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– Et ton bonheur, l’as-tu acheté par beaucoup de chagrin? fit Ordynov, et sa voix tremblait d’émotion.

– Probablement, Monsieur, que tu as beaucoup de bonheur à vendre, dit le vieillard. De quoi te mêles-tu?

Et soudain il se mit à rire méchamment en regardant avec colère Ordynov.

– Je l’ai acheté ce que je l’ai acheté, repartit Catherine… Aux uns cela paraîtrait bien cher, aux autres très bon marché… L’un veut tout vendre et ne rien perdre; l’autre ne promet rien, mais le cœur obéissant le suit… Et toi, ne fais pas de reproches à un homme, ajouta-t-elle en regardant tristement Ordynov; verse donc du vin dans ta coupe, vieillard. Bois au bonheur de ta fille, de ta douce esclave obéissante, telle qu’elle était quand elle t’a co

– Soit! Remplis donc aussi la tie

– Attends, vieillard, ne bois pas encore, laisse-moi auparavant te dire quelque chose…

Catherine avait les bras appuyés sur la table et, fixement, avec des yeux ardents et passio

– Ici, dans ma main, mon ami, lis, avant que ton esprit ne soit obscurci. Voici ma main blanche! Ce n’est pas en vain que les hommes de chez nous t’appelaient le sorcier. Tu as appris dans les livres et tu co

Son animation croissait au fur et à mesure qu’elle parlait, mais, tout d’un coup, l’émotion brisa sa voix, comme si un tourbillon emportait son cœur. Ses yeux brillaient, sa lèvre supérieure tremblait un peu. Elle se penchait à travers la table vers le vieillard et, fixement, avec une attention avide, regardait ses yeux troublés.

Ordynov perçut tout à coup les battements de son cœur, quand elle cessa de parler… Il poussa un cri d’enthousiasme en la regardant et voulut se lever du banc. Mais le regard rapide, furtif du vieillard le cloua de nouveau sur place. Un mélange étrange de mépris, de raillerie, d’inquiétude, d’impatience et en même temps de curiosité méchante, rusée, brillait dans ce regard furtif, rapide, qui faisait chaque fois tressaillir Ordynov et qui, chaque fois, remplissait son cœur de dépit et de colère impuissante.

Pensivement, avec une curiosité attristée, le vieillard regardait Catherine. Son cœur était meurtri, mais aucun muscle de son visage ne tressaillait. Il sourit seulement quand elle eut terminé.

– Tu veux savoir beaucoup de choses en une fois, mon petit oiseau à peine sorti du nid! Verse-moi donc plus vite à boire dans cette coupe profonde. Buvons d’abord pour la paix… autrement quelque œil noir impur gâterait mes souhaits… Satan est puissant!

Il leva sa coupe et but. Plus il buvait, plus il devenait pâle. Ses yeux étaient rouges comme des charbons, et leur éclat fiévreux et la teinte bleuâtre du visage présageaient pour bientôt un nouvel accès du mal.

Le vin était fort, en sorte que chaque nouvelle coupe brouillait de plus en plus les yeux d’Ordynov. Son sang fiévreux, enflammé, n’en pouvait supporter davantage. Sa raison se troublait, son inquiétude grandissait.

Il se versa du vin et but une gorgée, ne sachant plus ce qu’il faisait ni comment apaiser son émotion croissante, et son sang coulait encore plus rapide dans ses veines. Il était comme en délire et pouvait à peine saisir, en tendant toute son attention, ce qui se passait autour de lui.

Le vieux frappa avec bruit sa coupe d’argent sur la table.

– Verse, Catherine! s’écria-t-il. Verse encore, méchante fille! Verse jusqu’au bout! Endors le vieillard jusqu’à la mort!… Verse encore, verse, ma belle… Et toi, pourquoi as-tu bu si peu?… Tu penses que je n’ai pas remarqué…

Catherine lui répondit quelque chose qu’Ordynov n’entendit point. Le vieillard ne la laissa pas achever. Il la saisit par la main, comme s’il n’avait plus la force de retenir tout ce qui oppressait sa poitrine. Son visage était pâle, ses yeux tantôt s’obscurcissaient, tantôt brillaient avec éclat, ses lèvres pâles tremblaient, et d’une voix dans laquelle s’entendait parfois une joie étrange, il lui disait:

– Do