Страница 100 из 109
Elle est blonde, mince, douce, ne manque pas d’une certaine distinction et porte invariablement, été comme hiver, une robe de soie noire. Elle possède un mari, assure-t-on, mais perso
Si honorable cependant que soit la profession de Mme Charman, elle a eu plus d’une fois affaire à M. Lecoq, elle a besoin de lui et le craint comme le feu.
Aussi accueillit-elle l’agent de la Sûreté et son compagnon – qu’elle prit pour un collègue, bien entendu – un peu comme un surnuméraire accueillerait son directeur venant le visiter.
Elle les attendait. À leur coup de so
– Je vois, chère madame, commença M. Lecoq, que vous avez reçu mon petit mot.
– Oui, monsieur, ce matin de très bo
– Très bien. Et avez-vous été assez complaisante pour vous inquiéter de ma commission?
– Ciel! M. Lecoq, pouvez-vous bien me demander cela, quand vous savez que j’aimerais à passer dans le feu pour vous! Je m’en suis occupée à l’instant même, je me suis levée tout exprès.
– Alors vous avez découvert l’adresse de Pélagie Tapo
Mme Charman crut devoir dessiner la plus gracieuse de ses révérences.
– Oui, monsieur, oui, répondit-elle, soyez satisfait. Si j’étais femme à me faire valoir hors de propos, je pourrais vous dire que j’ai eu un mal infini à me procurer cette adresse, que j’ai couru tout Paris, que j’ai dépensé dix francs de voitures, je mentirais.
– Au fait, au fait, insista M. Lecoq.
– La vérité est que j’ai eu le plaisir de voir miss Je
– Vous plaisantez.
– Pas le moins du monde. Et même, à ce propos, laissez-moi vous dire que c’est une bien brave et bien ho
– Vraiment!
– C’est comme cela. Imaginez-vous qu’elle me devait quatre cent quatre-vingt francs depuis plus de deux ans. Naturellement, comme bien vous pensez, j’avais mis un P sur cette créance et je n’y songeais plus guère. Mais voilà qu’avant-hier, ma Fancy m’arrive toute pimpante, qui me dit: «J’ai fait un héritage, Mme Charman, j’ai de l’argent et je vous en apporte.» Et elle ne plaisantait pas, elle avait plein son porte-mo
Et comme l’agent de la Sûreté se taisait, elle ajouta avec une conviction profonde et attendrie:
– Bo
À cette déclaration de la marchande, M. Lecoq et le père Plantat avaient échangé un coup d’œil. La même idée leur venait à tous deux en même temps.
Cet héritage a
– Dans quelle position était cette fille avant cette succession? demanda-t-il.
– Ah! monsieur, dans une position affreuse, allez. Depuis que son comte l’a quittée et qu’elle a mangé son saint-frusquin dans les modes, elle a été toujours en dégringolant. Une perso
– Et où demeure-t-elle?
– Tout près d’ici, dans une maison meublée de la rue Vintimille.
– Cela étant, fit sévèrement M. Lecoq, je m’éto
– Ce n’est pas ma faute, allez, cher monsieur, si je sais ou est le nid, j’ignore où est l’oiseau. Elle était dénichée, ce matin, lorsque ma première demoiselle est allée chez elle.
– Diable! mais alors… c’est fort contrariant, il faudrait me la faire chercher bien vite.
– Soyez sans inquiétude. Fancy doit rentrer avant quatre heures et ma première l’attend chez son concierge avec ordre de me l’amener dès qu’elle rentrera, sans même la laisser monter à sa chambre.
– Attendons-la donc.
Il y avait un quart d’heure environ, que M. Lecoq et le père Plantat attendaient, lorsque tout à coup Mme Charman, qui a l’oreille très fine, se dressa.
– Je reco
– Écoutez, dit M. Lecoq, puisqu’il en est ainsi, arrangez-vous de façon à ce que Fancy croie que c’est vous qui l’avez envoyée chercher; mon ami et moi aurons l’air de nous trouver ici par le plus grand des hasards.
Mme Charman répondit par un geste d’assentiment:
– Compris! fit-elle.
Déjà elle faisait un pas vers la porte, l’agent de la Sûreté la retint par le bras.
– Encore un mot, ajouta-t-il, dès que vous verrez la conversation engagée entre cette fille et moi, ayez donc l’obligeance d’aller surveiller vos ouvrières dans votre atelier. Ce que j’ai à dire ne vous intéressant pas du tout.
– C’est entendu, monsieur.
– Mais vous savez, pas de tricherie; je co
La première demoiselle ouvrit la porte du salon, il y eut un grand frou-frou de robe de soie glissant le long de l’huisserie, et miss Je
Hélas! ce n’était plus cette fraîche et jolie Fancy qui avait aimé Hector, cette provocante Parisie
Car elle était vieille comme le vice, ses traits fatigués et ses joues flasques disaient les désordres de sa vie, ses yeux cerclés de bistre avaient perdu leurs grands cils et déjà rougissaient et clignotaient; sa bouche avait une lamentable expression d’hébétude, et l’absinthe et les refrains obscènes avaient brisé les notes si claires de sa voix.