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Le maire d’Orcival devait, le surlendemain, se rendre à Fontainebleau avec toute sa famille, et il avait proposé au comte de Trémorel de l’accompagner. Hector avait accepté l’offre avec empressement, on devait atteler à une grande voiture de chasse quatre chevaux qu’il conduirait à grandes guides, M. Courtois ayant – et avec raison – la plus grande confiance en son habileté.
Or, Berthe qui ne pouvait tolérer cette idée, qu’il passerait toute une journée avec Laurence, venait le conjurer de se dégager. Il ne manquait pas, elle le lui prouvait, de prétextes excellents. Était-il convenable qu’il s’en allât en partie de plaisir pendant que l’existence de son ami était en péril!
Il ne voulait pas absolument d’abord. Mais à force de prières et surtout de menaces, elle le décida, et elle ne descendit qu’après qu’il lui eut juré qu’il écrirait, le soir même une lettre d’excuses à M. Courtois. Il tint sa parole, mais il finissait par être excédé de cette tyra
De plus en plus, la chaîne devenait lourde et le meurtrissait, et il commençait à comprendre qu’elle ne se délierait pas seule, à la longue, mais que tôt ou tard il lui faudrait la briser.
Il n’avait jamais aimé Berthe, ni Fancy, ni perso
Le million qui devait former sa couro
Mais cette Berthe, il la redoutait trop pour la braver ainsi tout à coup, et il se résigna à attendre encore, à ruser. Dès le demain de la scène au sujet de Fontainebleau, il se déclara souffrant, attribuant son malaise au manque d’exercice, et tous les jours il monta à cheval deux ou trois heures. Il n’allait pas bien loin; il allait jusque chez M. Courtois.
Berthe, tout d’abord, n’avait rien vu de suspect à ces promenades du comte de Trémorel. Il sortait à cheval et cela la rassurait, comme certains maris qui se croient à l’abri de tout malheur parce que leur femme ne se promène qu’en voiture.
Mais après quelques jours, l’examinant mieux, elle crut découvrir en lui une certaine satisfaction intime qu’il s’efforçait de voiler sous une contenance fatiguée. Il avait beau faire, il se dégageait de toute sa perso
Elle eut des doutes, et ils grandirent à chaque sortie nouvelle. Les plus tristes conjectures l’agitaient tant qu’Hector était absent. Où allait-il? Probablement rendre visite à cette Laurence qu’elle redoutait et détestait.
Ses pressentiments de maîtresse jalouse ne la trompaient pas, elle le vit bien.
Un soir, Hector reparut, portant à sa bouto
Berthe prit doucement cette fleur, l’examina, la flaira, et se contraignant à sourire alors qu’elle endurait les plus cruels déchirements de la jalousie:
– Voici, dit-elle, une charmante variété de bruyère.
– C’est ce qu’il m’a semblé, répondit Hector d’un ton dégagé, bien que je ne m’y co
– Y a-t-il de l’indiscrétion à vous demander qui vous l’a do
– Aucune. C’est un cadeau de notre cher juge de paix, le père Plantat.
Tout Orcival savait parfaitement que, de sa vie, le juge de paix, ce vieil horticulteur maniaque, n’avait do
– Vous m’aviez promis, Hector, commença-t-elle de cesser de voir Mlle Courtois, de renoncer à ce mariage.
Il essaya de répondre.
– Laissez-moi parler, fit-elle, vous vous expliquerez après. Vous avez manqué à votre parole, vous vous êtes joué de ma confiance, je suis folle de m’en éto
Aussitôt, sans attendre sa réplique, elle entama l’éternelle litanie des femmes séduites ou qui prétendent l’avoir été. Pourquoi était-il venu? Elle était heureuse dans son ménage, avant de le co
Trémorel l’écoutait, abasourdi de son audace. C’était à n’y pas croire! quoi! elle osait prétendre que c’était lui qui avait abusé de son inexpérience, quand, au contraire, la co
Mais elle l’avait si bien poussé à bout, elle lui avait si rudement fait sentir son implacable volonté, qu’il était décidé à tout plutôt que de subir davantage ce despotisme. Il s’était promis qu’à la première occasion il résisterait. Il résista.
– Eh bien, oui, déclara-t-il nettement, je vous trompais, je n’ai pas d’avenir, ce mariage m’en assure un, je me marie.
Et il reprit tous ses raiso
– La preuve, continuait-il, c’est que si demain vous me trouviez une femme ayant douze cent mille francs au lieu d’un million, je l’épouserais préférablement à Mlle Courtois.
Jamais elle ne lui aurait cru tant de courage. Il y avait si longtemps qu’elle le pétrissait comme la cire molle, que cette résistance inattendue la déconcerta. Elle était indignée, mais en même temps elle éprouvait cette satisfaction malsaine qui délecte certaines femmes lorsqu’elles rencontrent un maître qui les bat, et son amour pour Trémorel, qui allait faiblissant, reprenait une nouvelle énergie. Puis il avait trouvé cette fois des accents pour la convaincre. Elle le méprisait assez pour le supposer très capable de se marier uniquement pour de l’argent.
Quand il eut terminé:
– C’est donc bien vrai, lui dit-elle, vous ne tenez qu’au million?
– Je vous l’ai juré cent fois.