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Il se sentait mourir, tomber en poussière, sans aucune résurrection possible et pour toujours. Il voulait fuir, mais dans tout l’univers il n’y avait pas un coin pour le cacher. Enfin, dans un accès de désespoir, il tendit toutes ses forces, cria et s’éveilla…
Il était couvert d’une sueur glacée. Autour de lui régnait un silence de mort dans une nuit profonde. Cependant il lui semble que quelque part continue son conte merveilleux, qu’une voix rauque entame en effet une longue conversation sur le sujet qu’il co
Il demeura toute une heure couché, les yeux ouverts, sans remuer un membre, dans un engourdissement d’épouvante. Enfin il se leva prudemment, constata avec joie que le terrible mal n’avait pas encore épuisé toutes ses forces. Le délire s’évanouissait; la réalité commençait.
Il remarqua qu’il était habillé comme pendant sa conversation avec Catherine et que, par conséquent, il ne s’était pas écoulé beaucoup de temps depuis qu’elle l’avait quitté. Le feu de la décision coulait dans ses veines. Par hasard, il toucha avec sa main un grand clou, enfoncé dans la cloison le long de laquelle on avait installé son lit. Il le saisit, s’y suspendit de tout son corps et arriva ainsi à une fente par où un mince rai de lumière filtrait dans sa chambre. Il appliqua l’œil contre cette fente, et, retenant son souffle, regarda.
Dans un coin de la petite chambre des maîtres, il y avait un lit devant lequel était placée une table couverte d’un tapis. De nombreux livres d’un grand format ancien, reliés, rappelant les livres liturgiques, étaient posés sur la table. Dans un angle était appendue une icône, aussi ancie
Ordynov se demandait si ce n’était pas son rêve qui continuait; même il en était sûr; mais son sang affluait dans sa tête et les artères de ses tempes battaient si fortement qu’il avait mal.
Il lâcha le clou, descendit du lit, et, en chancelant, s’avança comme un somnambule, ne comprenant pas l’excitation qui flambait comme un incendie dans son sang. Il arriva ainsi jusqu’à la porte de son logeur et la poussa violemment. Le loquet rouillé tomba et, dans le fracas et le bruit, il se trouva au milieu de la chambre.
Il vit comment Catherine, tout d’un coup, tressaillit, comment les yeux du vieillard brillèrent méchamment sous les sourcils froncés, et comment, soudain, la rage déforma son visage. Puis le vieillard, sans le quitter des yeux, chercha d’une main tremblante le fusil accroché au mur. Ordynov vit ensuite briller le canon du fusil dirigé par une main peu sûre, tremblante de fureur, contre sa poitrine… Le coup éclata. Un cri sauvage, qui n’avait presque rien d’humain, y répondit, et, quand se fut dissipée la fumée, un spectacle horrible frappa Ordynov.
Tremblant de tout son corps il se pencha sur le vieillard. Mourine était étendu sur le sol, le visage crispé, de l’écume sur ses lèvres grimaçantes. Ordynov comprit que le malheureux avait une crise d’épilepsie. Avec Catherine il se porta à son secours…
III.
Ordynov passa une mauvaise nuit. Le matin il sortit de bo
– Eh bien? Tu n’as rien entendu, cette nuit? demanda celui-ci.
– Oui, j’ai entendu.
– Qu’est-ce que c’est que cet homme? Qui est-il?
– C’est toi qui as loué, c’est à toi de savoir; moi je suis un étranger.
– Mais parleras-tu un jour! s’écria Ordynov hors de lui, en proie à une irritation maladive.
– Mais qu’est-ce que j’ai fait? C’est ta faute. Tu les as effrayés. En bas le fabricant de cercueils est sourd; eh bien, il a tout entendu. Et sa femme, qui est également sourde, a tout entendu aussi. Même, dans l’autre cour, c’est loin pourtant, on a entendu aussi. Voilà, j’irai chez le commissaire…
– J’irai moi-même, dit Ordynov, et il se dirigea vers la porte cochère.
– Comme tu voudras. Mais c’est toi qui as loué… Monsieur, Monsieur, attends!…
Ordynov regarda le portier, qui, par déférence, toucha son bo
– Eh bien?
– Si tu y vas, je préviendrai le propriétaire…
– Et puis, quoi?
– Il vaut mieux que tu partes d’ici.
– Tu n’es qu’un sot.
Ordynov voulut s’en aller.
– Monsieur! Monsieur! Attends… Et le portier porta de nouveau la main à son bo
– Monsieur! Pourquoi as-tu chassé un pauvre homme? Chasser un pauvre homme, c’est un péché. Dieu ne le permet pas.
– Écoute… Prends cela… Qui est-il?
– Qui il est?
– Oui.
– Je le dirai, même sans argent.
Le portier prit son balai, en do
– Tu es bon, Monsieur, mais si tu ne veux pas vivre avec un brave homme, à ta guise. Voilà ce que je te dirai…
Et le Tatar regarda Ordynov d’une façon encore plus expressive, puis se mit à balayer, comme s’il était fâché. Enfin, prenant l’air d’avoir terminé quelque affaire importante, il s’approcha mystérieusement d’Ordynov, et, avec une mimique expressive, prononça:
– Lui, voilà ce qu’il est…
– Quoi? Qu’est-ce que cela veut dire?