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Le père Plantat ne répondit pas, mais Lecoq comprit qu’il lui serait impossible de rester si longtemps debout, après les fatigues de la journée, ému comme il l’était et n’ayant rien pris depuis la veille. Il l’entraîna donc dans un café voisin et le força de tremper un biscuit dans un verre de vin. Puis, sentant bien que toute conversation serait importune à cet homme si malheureux, il prit un journal du soir et bientôt parut absorbé par les nouvelles d’Allemagne.

La tête renversée sur le dossier de la banquette de velours, l’œil perdu dans le vide, le vieux juge de paix repassait dans son esprit les événements de ces quatre a

Neuf heures so

– Partons, dit-il.

Le père Plantat le suivait d’un pas plus assuré, et bientôt, accompagnés des hommes de M. Job, ils arrivèrent devant l’hôtel occupé par M. Wilson.

– Vous autres, dit M. Lecoq à ses agents, vous attendrez pour entrer que j’appelle, je vais laisser la porte entrouverte.

Au premier coup de so

– M. Wilson? demanda M. Lecoq.

– Il est absent.

– Je parlerai à madame, alors.

– Elle est absente aussi.

– Très bien! seulement, comme il faut absolument que je parle à Mme Wilson, je vais monter.

Le concierge s’apprêtait à une vive résistance, mais M. Lecoq ayant appelé ses hommes, il comprit à qui il avait affaire et, plein de prudence, il se tut.

L’agent de la Sûreté posta alors six de ses hommes dans la cour, dans une position telle qu’on pût aisément les apercevoir des fenêtres du premier étage, et ordo

Ces mesures prises, il revint au concierge.

– Toi, mon brave, commanda-t-il, attention. Quand ton maître qui est sorti, va rentrer, garde-toi bien de lui dire que la maison est cernée et que nous sommes là-haut; un seul mot te compromettrait terriblement…

Si menaçant étaient l’air et le ton de M. Lecoq, que le portier frémit, il se vit au fond des plus humides cachots.

– Je suis aveugle, répondit-il, je suis muet.

– Combien y a-t-il de domestiques dans l’hôtel?

– Trois, mais ils sont sortis.

L’agent de la Sûreté prit alors le bras du père Plantat et le tenant fortement:

– Vous le voyez, monsieur, dit-il, tout est pour nous. Venez, et au nom de Mlle Laurence, du courage!

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Toutes les prévisions de M. Lecoq se réalisaient. Laurence n’était pas morte, sa lettre à sa famille n’était qu’une odieuse tromperie. C’était bien elle, qui sous le nom de Mme Wilson habitait l’hôtel où venaient de pénétrer le père Plantat et l’agent de la Sûreté.

Comment la belle et noble jeune fille tant aimée du juge d’Orcival en était-elle venue à ces extrémités affreuses? C’est que la logique de la vie, hélas! enchaîne fatalement les unes aux autres toutes nos déterminations. C’est que souvent une action indifférente, peu répréhensible en elle-même, peut être le point de départ d’un crime. Chacune de nos résolutions nouvelles dépend de celles qui l’ont précédées et en est la conséquence mathématique, en quelque sorte, comme le total d’une addition est le produit des chiffres posés.

Malheur à celui qui, pris au bord de l’abîme d’un premier vertige, ne fuit pas au plus vite sans détourner la tête; c’en est fait de lui. Bientôt, cédant à une attraction irrésistible, il s’approche bravant le péril, son pied glisse, il est perdu. Vainement revenu au sentiment de la réalité il fera, pour se retenir, d’incroyables efforts, il n’y parviendra pas; à peine réussira-t-il à retarder sa chute définitive. Quoi qu’il fasse et qu’il tente, il roulera plus bas, toujours plus bas, jusqu’à ce qu’il arrive au fond, tout au fond du gouffre.

Ainsi Trémorel n’avait rien de l’implacable caractère des assassins, il n’était que faible et lâche; et cependant il avait commis d’abominables crimes. Tous ses forfaits remontaient au premier sentiment d’envie qu’il avait ressenti contre Sauvresy et qu’il n’avait pas pris la peine de vaincre. Dieu a dit à la mer: Tu n’iras pas plus loin; mais il n’est pas d’homme qui, brisant la digue de ses passions, sache où elles s’arrêteront.

Ainsi, le jour où Laurence, la pauvre enfant, éprise de Trémorel, s’était laissé serrer la main en se cachant de sa mère, elle était une fille perdue. Le serrement de main l’avait amenée à feindre le suicide pour fuir avec son amant; il pouvait aussi bien la conduire à l’infanticide.

Restée seule après le départ d’Hector attiré au faubourg Saint-Germain par la lettre de M. Lecoq, la malheureuse Laurence s’efforçait de remonter le cours des événements depuis une a

Était-ce bien elle, qui était là dans une maison inco

Était-ce bien elle, enfin, qui sentait un enfant tressaillir dans son sein, qui allait être mère et qui se trouvait réduite à cet excès de misère de rougir de cette maternité qui est l’orgueil des jeunes femmes.

Mille souvenirs de son existence passée revenaient à sa mémoire, et cruels comme des remords avivaient son désespoir. Son cœur se fondait en songeant à ses amitiés d’autrefois, à sa mère, à sa sœur, aux fiertés de son i

À demi renversée sur un divan du cabinet d’Hector, elle pleurait à chaudes larmes, librement. Elle pleurait sa vie brisée à vingt ans, sa jeunesse perdue, ses radieuses espérances évanouies, l’estime du monde, sa propre estime à elle-même, qu’elle ne retrouverait jamais.