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» Je ne l’ai pas prononcée», chuchota Catherine en pâlissant… Elle n’acheva point.
– Catherine! éclata soudain une voix sourde et rauque.
Ordynov tressaillit. Dans la porte se tenait Mourine. Il était à peine vêtu, une couverture de fourrure jetée sur lui, pâle comme un mort. Il les fixait d’un œil presque fou. Catherine de plus en plus pâle le regardait aussi, comme hypnotisée.
– Viens chez moi, Catherine, prononça le vieillard d’une voix à peine perceptible; et il sortit de la chambre.
Catherine, toujours immobile, regardait dans l’espace comme si le vieillard se trouvait encore devant elle. Mais, tout à coup, le sang empourpra ses joues pâles. Ordynov se rappela leur première rencontre.
– Alors, à demain, mes larmes! dit-elle presque en souriant. À demain. Rappelle-toi où je me suis arrêtée…: «Choisis un des deux, ma belle… Qui tu aimes et qui tu n’aimes pas.» Tu te rappelleras?… Tu attendras une nuit? ajouta-t-elle en posant les mains sur les épaules d’Ordynov et le regardant avec tendresse.
– Catherine, ne va pas chez lui, ne te perds pas… Il est fou! chuchota Ordynov, qui tremblait pour elle.
– Catherine! appela la voix derrière la cloison.
– Quoi? Tu penses qu’il me tuera? demanda Catherine en riant. Bo
– Catherine, Catherine, murmura Ordynov en tombant à genoux devant elle et tâchant de la retenir. Catherine!
Elle se retourna, lui fit signe de la tête en souriant et sortit de la chambre.
Ordynov l’entendit entrer chez Mourine. Il retint son souffle et écouta, mais aucun son ne lui parvenait. Le vieux se taisait ou, peut-être, était-il de nouveau sans co
Ordynov voulait aller près d’elle, mais ses jambes chancelaient… Il se sentit pris de faiblesse et s’assit sur le lit.
II.
Quand il s’éveilla, il fut longtemps avant de se rendre compte de l’heure. Était-ce l’aube ou le crépuscule? Dans sa chambre il faisait toujours noir. Il ne pouvait définir exactement combien de temps il avait dormi, mais il sentait que son sommeil avait été maladif. Il passa la main sur son visage, comme pour chasser les rêves et les visions nocturnes. Mais quand il voulut poser le pied sur le parquet il eut la sensation que son corps était brisé; ses membres las refusaient d’obéir. La tête lui faisait mal et tout tournait autour de lui. Son corps tantôt frisso
Presque au même instant, comme en réponse à son angoisse, en réponse à son cœur frémissant, réso
Ordynov, sans attendre la fin de la chanson, se leva du lit. La chanson s’arrêta aussitôt.
– Bonjour, mon aimé, prononçait la voix de Catherine. Lève-toi, viens chez nous, éveille-toi pour la joie claire. Nous t’attendons, moi et mon maître; nous sommes des braves gens… Nous sommes soumis à ta volonté… Éteins la haine par l’amour… Dis une douce parole!
Ordynov sortit de sa chambre à son premier appel et se rendit presque inconsciemment chez ses logeurs. La porte s’ouvrit devant lui et, clair comme le soleil, brilla le sourire de sa belle logeuse. À ce moment il ne vit et n’entendit qu’elle. Instantanément, toute sa vie, toute sa joie, se fondirent dans son cœur en l’image claire de Catherine.
– Deux aurores ont passé depuis que nous nous sommes vus, dit-elle en lui serrant la main. La seconde, à présent, s’éteint. Regarde par la fenêtre… Ce sont comme les deux aurores de l’amour d’une jeune fille, ajouta en souriant Catherine: La première empourpre son visage sous le coup de la première honte, lorsque son cœur solitaire se met à battre pour la première fois; et la seconde, lorsque la jeune fille oublie sa première honte, brûle comme la flamme, oppresse sa poitrine et fait monter à ses joues le sang vermeil… Entre, entre dans notre maison, bon jeune homme. Pourquoi restes-tu sur le seuil? Sois le bienvenu, le maître te salue…
Avec un rire sonore comme une musique elle prit la main d’Ordynov et l’introduisit dans la chambre. La timidité s’emparait de son cœur. Toute la flamme qui incendiait sa poitrine tout d’un coup paraissait s’éteindre. Confus, il baissa les yeux. Il avait peur de la regarder. Elle était si merveilleusement belle qu’il craignait que son cœur ne pût supporter son regard brûlant. Jamais encore il n’avait vu Catherine ainsi. Le rire et la gaîté pour la première fois éclairaient son visage et avaient séché les tristes larmes sur ses cils noirs. Sa main tremblait dans la sie
– Lève-toi donc, vieillard! dit-elle enfin. Prononce le mot de bienvenue à notre hôte… Un hôte, c’est comme un frère! Lève-toi donc, vieillard orgueilleux, salue, prends la main blanche de ton hôte et fais-le asseoir devant la table!