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Pouvait-il habiter éternellement le Valfeuillu! Avec ses goûts et ses habitudes, que ferait-il de quinze mille livres de rentes? À trente ans, il est temps ou jamais de songer à l’avenir. M. Courtois do

Et il se faisait ignoble et bas à plaisir, se calomniant, jurant que ce mariage n’était qu’une affaire, un marché, qu’il échangeait simplement son nom et son titre contre de l’argent.

Berthe l’arrêta d’un regard écrasant de mépris.

– Épargnez-vous d’autres lâchetés, dit-elle, vous aimez Laurence.

Il voulut protester; il se révoltait.

– Assez, reprit Berthe. Une autre femme vous ferait des reproches, moi je vous déclare simplement que le mariage ne se fera pas; je ne le veux pas. Croyez-moi, renoncez-y franchement, ne me forcez pas à agir.

Elle se retira, fermant la porte avec violence, laissant Hector furieux.

«Comme elle me traite, se disait-il. Une reine ne parlerait pas autrement à un manant qu’elle aurait élevé jusqu’à elle. Ah! elle ne veut pas que j’épouse Laurence!…»

Mais, avec le sang-froid, les réflexions les plus inquiétantes lui venaient. S’il s’obstinait à poursuivre ce mariage, Berthe ne mettrait-elle pas ses menaces à exécution? Si, évidemment; c’était, il ne le sentait que trop, une de ces femmes qui ne reculent jamais, que rien ne touche, que nulle considération humaine n’est capable d’arrêter.

Quant à ce qu’elle ferait, il le devinait, ou plutôt il le savait d’après ce qu’elle lui avait dit une fois, dans une grande querelle, à propos de miss Fancy:

– J’irai tout avouer à Sauvresy, et nous serons plus liés par la honte que par toutes les formules de l’église et de la mairie.

Voilà certainement le moyen qu’elle comptait employer pour rompre ce mariage qui lui semblait odieux.

Et à l’idée que son ami saurait tout, le comte de Trémorel frisso

«Que fera-t-il, pensait Hector, si Berthe lui dit tout? Il tâchera de me tuer roide, c’est ainsi que j’agirais à sa place. Supposons qu’il me manque. Me voilà obligé de me battre en duel avec lui, et forcé, si je m’en tire, de quitter le pays. Et quoi qu’il arrive, mon mariage est irrévocablement rompu et Berthe me retombe sur les bras pour l’éternité.»

En vain il réfléchissait, il ne voyait nulle issue à l’horrible situation qu’il s’était faite.

«Il faut attendre», s’était-il dit.

Et il attendait, se cachant pour aller chez M. Courtois, car il aimait vraiment Laurence. Il attendait, dévoré d’anxiétés, se débattant entre les instances de Sauvresy et les menaces de Berthe.

Comme il la détestait, cette femme, qui le tenait, dont la volonté le faisait plier comme l’osier! Rien ne pouvait ébranler son entêtement féroce. Elle n’était sensible qu’à son idée fixe. Il avait pensé qu’il lui serait agréable en congédiant Je

– Berthe, je ne reverrai de ma vie miss Fancy.

Elle lui répondit ironiquement:

– Mlle Courtois vous en sera fort reco

Ce soir-là même, Sauvresy traversant la cour vit devant la grille un mendiant qui lui faisait des signes.

Il s’approcha:

– Que demandez-vous, mon brave homme?

Le mendiant jeta autour de lui un coup d’œil pour s’assurer que perso

– Je suis chargé, monsieur, répondit-il rapidement et à voix basse, de vous faire tenir un mot d’écrit que j’ai là. On m’a bien recommandé de ne le remettre qu’à vous, et encore, en vous priant de le lire sans être vu.

Et il glissait mystérieusement dans la main de Sauvresy un billet soigneusement cacheté.

– Ça vient d’une jolie dame, ajouta-t-il en clignant de l’œil, on co

Sauvresy, le dos tourné à la maison, avait ouvert le billet et lisait:

«Monsieur,

Vous rendrez un immense service à une pauvre fille, bien malheureuse, en prenant la peine de venir demain jusqu’à Corbeil, à l’hôtel de la Belle-Image, où on vous attendra toute la journée.

Votre humble servante, Je

Il y avait encore en post-scriptum:

«De grâce, monsieur, je vous en conjure, pas un mot de ma démarche à M. le comte de Trémorel.»

«Eh! eh! pensa Sauvresy, il y a de la brouille dans le ménage illégitime de ce cher Hector, c’est bon signe pour le mariage.»

– Monsieur, insista le mendiant, on m’a dit qu’il y avait une réponse.

– Dites, répondit Sauvresy en lui jetant une pièce de quarante sous, dites que j’irai.

17

Le lendemain, le temps était froid et humide. Il faisait un brouillard si épais qu’on ne distinguait pas les objets à dix pas devant soi. Cependant, à l’issue du déjeuner, Sauvresy prit son fusil et siffla ses chiens.

– Je vais faire un tour dans les bois de Mauprévoir, dit-il.

– Singulière idée! remarqua Hector, une fois sous bois, tu ne verras seulement pas le bout du canon de ton fusil.

– Que m’importe, pourvu que j’aperçoive quelques faisans.

Ce n’était qu’un prétexte, car en sortant du Valfeuillu, Sauvresy prit à droite la route de Corbeil, et une demi-heure plus tard, fidèle à sa promesse, il entrait à l’hôtel de la Belle-Image.

Miss Fancy l’attendait dans cette grande chambre à deux lits qu’on lui réservait toujours depuis qu’elle était une des bo

Sur la table, près de la cheminée où brûlait un grand feu, se trouvait encore son déjeuner auquel elle n’avait pas touché.

Lorsque Sauvresy entra, elle se leva pour aller à sa rencontre, lui tendant amicalement la main:

– Merci, lui disait-elle, merci d’être venu. Ah! vous êtes bon, vous.

Je

– Vous souffrez, madame? demanda-t-il.

– Oh! oui, monsieur, oui, cruellement.

Les larmes l’étouffaient, elle cachait sa figure sous son mouchoir.