici à vous e

– Mais, madame, dit de Grillet, les chances peuvent tourner. Vous pouvez tout perdre d’un seul coup… Surtout avec votre jeu… C’était terrible!…

– Vous perdrez certainement, miaula mademoiselle Blanche.

– Et qu’est-ce que ça vous fait? Ce n’est pas votre argent que je perdrai, c’est le mien!… Et où est M. Astley?

– Il est resté à la gare, babouschka.

– C’est dommage. C’est un brave garçon.

En arrivant, à l’hôtel, la babouschka appela le majordome et lui apprit son gain. Puis elle appela Fédossia, lui do

– Alexis Ivanovitch, sois prêt vers quatre heures; nous irons ensemble à la roulette. En attendant, au revoir. Et n’oublie pas de m’amener quelque docteur, il faut que je pre

Je sortis de chez la babouschka comme étourdi. Je tâchais de m’imaginer quelle tournure allaient prendre les affaires. Le général et les autres étaient déconcertés. L’arrivée inattendue de la babouschka avait détruit toutes leurs espérances. Cependant, l’aventure de la roulette était pour eux plus importante encore; car, quoique la babouschka eût dit deux fois qu’elle ne do

Toutes ces réflexions m’agitaient tandis que je regagnais ma chambre au dernier étage de l’hôtel. Et je ne co

Ma propre destinée ne m’intéressait presque pas. Étrange disposition d’esprit: je ne possédais que vingt louis; j’étais parmi des étrangers, sans position, sans moyens d’existence, sans espérances; et pourtant je n’avais à mon propre sujet aucun souci. N’eût été mon inquiétude à propos de Paulina, j’aurais ri bien volontiers en me demandant quel devait être le dénouement de tout ceci. Je sentais que la destinée de cette jeune fille était en jeu, mais je dois avouer que ce n’était pas sa destinée qui m’inquiétait le plus: c’était son secret. J’aurais voulu la voir venir à moi et me dire: «Tu sais bien que je t’aime!» Mais s’il n’en est rien, alors… alors, que désirer désormais? Eh! sais-je au juste ce que je désire? Je voudrais ne jamais la quitter, vivre dans son orbite, dans sa lumière, pour toujours, pour toute la vie. Je n’ai plus une seule autre pensée. Je ne pourrais même pas vivre loin d’elle.