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– C’est que…

– Êtes-vous l’ami de la famille, tenez-vous au grand nom qu’il va couvrir de boue et vouer à l’infamie?

– Non, mais je m’inquiète de Laurence, monsieur, sa chère pensée ne me quitte pas.

– Mais elle n’est pas complice, mais elle ignore tout, tout nous le dit et nous l’affirme, elle ignore que son amant a assassiné sa femme.

– En effet, reprit le père Plantat, Laurence est i

– Vous et moi aidant, monsieur, elle démontrera victorieusement qu’elle ignorait tout, qu’elle a été abominablement trompée.

– Soit! En sera-t-elle moins déshonorée, perdue à tout jamais! Ne lui faudra-t-il pas, quand même, paraître à l’audience, répondre aux questions du président, raconter au public sa honte et ses malheurs? Ne faudra-t-il pas qu’elle dise où, quand et comment elle a failli, qu’elle répète les paroles de son séducteur, qu’elle énumère les rendez-vous? Comprenez-vous qu’elle se soit résignée à a

– Non, répondit l’agent de la Sûreté, n’exagérons rien. Vous savez comme moi que la justice a des ménagements infinis pour les i

– Des ménagements? Eh! la justice en pourrait-elle garder, quand elle le voudrait, avec cette absurde publicité qu’on do

Le vieux juge de paix s’exprimait avec une violence extrême, mais simplement, sans ces phrases pompeuses de la passion, toujours emphatique quoi qu’on prétende. La colère allumait dans ses yeux des paillettes de feu, il était jeune, il avait vingt ans, il aimait et il défendait la femme aimée.

Comme l’agent de la Sûreté se taisait, il insista:

– Répondez.

– Qui sait? fit M. Lecoq.

– Pourquoi chercher à m’abuser? reprit le père Plantat. N’ai-je pas, autant que vous, l’expérience des choses de la justice? Si Trémorel est jugé, c’en est fait de Laurence. Et je l’aime! Oui, à vous j’ose l’avouer, à vous je laisse voir l’immensité de mon malheur, je l’aime comme jamais je ne l’ai aimée. Elle est déshonorée, vouée au mépris, elle adore peut-être ce misérable dont elle va avoir un fils, qu’importe? Tenez, je l’aime mille fois plus qu’avant sa faute, car alors je l’aimais sans espoir, tandis que maintenant…

Il s’arrêta, épouvanté de ce qu’il allait dire. Il baissait les yeux sous le regard de l’agent de la Sûreté, rougissant de cet espoir honteux et pourtant si humain qu’il venait de laisser entrevoir.

– Vous savez tout, maintenant, reprit-il d’un ton plus calme; consentirez-vous à m’assister. Ah! si vous vouliez m’aider, je ne croirais pas m’acquitter envers vous en vous do

M. Lecoq l’arrêta d’un geste impérieux.

– Assez, monsieur, dit-il d’un ton amer, assez, de grâce. Je puis rendre un service à un homme que j’estime, que j’aime, que je plains de toute mon âme, mais ce service je ne saurais le lui vendre.

– Croyez, balbutia le père Plantat interdit, que je ne voulais pas…

– Si, monsieur, si, vous vouliez me payer. Oh ne vous défendez pas, ne niez pas. Il est, je ne le sais que trop, de ces professions fatales où l’homme et la probité semblent compter pour rien. Pourquoi m’offrir de l’argent? Quelle raison avez-vous de me juger vil à ce point qu’on puisse acheter mes complaisances. Vous êtes donc comme les autres, qui ne sauraient se faire une idée de ce qu’est un homme dans ma position! Si je voulais être riche, plus riche que vous, monsieur le juge de paix, je le serais dans quinze jours. Ne devinez-vous donc pas que je tiens entre mes mains l’ho

Il était indigné, on le voyait, mais sous sa colère on sentait une certaine résignation désolée. Bien des fois il avait eu à repousser des offres semblables.

– Allez donc, poursuivit-il, lutter contre un préjugé établi depuis des siècles. Allez donc dire qu’un agent de la Sûreté est ho