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Longtemps et sans idées nettes, il erra dans les rues et les ruelles populeuses ou désertes et enfin il arriva à un endroit écarté qui n’était déjà plus la ville et où s’étendait un champ jauni. Ce silence profond lui communiqua une impression qu’il n’avait pas éprouvée depuis longtemps, et il se ressaisit. C’était une de ces journées sèches et froides comme il y en à parfois à Pétersbourg, en octobre. Non loin de là il y avait une isba et, tout près, deux meules de foin. Un petit cheval, aux côtes saillantes, la tête baissée, la langue pendante, était là sans harnais, à côté d’un petit char à deux roues; il semblait songer à quelque chose. Un chien, en grognant, rongeait un os près d’une roue brisée. Un enfant de trois ans, vêtu d’une simple chemise, tout en grattant sa tête blonde, regardait avec éto

La femme inco

Elle était à genoux, à l’entrée même, parmi la foule des fidèles. Ordynov se fraya un chemin à travers les mendiants, les vieilles femmes en guenilles, les malades et les estropiés qui attendaient l’aumône à la porte de l’église, et il vint se mettre à genoux à côté de son inco

Cette sensibilité extrême ainsi que cette pureté et cette faiblesse du sentiment étaient-elles développées par la solitude? Cet élan du cœur se préparait-il dans le silence angoissant, étouffant, infini, des longues nuits sans sommeil, traversées par les aspirations inconscientes et les tressaillements de l’esprit impatient, ou tout simplement le moment était-il venu, était-ce la minute sole

Le service prit fin sans même qu’il s’en aperçût, et il se retrouva suivant son inco

À ce moment, soudain, dans la foule, parut le vieillard de la veille. Il la prit par le bras. Ordynov rencontra de nouveau son regard mauvais et moqueur et une colère étrange, subite, le mordit au cœur. Les ayant perdus de vue dans l’obscurité, d’un effort violent, il s’élança en avant et sortit de l’église. Mais l’air frais du soir ne pouvait le rafraîchir. Sa respiration s’arrêtait, se faisant de plus en plus rare; son cœur se mit à battre lentement et fortement, comme s’il voulait lui rompre la poitrine. Enfin il s’aperçut qu’il avait complètement perdu ses inco

Le lendemain, à huit heures du matin, il se rendit à la maison, du côté de la ruelle, et pénétra dans une petite cour étroite, sale et puante, qui était quelque chose comme la fosse à ordures de la maison.

Le portier occupé à quelque besogne dans la cour s’arrêta, le menton appuyé sur le manche de sa pelle, et regarda Ordynov de la tête aux pieds; puis il lui demanda ce qu’il désirait.

Le portier était un jeune garçon de vingt-cinq ans, d’origine tatare, au visage vieilli, ridé, de petite taille.

– Je cherche un logement, répondit Ordynov nerveusement.

– Lequel? demanda le portier avec un sourire. Il regardait Ordynov comme s’il co

– Je voudrais louer une chambre chez des locataires, dit Ordynov.

– Dans cette cour, il n’y en a pas, dit le portier, d’un air mystérieux.

– Et ici?

– Ici non plus.

Le portier reprit sa pelle.

– Peut-être m’en cèdera-t-on une tout de même? insista Ordynov en glissant dix kopecks au portier.

Le Tatar regarda Ordynov, empocha la pièce, reprit de nouveau sa pelle, et, après un court silence, répéta qu’il n’y avait rien à louer.

Mais déjà le jeune homme ne l’écoutait plus. Il montait sur les planches pourries, jetées à travers une large flaque d’eau, conduisant à la seule entrée qu’avait, dans cette cour, le pavillon noir, sale, comme noyé dans cette eau bourbeuse.

Au rez-de-chaussée du pavillon habitait un pauvre fabricant de cercueils. Ordynov passa devant son atelier et, par un escalier glissant, en colimaçon, il monta à l’étage supérieur. En tâto

– Que veux-tu? dit-il brièvement, presque chuchotant.

– Est-ce qu’il y a un logement? demanda Ordynov, oubliant presque tout ce qu’il voulait dire. Derrière l’épaule du vieillard, il aperçut son inco

Le vieux, sans répondre, se mit à refermer la porte en poussant avec elle Ordynov.

– Il y a une chambre, fit tout à coup la voix douce de la jeune femme.