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CASSANDRE. – Nous garantissons le visage.

PÂRIS. – Tu penses que je vais ramener Hélène à Ménélas?

HECTOR. – Nous ne t’en demandons pas tant, ni lui… L’envoyé grec s’en charge… Il la repiquera lui-même dans la mer, comme le piqueur de plantes d’eau, à l’endroit désigné. Tu la lui remettras dès ce soir.

PÂRIS. – Je ne sais pas si tu te rends très bien compte de la monstruosité que tu commets, en supposant qu’un homme a devant lui une nuit avec Hélène, et accepte d’y renoncer.

CASSANDRE. – Il te reste un après-midi avec Hélène. Cela fait plus grec.

HECTOR. – N’insiste pas. Nous te co

PÂRIS. – Mon cher Hector, c’est vrai. Jusqu’ici, j’ai toujours accepté d’assez bon cœur les séparations. La séparation d’avec une femme, fût-ce la plus aimée, comporte un agrément que je sais goûter mieux que perso

HECTOR. – Parce qu’elle ne t’aime pas. Tout ce que tu dis le prouve.

PÂRIS. – Si tu veux. Mais je préfère à toutes les passions cette façon dont Hélène ne m’aime pas.

HECTOR. – J’en suis désolé. Mais tu la rendras.

PÂRIS. – Tu n’es pas le maître ici.

HECTOR. – Je suis ton aîné, et le futur maître.

PÂRIS. – Alors commande dans le futur. Pour le présent, j’obéis à notre père.

HECTOR. – Je n’en demande pas davantage! Tu es d’accord pour que nous nous en remettions au jugement de Priam?

PÂRIS. – Parfaitement d’accord.

HECTOR. – Tu le jures? Nous le jurons?

CASSANDRE. – Méfie-toi, Hector! Priam est fou d’Hélène. Il livrerait plutôt ses filles.

HECTOR. – Que racontes-tu là?

PÂRIS. – Pour une fois qu’elle dit le présent au lieu de l’avenir, c’est la vérité.

CASSANDRE. – Et tous nos frères, et tous nos oncles, et tous nos arrière-grands-oncles!… Hélène a une garde d’ho

HECTOR. – Beau spectacle. Les barbes sont blanches et les visages rouges.

CASSANDRE. – Oui. C’est la congestion. Ils devraient être à la porte du Scamandre, par où entrent nos troupes et la victoire. Non, ils sont aux portes Scées, par où sort Hélène.

HECTOR. – Les voilà qui se penchent tout d’un coup, comme les cigognes quand passe un rat.

CASSANDRE. – C’est Hélène qui passe…

PÂRIS. – Ah oui?

CASSANDRE. – Elle est sur la seconde terrasse. Elle rajuste sa sandale, debout, prenant bien soin de croiser haut les jambes.

HECTOR. – Incroyable. Tous les vieillards de Troie sont là à la regarder d’en haut.

CASSANDRE. – Non. Les plus malins regardent d’en bas.

CRIS AU-DEHORS. – Vive la Beauté!

HECTOR. – Que crient-ils?

PÂRIS. – Ils crient: «Vive la Beauté!»

CASSANDRE. – Je suis de leur avis. Qu’ils meurent vite.

CRIS AU-DEHORS. – Vive Vénus!

HECTOR. – Et maintenant?

CASSANDRE. – Vive Vénus… Ils ne crient que des phrases sans r, à cause de leur manque de dents… Vive la Beauté… Vive Vénus… Vive Hélène… Ils croient proférer des cris. Ils poussent simplement le mâcho

HECTOR. – Que vient faire Vénus là-dedans?

CASSANDRE. – Ils ont imaginé que c’était Vénus qui nous do

HECTOR. – Tu as fait aussi un beau coup ce jour-là!

PÂRIS. – Ce que tu es frère aîné!

SCÈNE CINQUIÈME

LES MÊMES, DEUX VIEILLARDS

PREMIER VIEILLARD. – D’en bas, nous la voyions mieux…

SECOND VIEILLARD. – Nous l’avons même bien vue!

PREMIER VIEILLARD. – Mais d’ici elle nous entend mieux. Allez! Une, deux, trois!

TOUS DEUX. – Vive Hélène!

DEUXIÈME VIEILLARD. – C’est un peu fatigant, à notre âge, d’avoir à descendre et à remonter constamment par des escaliers impossibles, selon que nous voulons la voir ou l’acclamer.

PREMIER VIEILLARD. – Veux-tu que nous alternions. Un jour nous l’acclamerons? Un jour nous la regarderons?

DEUXIÈME VIEILLARD. – Tu es fou, un jour sans bien voir Hélène!… Songe à ce que nous avons vu d’elle aujourd’hui! Une, deux, trois!

TOUS DEUX. – Vive Hélène!

PREMIER VIEILLARD. – Et maintenant en bas!…

Ils disparaissent en courant.

CASSANDRE. – Et tu les vois, Hector. Je me demande comment vont résister tous ces poumons besogneux.

HECTOR. – Notre père ne peut être ainsi.

PÂRIS. – Dis-moi, Hector, avant de nous expliquer devant lui tu pourrais peut-être jeter un coup d’œil sur Hélène.

HECTOR. – Je me moque d’Hélène… Oh! Père, salut!

Priam est entré, escorté d’Hécube, d’Andromaque, du poète Demokos et d’un autre vieillard. Hécube tient à la main la petite Polyxène.