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Quand par malheur on a mis le docteur Gendron sur les poisons, il est difficile de l’arrêter. Mais, d’un autre côté, M. Lecoq ne perd jamais son but de vue.
– Pardon de vous interrompre, docteur, fit-il, retrouverait-on des traces d’aconitine dans un cadavre inhumé depuis près de deux ans. Car enfin, M. Domini va vouloir l’exhumation.
– Les réactifs de l’aconitine, monsieur, ne sont pas assez co
– Diable, fit M. Lecoq, voilà qui est contrariant.
Le docteur eut un sourire de triomphe.
– Rassurez-vous, dit-il, le procédé n’existait pas, je l’ai inventé.
– Ah! s’écria le père Plantat, votre papier sensibilisé.
– Précisément.
– Et vous retrouveriez de l’aconitine dans le corps de Sauvresy.
– Je retrouverais, monsieur l’agent, un milligramme d’aconitine dans un tombereau de fumier.
M. Lecoq paraissait radieux, comme un homme qui acquiert la certitude de mener à bo
– Eh bien! s’écria-t-il voici qui est terminé, notre instruction est complète. Les antécédents des victimes exposés par monsieur le juge de paix nous do
M. Lecoq parlait avec une animation extraordinaire, et comme s’il eût eu quelques motifs perso
– Il est clair maintenant, poursuivait-il, que c’est Mlle Courtois qui a mis fin aux éternelles irrésolutions du comte de Trémorel. Sa passion pour elle, irritée par les obstacles, devait toucher au délire. En apprenant la grossesse de sa maîtresse – car elle est réellement enceinte, je le parierais – ce misérable, perdant la tête, a oublié toute prudence et toute mesure. Il devait être si las d’un supplice qui, pour lui, recommençait tous les matins! Il s’est vu perdu, il a vu sa terrible femme se livrant pour avoir le bonheur de le livrer. Épouvanté, il a pris les devants et s’est décidé au meurtre. Cet événement a été le coup de fouet qui fait franchir le fossé.
Bien des circonstances qui établissaient la certitude de l’agent de la Sûreté avaient nécessairement échappé au docteur Gendron.
– Quoi! s’écria-t-il stupéfait, vous croyez à la complicité de Mlle Laurence.
L’homme de la préfecture eut un geste d’énergique protestation.
– Non, monsieur le docteur, répondit-il, non certainement, le ciel me préserve d’une pareille idée. Mademoiselle Courtois a ignoré et ignore le crime. Mais elle savait que Trémorel abando
– Mais cette lettre, fit le médecin, cette lettre!
Depuis qu’il était question de Laurence, le père Plantat dissimulait mal ses angoisses et ses émotions.
– Cette lettre, s’écria-t-il, qui plonge toute une famille dans la plus affreuse douleur, qui tuera peut-être mon pauvre Courtois, n’est qu’une scène de la comédie infâme imaginée par le comte.
– Oh! fit le docteur révolté, est-ce possible?
– Je suis absolument de l’avis de monsieur le juge de paix, affirma l’agent de la Sûreté. Hier soir, chez monsieur le maire, nous avons eu en même temps le même soupçon. J’ai lu et relu la lettre de Mlle Laurence, et je parierais qu’elle n’est pas d’elle. Le comte de Trémorel lui a imposé un brouillon qu’elle a copié. Ne nous abusons pas, messieurs, cette lettre a été méditée, réfléchie, composée à loisir. Non, ce ne sont pas, ce ne peuvent être là les expressions d’une malheureuse jeune fille de vingt ans qui va se tuer pour échapper au désho
– Peut-être êtes-vous dans le vrai, fit le docteur, visiblement ébranlé; mais comment pouvez-vous imaginer que M. de Trémorel a réussi à décider Mlle Courtois à cet abominable expédient?
– Comment! Tenez, docteur, je ne suis pas un grand Grec en pareille matière, ayant eu rarement l’occasion d’étudier sur le vif les sentiments des demoiselles bien nées, et pourtant la chose me semble fort simple. Une jeune fille, dans la situation où se trouve Mlle Courtois, qui sent approcher le moment fatal où sa honte sera publique, doit être prête à tout, décidée à tout, même à mourir.
Le père Plantat eut comme un gémissement. Une conversation qu’il avait eue avec Laurence lui revenait à l’esprit. Elle lui avait demandé – il se le rappelait – des renseignements sur certaines plantes vénéneuses qu’il cultivait, s’inquiétant beaucoup des moyens qu’on emploie pour en extraire les sucs mortels.
– Oui, dit-il, elle a songé à mourir.
– Eh bien! reprit l’agent de la Sûreté, c’est à moment où ces pensées funèbres hantaient l’esprit de la pauvre enfant, que le comte de Trémorel a pu facilement achever son œuvre de perdition. Elle lui disait sans doute qu’elle préférait la mort à la honte, il lui a prouvé qu’étant enceinte, elle n’avait pas le droit de se tuer. Il lui a dit qu’il était bien malheureux, que n’étant pas libre, il ne pouvait réparer l’horrible faute, mais il lui a offert en même temps de lui sacrifier se vie.
Que devait-elle faire pour tout sauver? Abando
Et elle a consenti à tout, elle a fui, elle a recopié et jeté à la poste la lettre infâme préparée par son amant.